Véronique Baudry : pourquoi j’ai mis fin à mon mandat dans l’opposition

lettreebig2-17.jpgElle ne fait plus partie du groupe d’opposition à Laval. Il faut dit Véronique Baudry dans l’entretien qu’elle a accepté d’accorder au glob-journal « laisser la place aux autres». Elle a choisi de démissionner – le maire de Laval l’a annoncé fin septembre – de son mandat de conseillère municipale d’opposition parce que le collectif dans lequel elle était les derniers temps «ne [lui] correspondait plus». Entrée en politique en 2008 avec Guillaume Garot, Véronique Baudry qui vient de la société civile se dit «forte d’un engagement syndical et associatif qui continue de [la] nourrir.» Elle porte aussi un regard sur le travail de l’équipe de François Zocchetto et l’échéance de 2020.

Entretien


Leglob-journal : Véronique Baudry, vous avez été Adjointe sous la mandature Garot-Boyer à la Petite enfance et aux séniors, comment renonce-t-on en démissionnant de son mandat d’élue après s’être investie localement ?

lettreguiillemetsfrancaisouverture.jpgVéronique Baudry : Pourquoi j’ai démissionné ? C’est un processus, et pas un coup de tête. On a perdu les élections en 2014 pour différentes raisons et je me suis réinvesti immédiatement dans le champs professionnel, syndical et associatif, et j’y trouve mon compte. J’ai démissionné parce que cet engagement politique dans ce contexte d’opposition municipale et suite aux différentes démissions, n’avait plus de sens pour moi.

Cet engagement ne portait pas, non plus, un autre projet et je me retrouvais aussi un peu seule, pour pouvoir construire une opposition. J’ai donc préféré mettre fin à cet engagement qui n’avait plus de sens et sur lequel je ne m’engageais plus beaucoup non plus. Il fallait donc être clair et laisser la place à d’autres qui avaient envie …

Leglob-journal : Mais jeter l’éponge, ce n’est pas facile notamment pour ceux qui restent ?

Mais je n’ai pas jeté l’éponge comme vous dites. Encore une fois, ça été un processus, pas un coup de tête, et c’était aussi clairement dit.

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Leglob-journal : La démission de Jean-Christophe Boyer, est-ce que cela a été prépondérant dans votre choix de quitter le groupe de l’opposition ?

Oui et non…Ça y a obligatoirement participé, parce que Jean-Christophe était un chef de file – cela a participé à ma décision, mais cela n’a pas été un élément décisif non plus.

Leglob-journal : Est-ce que cela veut dire que vous pensiez au moment où Jean-Christophe Boyer a démissionné qu’il n’y avait peut-être plus de chef de file possible dans l’opposition municipale à Laval ?

Ce n’est pas forcément comme cela que je le poserais. Nous n’étions pas encore dans la construction de la suite.

Leglob-journal : Comment avez-vous ressenti la démission de Jean-Christophe Boyer, parce que vous étiez encore en poste à ce moment-là ?

Comme un choix personnel ! et c’est donc totalement respectable. Jean-Christophe a aujourd’hui réinvesti son champs professionnel – sa vie familiale et c’est respectable. Je crois qu’il faut que chacun sache qu’un engagement politique et en particulier municipal, c’est vraiment un engagement important – c’est comme cela, en tout cas que moi, je l’ai conçu. Si l’on s’engage, on le fait vraiment on ne fait pas les choses à moitié – c’est passionnant, mais aussi très exigeant. On y passe sa vie et l’ on a plus beaucoup de temps pour sa vie personnelle.

Mais je n’oublie rien, je reste fière et satisfaite du travail effectué. On a reconstruit pendant notre mandat, le socle de beaucoup de politiques publiques municipales et communautaires qui ont un impact direct et très concret sur la vie des Lavallois –
Je vérifie toujours aujourd’hui ce que j’ai pu travailler en six ans dans le champ de la Petite Enfance. Cette politique d’adaptation des services, réalisée avec les agents municipaux afin que tous les parents et en particulier ceux en situations précaires puissent avoir des modes de garde adaptés et de qualité pour leurs enfants. Je suis également attentive à la poursuite de de ce que j’avais engagé pour inscrire notre ville dans la dynamique portée par l’OMS sous la label « ville amie des aînés »

veroniquebaudrycirtation2.jpgLeglob-journal : Au départ, cela n’a pas été simple pour vous avec Jean-Christophe Boyer ?

