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l’heure où le fossé se creuse entre la classe politique et les citoyens, les réseaux sociaux permettent pourtant d’interpeller très facilement les élus. Cette série sera donc consacrée à comprendre comment les élus fonctionnent avec ces nouveaux outils pour communiquer, dialoguer avec les citoyens. Pour ce troisième épisode, Yannick Favennec, député de la troisième circonscription de la Mayenne, vice-président du conseil régional, et vice-président national de l’UDI, explique que les réseaux sociaux et le numérique peuvent être des outils pour plus de pédagogie et de transparence de la vie politique, pour réconcilier les citoyens avec leurs élus.

- Par Julie Vandard

« Partout où je vais je pianote. » Comme beaucoup de gens, Yannick Favennec est un élu connecté. «  Mon téléphone, c’est presque une prothèse, il ne me quitte jamais, quand je ne l’ai pas je suis perdu, alors j’essaie d’éviter de le perdre  », dit-il en souriant. Son téléphone est un outil de travail devenu « indispensable  ». Et si « avec le téléphone et la tablette peu de choses m’échappent  », avec l’ordinateur, « j’ai plus de mal  ». 

Twitter, Facebook, site internet et blog, Yannick Favennec est très présent sur la Toile. Il a une préférence cependant pour Twitter et la concision des propos en 140 signes. Il utilise aussi beaucoup son site internet et son blog.

« On rentre davantage dans le détail de mon action. Si j’utilise le site, le blog, twitter et facebook, c’est par soucis de transparence.  » Une transparence essentielle pour lui : « Il y a une défiance et une méfiance de nos concitoyens à l’égard de leurs élus. Plus on sera transparent dans la manière dont on gère nos mandats, et plus on fera de la pédagogie. L’utilisation de ces outils numériques, c’est pour expliquer ce que fait l’élu quand il n’est pas dans le visuel du citoyen.  » Il sait que, seuls, les réseaux sociaux ne suffisent pas : « Mais c’est un outil extrêmement important aujourd’hui pour essayer — et je dis bien essayer —de renouer le fil avec les citoyens.  »

« Du direct live »

Concrètement comment utilise-t-il ces nouveaux outils numériques ? A l’Assemblée, « on peut dire qu’on a pris la parole sur tel texte ou déposé un amendement, mais c’est un temps plus long. Et il y a moins d’occasion de dire les choses. » Sauf en cas d’incident de séance, où « c’est un peu de la politique spectacle ».

Les séances de questions au gouvernement [QAG] sont en effet quelque fois le théâtre de micro évènements ou comportements des députés pas toujours très glorieux. «  Le vrai travail de fond se fait en commission, c’est moins médiatisé mais c’est le plus important. » Et là encore, la pédagogie revient sur la table : « ça aussi on doit l’expliquer aux gens. Les questions au gouvernement sont un moment important de l’action de contrôle parlementaire mais comme c’est retransmis à la télévision, chacun y va de ses effets de manche pour se faire remarquer. Alors que les QAG ont un vrai intérêt, c’est aussi une façon pour nous de montrer aux électeurs qu’on est imprégnés de leurs problèmes et qu’on les relaie. Le cahier de doléance du député c’est un peu ça : vous avez un problème, je le fais remonter et je demande au gouvernement ce qu’il va faire pour vous aider. »

Sur Twitter, il y a quelques hashtags (mots-clé) à suivre quand on s’intéresse aux travaux des députés, comme #directAN ou #QAG. « C’est la nouveauté, c’est du direct live. Il m’est arrivé de prendre la parole et d’être interpellé tout de suite. Il y a une interrogation, une réflexion, une contradiction et ça contribue à ma propre réflexion. » Pendant la loi renseignement notamment, il a été beaucoup interpellé. « Les gens exprimaient un point de vue, le débat pouvait être intéressant, ce face à face me paraissait constructif.  » 

