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Le respect des autres, quand on est élu sous le sceau de la République, on se doit de l’avoir, à minima. Et son devoir ce n’est pas d’enfreindre les lois. Bien au contraire, ce qui doit primer c’est le respect des lois. Mais Jean-Christophe Gruau conseiller municipal extrême-droite qui vient une nouvelle fois de sortir de son périmètre autorisé, en tenant des propos présumés racistes, n’en a cure. Triste épisode de la vie municipale publique ce lundi 15 mai qui devrait éventuellement trouver un épilogue devant la justice.

- Par Thomas H.

François Zocchetto, le sénateur-maire de Laval a été catégorique à la fin du conseil municipal, devant les quelques journalistes encore présents : « le procureur de la République aura dès demain une plainte sur son bureau  » a-t-il dit, prudent, sans plus de commentaire en ajoutant que toutefois que ce sont les lois antiracisme qui vont s’appliquer en l’espèce.

En réalité, « le maire a demandé une retranscription des propos de Monsieur Gruau. À la lumière de ceux-ci, il se réserve la possibilité de saisir le procureur de la République comme cela est permis dans le cadre de ses pouvoirs de police de l’assemblée (Art. 8 du Règlement intérieur). Il appartiendra alors au Procureur d’engager les poursuites éventuelles. » fait savoir mardi 16 mai à leglob-journal le directeur de cabinet de François Zocchetto, David Ouvrard.

Tout avait mal débuté. Des propos douteux à l’encontre de Guillaume Garot, l’ex-maire socialiste de Laval, avaient été lancé par le même Jean-Christophe Gruau. Il avait proposé en soulignant l’absence du député de la Mayenne que son « visage souriant et bronzé soit collé sur les poubelles de la cuisine centrale pour rendre hommage » à celui qui œuvre pour réduire le gaspillage alimentaire. François Zocchetto n’avait pas repris l’élu, il faut dire que Aurélien Guillot (PCF) venait juste de souligner à juste titre que ces propos irrespectueux à tout le moins « n’élevaient pas franchement le débat ».

Mais quand Jean-Christophe Gruau a perdu son sang froid et s’est emporté de façon irrationnelle, l’effroi s’est abattu sur l’assemblée communale, presque sidérée par l’attitude violente et disproportionnée de l’élu extrémiste. Façon de parler et attitudes rappelaient à l’assemblée médusée un funeste personnage qui s’est inscrit dans l’histoire mondiale. « Je ne suis pas raciste  » a-t-il vociféré à plusieurs reprises en direction du maire, lui demandant en hurlant avec une rare agressivité d’intervenir, après que Jean Christophe Boyer porte-parole de l’opposition municipale ait déclaré que « la gauche, choquée par les propos racistes soutiendra la plainte qui sera portée devant la justice  ».

Il faut expliquer que le dit élu extrémiste de droite a franchement dépassé les bornes autorisées dans le cadre de son mandat. Fustigeant comme à son habitude les politiques visant à soutenir les étrangers, le clash s’est noué quand il a lu son intervention à propos du «  programme d’actions culturelles des bibliothèques municipales, de juillet à décembre » qui explore le thème du Voyage et qui selon lui donne « une place prépondérante au continent africain  ». L’Afrique, les étrangers, les migrants, l’autre différent et basané, bref tout ce que Jean-Christophe Gruau exècre.

Il devait dire dans son discours, notamment et avec le plus grand aplomb comme à chaque fois, « donnez-nous à découvrir des auteurs français, nous sommes encore en France ! Et notre culture vaut largement celle de nos voisins » ; « une fois de plus une mairie de droite nous concocte un programme que n’importe quelle mairie d’extrême-gauche applaudirait des deux mains  », « Stop ! ras-le-bol le bourrage de crâne lié au Grand remplacement de population ! ».

Mais, ce qui a mis le feu aux poudres au delà de ces remarques préliminaires qui sous-entendent du racisme implicite, c’est cette phrase où il dit paraphraser « l’excellent » Jean Yanne : «  je pense que l’Afrique est un grand continent, qu’Aimé Césaire est un grand poète, que Spike Lee est un grand cinéaste et je pense aussi que je peux vivre sans l’Afrique, sans Aimé Césaire et sans Spike Lee  ».

« Oui, mais il est noir ! »

« Mais Aimé Césaire est Français ! » devait aussitôt rétorquer et à juste titre, en l’interrompant le sénateur-maire de Laval. « Oui, mais il est noir ! » a alors lancé l’élu d’extrême-droite. Dans la salle du conseil, ce fut alors une réprobation sonore et bruyante. Des élus tapent sur les tables en manifestant leurs indignations. La tension est vive. Puis, car il le faut bien, le calme revient. Jusqu’à l’intervention de Jean-Christophe Boyer qui a permis de révéler pleinement cet élu siégeant dans une enceinte se réunissant sous la bannière de la République avec sa devise qui prône l’Égalité entre les Hommes.

Gruau éructe, il est « effrayant » me diront des élus après coup ; il vocifère qu’ « il n’y a plus de liberté d’expression dans cette enceinte » et qu’il vient, paradoxe du discours, de se faire « traiter de raciste ! ». Il ajoute à destination de l’élu de gauche « raciste, qu’il le prouve ! c’est une accusation grave ! ». « C’est une insulte ! c’est honteux !  » devait-il répété plusieurs fois en hurlant de façon inconsidérée. Un tel « spectacle » politique est hallucinant, du « jamais vu dans un conseil municipal à Laval » selon des élus. François Zocchetto lui lance alors « Allez-y, continuez, aggravez votre cas !  » avant de suspendre la séance du conseil municipal. Pour faire descendre la tension.

Cette haine presque viscérale de l’étranger mais aussi de l’autre qui est différent, Jean-Christophe Gruau la manifeste à chaque fois qu’il le peut. Souvenons-nous de l’« Africanisation de Laval » et de ses propos homophobes qui lui valurent une exclusion du FN. Leglob-journal avait aussi été "attaqué". Il avait sali sur Twitter le reportage sur des collégiens mayennais et leur très beau travail sur les migrants. Nous avions été traité de « cosmopolites, favorisant l’entrée de migrants qui viennent violer nos filles ». Et nous n’avions pas laissé passer.

Sur le fil Twitter justement où il fait fonctionner sa liberté d’expression, Jean Christophe Gruau a posté ce message lundi soir comme pour enfoncer le clou :

Les idées de haine, de racisme, d’homophobie, d’antisémitisme et plus généralement de xénophobie sont autour de nous. Nous le savions, mais nous n’avons pas su réellement mesurer le danger d’une montée en puissance de ces votes et de ces élus qui se revendiquent de la liberté d’expression pour décomplexer leur parole. Tout en enfreignant les lois en vigueur. Puisse cet épisode mortifère que le conseil municipal de Laval vient de vivre à son tour (comme d’autres hélas l’ont vécu avant) simplement nous en faire prendre conscience plus encore.

Lire aussi : Le FN monte en campagne, l’exemple de Saint-Léger avec ses 53,33%


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Vers des poursuites éventuelles pour « propos racistes » contre Gruau, l’élu ex-FN

Publié le: 16 mai 2017
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