Je n’ai jamais eu de problème avec Jean-Christophe Boyer. Jean-Christophe est quelqu’un d’exigeant avec lui-même et avec les autres – il est aussi très pertinent. Et l’exigence, comme l’a toujours eu Guillaume [Guillaume Garot ancien maire de Laval qui a précédé Jean-Christophe Boyer, NDLR] dans des registres différents est extrêmement stimulante. Pour beaucoup des dossiers que j’ai eu à mener avec lui, il fallait d’abord le convaincre et donc être très au clair sur ses arguments – une fois qu’on avait convaincu et que les choses étaient calées – les projets se sont toujours déclinés sans problème –

Leglob-journal : Maintenant que vous n’êtes plus liée, votre parole peut-être plus libre, non ?

J’ai toujours eu une parole libre dans le cadre de cet engagement.

Leglob-journal : Quel regard portez-vous sur l’opposition à laquelle vous avez appartenu ? Est-ce qu’elle a toujours été à la hauteur de ce que vous aviez imaginé ?

Ce qui m’a vraiment interpellé …Je pense qu’on avait été vigilant en 2008 et c’était l’exigence de Guillaume : être toujours courtois avec l’opposition. Nous avions un cadre :  il n’y a pas d’attaques gratuites. Une fois dans la minorité municipale, j’ai trouvé ça très difficile, même si cela fait partie de la règle du jeu, cette position d’opposition, sur des postures systématiques qui ne font rien avancées.

François Zocchetto, la majorité actuelle a pendant les deux premières années de son mandat a dit systématiquement que tout ce qui a été fait avant n’était pas bon – toujours dans un registre très agressif ! Alors que l’ensemble des politiques publiques a été poursuivi sans beaucoup de corrections… Chacun après tout à la posture qui lui correspond. Je ne me suis pas engagée en politique pour être sur des postures, cela ne m’intéresse pas.

Quand on se présente devant des électeurs pour être élue , je pense qu’il est indispensable d’avoir pu avoir eu auparavant un parcours avec des prises de responsabilités dans le champ syndical ou associatif. Avant de s’engager, il est primordial d’être au clair avec les valeurs, le projet que l’on porte. Ce socle me semble manquer dans un certain nombre de cas.

Leglob-journal : Quelle vision avez-vous de la stratégie politique de l’équipe de François Zocchetto ?

Aujourd’hui l’actuelle majorité est pour 80 % uniquement dans la poursuite de ce qui avait été posé lors de notre mandat. Ce qui m’inquiète par contre, c’est que la tension financière très forte puisse remettre en cause des politiques qui sont fédératrices et très importantes pour la vie quotidienne des Lavallois.

Un exemple : la politique Petite enfance, ce n’est absolument pas anecdotique. Au delà du simple mode de garde, c’est aussi la condition d’un retour à l’emploi d’un certain nombre de nos concitoyens. En particulier des femmes. Pas de mode de garde, pas de travail. Pas de mode de garde souple, adaptable avec une vraie relation avec les services, pas de CDD, et pas d’intérim. Ça c’est extrêmement important pour beaucoup de gens aujourd’hui. C’est toute la richesse de notre service public et cela ne doit pas être remis en cause.

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Leglob-journal : si vous le dites, c’est que vous pensez que c’est le cas ?

Le fait de réduire l’accueil du matin dans les écoles, évidement que cela a un impact. Les parents n’ont pas le choix de leurs horaires. Quand on est au SMIC, et les statistiques sur Laval sont très claires en ce sens, on ne peut pas se payer un mode de garde individuel à la maison, tous les matins. Cela n’est pas possible ! Et les enfants donc, peuvent-ils se garder seuls et aller à l’école tout seuls ! Es-ce possible ? Avec quelles conséquences ?

Leglob-journal : Vous avez été adjointe à la Petite enfance et aux Séniors sous Guillaume Garot, et justement en charge de ces dossiers et de porter cette parole… [Véronique Baudry n’attend pas la fin de la question, NDLR]

Je n’entends plus cette parole ! aujourd’hui l’équipe municipale n’est que dans la gestion ; je n’ai pas entendu un portage d’axes politiques en séance publique. Pour que l’équipe actuelle ait pu gagner, – et je respecte le choix des électeurs -, la baisse des impôts locaux a été un argument assez fondamental dans le vote en 2014, dont acte là aussi.