Sur Twitter, il apprécie ces échanges : « On a le droit de ne pas être d’accord avec moi, là je justifie, j’essaie d’expliquer ma position. Mais quand c’est de l’agressivité gratuite du genre - tous pourris - , cela ne sert à rien. Je préfèrerais que ces gens qui nous interpellent de façons anonyme viennent aux réunions publiques, où il y a un dialogue, où on est dans l’humain.  » 

L’Assemblée est très transparente numériquement parlant. Les séances de travail, dans l’hémicycle ou en commissions, sont visionnables en direct ou en replay, tous les textes sont en ligne, on peut même suivre les votes amendement par amendement. Yannick Favennec apprécie d’ailleurs le travail mené par Claude Bartolone : «  Il a eu raison d’introduire plus de transparence dans le fonctionnement de l’Assemblée. Ça avait commencé avec Bernard Accoyer, Claude Bartolone a accéléré le mouvement : commissions et questions aux gouvernement sont en ligne une heure après. Il a ouvert les fenêtres de l’Assemblée. C’est une vieille maison, très respectable et que j’aime beaucoup, mais de temps en temps il faut lui donner un petit coup de balai.  » 

« Madame Michu ne vient pas aux réunions. Il faut trouver d’autres moyens d’entrer dans les foyers » 

Yannick Favennec « pianote  » beaucoup le week-end pour partager son activité parlementaire dans sa circonscription. « Je monte dans ma voiture, j’envoie [sur les réseaux sociaux, NDLR], et je pars à la manifestation suivante. » Là encore pour une question de transparence envers ses électeurs. « Je considère que c’est important que les gens sachent ce que je fais. Et qu’ils se rendent compte aussi qu’un député doit être sur le terrain. Cela permet de nourrir sa propre réflexion par les rencontres que l’on fait. Et c’est aussi une façon de dire aux gens que le week-end, je ne suis pas en train de me croiser les bras en regardant la télé. » Les photos permettent de le prouver aussi : « C’est une façon de dire j’y suis, je ne suis pas passé uniquement faire une photo et je suis parti après, je participe et je vous envoie la preuve.  » Mais attention à l’overdose : « Dans l’opinion, si on est trop souvent dans le journal c’est contre-productif. On se le fait reprocher mais cela reflète le travail que l’on fait, l’équilibre est difficile. »

Yannick Favennec revient encore sur la pédagogie : « On a un gros travail de pédagogie à faire sur ce que l’on fait quand on est député. Un député, ça ne peut pas tout faire, ça ne sait pas tout, et ça ne résout pas tout. Dans un contexte ou les gens n’ont plus de repères, il y a une accumulation de couches institutionnelles : le maire, on le connaît. Le conseiller départemental, c’est une étape au dessus. Le conseiller régional est encore un peu plus éloigné et le mode de scrutin n’arrange pas les choses. Ensuite il y a le parlementaire. Il faut donc être proche des gens sur le terrain, et utiliser les moyens dont on dispose pour expliquer ce qu’on fait. Dans les réunions de bilan de mandat, les gens ne se déplacent pas beaucoup. On voit souvent quelques élus, quelques amis, mais madame Michu, elle ne se déplace pas. Il faut donc trouver d’autres moyens d’entrer dans les foyers.  » Et c’est là que le numérique prend tout sons sens.

Mais sur internet, on ne touche pas tout le monde : « Il faut alors trouver d’autres moyens. Je suis aussi très attaché au fait de recevoir des gens à l’Assemblée, de leur expliquer comment ça marche mais sur place, pour contrer aussi les fantasmes de certains qui pensent que l’Assemblée c’est le palais des Mille et une nuits. Il y a une convergence de moyens, d’outils qu’on doit utiliser pour être me plus proche de ses concitoyens. Et même en les utilisant tous, on se rend compte qu’on n’y arrive pas. On ne touche qu’une partie des gens.  ». Alors avec les réseaux sociaux on touche qui ? «  Plutôt les jeunes. Mais on se rend compte qu’ils ne vont pas voter. Il y a un gros travail à faire. » 

