A Rennes en congrès, la CFDT veut «transformer le réel»…

 

lettreanew-11.jpgA 45 minutes de Laval, le congrès national de la CFDT bat son plein. Pour l’occasion chaque congressiste a reçu son paquetage. Un grand sac à dos, en tissu, marqué simplement «49ème»… 49ème rue ? Non, 49ème congrès. Rennes accueille donc jusqu’au 8 juin, la grande messe obligée du syndicat «réformiste», «le premier du secteur privé et pour la première fois en 122 ans ». La CFDT n’a pas cessé d’ailleurs de le répéter devant les 1750 délégués présents, avec «presque autant de femmes que d’hommes». Le n°1 Laurent Berger a fait le bilan de l’année 2017 qui a vu l’émergence, selon un intervenant à la tribune d’«un jeune Président autoritariste». Analyse. 

Par Thomas H.

blanc_long-50.jpg
cfdtcongresrennes2018foulepetite.jpgcfdtcongresrennes2018repaspetite.jpg

 

 
 

 

blanc_long-50.jpg Les salles de restauration et Le Liberté ou cogitent les délégués – © leglob-journal

«L’élection d’un jeune Président autoritariste ne change pas la donne, par exemple le plan Borloo a été rejeté et refusé […]» a déclaré à la tribune cet intervenant dans l’immense salle du Liberté – augmentée de chapiteaux avec des tables dressées pour que les congressistes puissent s’alimenter après les débats. Il ne pouvait s’exprimer comme tous, que pendant les 6 minutes chrono de discours impartis. Pas une seconde de plus ; d’ailleurs un autre intervenant a vu son micro coupé pour avoir dépassé… «C’est le règlement!» a dit solennellement la militante de longue date qui distribue la parole. Ceux qui sont à la tribune sont mandatés pour parler au nom de leurs petits «camarades».

cfdtcongresrennes2018citation.jpg

 

 

«Avec ce Président a dit celui-ci, tout haut, au pupitre planté devant l’immense estrade où siégeaient les « huiles » de la CFDT, on a le sentiment d’avoir été floué après avoir joué le jeu de la démocratie des élections […]» La CFDT, réformiste qui «propose même si elle accompagne», sait aussi s’opposer, bien que cela soit nettement moins mis en évidence.

 

Sur les ordonnances Travail par exemple, on a pu entendre cette intervention remarquée qui a déclenché des applaudissements dans la salle Le Liberté : «On n’ est plus du tout dans la flexi-sécurité hélas, mais bien dans la flexi-flexibilité!» Les réformes oui mais pour améliorer. Pour Laurent Berger le leader actuel du syndicat par exemple, le rôle de la CFDT «c’est de pointer les risques mais aussi les opportunités créées. Entendre les inquiétudes et la peur de l’avenir.» Pour le leader cédétiste, qui a rendu un hommage appuyé à Edmond Maire et François Chérèque, qu’il a fait applaudir « un certain patronat trop heureux de rejouer la lutte des classes avec des organisations contestataires […] a choisi de faire du lobbying auprès des gouvernants pour satisfaire ses obsessions : moins de coûts, moins de règles, moins d’impôts…Bref, un patronat ringard, bloqué au XXème siècle.»

Dans la salle Le Liberté, les applaudissements sont à la hauteur de l’intervention. «Le gouvernement et le Président actuel organisent le « bloc contre bloc » au risque d’attiser les extrêmes […] la peur est un terreau fertile pour les populistes de tout bord, qui ne manquent jamais une occasion de s’attaquer aux syndicats. On l’a vu pendant la campagne, à droite comme à gauche.»

«Utopie mobilisatrice»

«Et cette petite musique lancinante de défiance à l’égard des syndicats et de tous corps intermédiaires est loin d’avoir disparu après l’élection. Elle est même entretenue par ce gouvernement et le Président.» Dont acte. La CFDT cherche à se démarquer «en combinant utopie mobilisatrice et avancées concrètes pour les travailleurs.» Tout en refusant de descendre dans la rue comme ce fut le cas le 1er Mai où de nouvelles façons de célébrer la fête du Travail en Mayenne seraient à inventer.

«Comme nous ne croyons pas au grand soir», il faut continuer a ajouté Laurent Berger, à «affirmer notre rôle de contre-pouvoir sans verser dans l’opposition politique». Un syndicat qui se veut indépendant. «On dit que nous sommes réformiste : c’est vrai que nous refusons le statu-quo parce que le monde bouge? parce que les inégalités nous indignent, parce que se contenter de défendre les acquis revient trop souvent à défendre, voire à creuser ces inégalités. Mais soyons clairs : la réforme pour la réforme, très peu pour nous.»

«Transformer le réel», c’est donc le credo de l’organisation syndicale. Des bouleversements de tous ordres «technologiques, environnementaux, sociaux, démographiques percutent la CFDT»…Pour Laurent Berger «Le vieux monde se meurt» et en « même temps », comme dit souvent le Président Macron «le nouveau tarde à se dessiner clairement».

Laisser un commentaire