Il faut que les lavallois soient bien conscients que de toute façon, il y a un coût. Qu’ils se posent la question : qui paye ? Le contribuable ou l’usager ? Il y a donc des transferts qui sont opérés. Depuis 2014, on a vu des surcoûts sur un certain nombre de services. Donc la réduction d’impôts, modeste quand on regarde sa feuille d’impôts, elle est reportée aujourd’hui. Chacun paye plus cher les services.

Leglob-journal : Moins de pression fiscale, cela peut être louable après tout ?

Pour moi, c’est une question de choix. Il faut qu’il y ait débat sur ces transferts. Et le débat démocratique n’a pas eu lieu sur la question des services. Il s’est uniquement porté sur un choix budgétaire. Il y a en règle générale et au niveau communal, déficit de débat démocratique. À Laval comme dans des villes de dimensions identiques, le conseil municipal n’est pas un lieu de débat et de co-construction ; c’est un lieu où on entérine des décisions qui sont déjà prises. C’est tout.

Leglob-journal : Le maire de Laval s’exprime assez peu, est-ce que selon vous c’est une stratégie pour éviter de se prononcer sur les grandes orientations de la ville ou de Laval Agglo ?

Je ne sais pas…Je n sais pas… Mais ce que je sais, c’est que je n’ai jamais entendu de sa part lors des conseils municipaux ou communautaires, une volonté politique pour la ville ou l’agglomération ; quelque chose d’habité…Donc, je ne sais pas ce qu’il veut – ou ne veut pas – pour la ville et l’agglomération.

Leglob-journal : 2020, les prochaines élections municipales, qui pourra porter la voix de l’opposition et de la gauche à Laval ?

On a vécu quelque chose d’extraordinaire quand même à l’hiver dernier et au printemps, au niveau national et évidemment au niveau local. Difficile à dire et bien malin qui dira ce qui se passera dans deux ans !

Leglob-journal : Mais cela ne se prépare pas à l’avance une éventuelle alternance ?

Oui. 2020 va être intéressant pour voir les effets du non cumul. Le contexte est vraiment complexe, il faut vraiment avoir un vrai projet. La réforme de la taxe d’habitation est vraiment floue ; on ne sait pas quelles sont les conséquences de ce qui se profile sur le logement social et de la fragilisation des organismes de logements sociaux. C’est dans un nouvel environnement que s’inscriront ces élections municipales à Laval, dans un contexte aussi très interco [Intercommunal avec des transferts de compétences Ville vers l’agglo, NDLR]. On ne votera pas en direct pour les interco, alors que beaucoup de services sont portés par les interco. Et puis beaucoup de nos concitoyens veulent avoir un retour sur investissement. Concilier cette montée de l’individualisme sur des projets collectifs qui ont du sens et qui portent une qualité de vie sociale à laquelle tout le monde aspire, ne sera pas simple. Au niveau municipal, les enjeux sont très exigeants pour ceux qui y vont.

veroniquebaudrycirtation.jpgLeglob-journal : Ceux qui y vont… Cela veut dire Véronique Baudry que vous n’irez pas ?…C’est fini la politique locale ?

Je ne sais pas… Je reste quelqu’un de profondément engagé mais dans un collectif.

Leglob-journal : Cela veut dire à vous comprendre qu’il n’y avait pas de collectif dans l’opposition au conseil municipal ?

Actuellement, il ne me correspondait plus.

Leglob-journal : On a parlé de la gauche qui se cherche sur Laval pour 2020, mais comment voyez-vous cette échéance pour François Zocchetto ?

Je pense que sa réélection ne sera pas une évidence. Son bilan aujourd’hui, il est quand même extrêmement mitigé. Il n’y a que la poursuite de ce qui avait été posé, construit par notre mandature. Je dirais qu’ils n’ont rien fait de plus, mais de moins, ça sûrement ! On est sur un fonctionnement de gros bourg, paisible, mais en termes d’attractivité, il faut faire attention…

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Leglob-journal : Donc rien est gagné d’avance selon vous, et la gauche peut reprendre Laval ?

Et pourquoi pas ! Je suis convaincue que la candidature de François Zocchetto n’ira pas de soi. Il y aura forcément une opposition ; il y a quelque chose qui va se construire, évidemment !

Propos recueillis par Thomas H.

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