« On ne passionne pas toujours les gens »

Les réseaux sociaux sont une loupe grossissante «  et certains prennent un malin plaisir à balancer pour que ça fasse le buzz. Je me méfie beaucoup car il y a un tel climat de défiance vis-à-vis du politique. J’essaie de ne pas me donner des bâtons pour me faire battre, de ne pas banaliser l’action et de ne pas la résumer à des petites phrases. Elles fatiguent les gens et contribuent à cet éloignement. On doit être prudent sur ce qu’on dit. La transparence doit être nécessaire du fait de la multiplication des réseaux. » Il n’est d’ailleurs pas contre le fait que les internautes archivent : « Si je dis demain “si je suis réélu l’an prochain et c’est mon dernier mandat” , et que dans cinq ans je me représente, je n’y échapperai pas. Mais je ne trouve pas cela forcément mal que les gens archivent et nous interpellent : “Dites donc vous aviez dit que vous alliez voter ce projet de loi et finalement vous ne l’avez pas fait, pourquoi ?” »

En élu connecté, il a déjà annoncé des informations sur son site ou sur ses comptes sociaux en premier. Il n’est pas allé jusqu’à annoncer une candidature - un moment « solennel  » pour lequel il garde la forme classique et préfère passer par les médias— mais « je ne dis pas que je ne le ferais pas un jour ». Mais pour le moment, « la caisse de résonance n’est pas encore suffisante. Les réseaux sociaux ne sont pas encore suffisamment dans le quotidien des gens pour que je me dise que si j’annonce quelque chose sur le net, tout le monde va le savoir. » Il a donc toujours besoin des médias.

« Sur mon site je mets ce que je veux, à la différence d’un communiqué de presse qui sera raccourci par exemple, mais le communiqué de presse va toucher beaucoup plus de gens. Les journaux ne sont pas les agences de com’ des élus mais un relais de l’action des élus, ils rendent “service” à leurs lecteurs. » Il est conscient qu’il faut d’ailleurs rester « modeste  » sur sa propre communication : « Je ne suis pas convaincu qu’il y ait des hordes de gens à aller consulter mon blog. J’ai un compteur, je vois à peu près, mais c’est normal, on ne passionne pas toujours les gens. » Y compris les médias : « Ils ne vont pas suffisamment consulter nos tweets. Ils sont abonnés à nos comptes, je trouve dommage qu’ils n’aillent pas chercher parfois leurs sources d’information sur les réseaux sociaux. Quelquefois, ils passent à côté de certaines choses…  » 

Le numérique reste donc un outil, qu’il va d’ailleurs utiliser davantage dans quelques mois [pour les législatives] : « Si on veut que les gens s’y retrouvent, qu’ils comprennent à quoi on sert et ce que l’on fait, il faut vraiment déployer des trésors d’imagination. » Mais «  rien ne remplace le contact humain. Et en milieu rural plus qu’ailleurs.  » 

Voici le cliché que Yannick Favennec a choisi après que Julie Vandard lui ait demandé de réaliser une illustration-photo pour l’article.

Trois générations - (Photo Yannick Favennec)

« Cette photo a été prise le soir des résultats lors de la précédente campagne des législatives en 2012. Il y a mon suppléant et mes deux enfants. J’ai beaucoup beaucoup d’affection pour cette photo, je l’aime beaucoup car il y a trois générations.  »

À lire dans la série :

Guillaume Garot : avec les réseaux sociaux : « tout est question d’usage »

Samia Soultani : « Sur les réseaux sociaux (...) montrer réellement qui on est »


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Yannick Favennec : « à nous, élus, de faire de la pédagogie. Mais il faut arriver dans chaque foyer »

Publié le: 28 novembre 2016
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