Après les marches et danses pour le climat : à quand les actes ? – par Michel Perrier

Vendredi 15 mars 2019, les marches de la jeunesse pour le climat ont été des réussites. En Mayenne aussi… Environ 2 000 lycéens ont manifesté à Laval, mais aussi plusieurs centaines à Mayenne et Château-Gontier, les deux autres villes principales du département. Le lendemain, le samedi, comme partout en France, le rendez-vous lavallois, initié par un collectif de citoyens, a été très suivi également, même s’il est difficile de comptabiliser tous ceux qui sont passés pendant les trois heures de festivités sur l’esplanade du Château neuf…Il faut dire qu’il s’agissait d’un mouvement puissant qui vient de loin.

Par Michel Perrier


Plusieurs commentateurs ont semblé surpris de l’ampleur du mouvement. Pourtant, le 8 décembre dernier à Laval, la première marche pour le climat avait déjà réuni plus de 500 manifestants. Sous la pluie, le 27 janvier, un peu moins, mais pour ces deux rassemblements, l’absence de violence n’avait fait que quelques lignes.

C’est un mouvement évidemment international car la pollution, les émissions à effets de serre, et le dérèglement climatique ne connaissent pas les frontières. Greta Thunberg, une adolescente suédoise, à l’initiative des grèves scolaires pour le climat est devenue un symbole dans le monde entier.

Quelques exemples de slogans pour le climat à Laval – © leglob-journal

En France, la démission de Nicolas Hulot du gouvernement fut sans conteste un élément déclencheur. Un écologiste, médiatique en outre, refuse de continuer à cautionner en tant que ministre la politique gouvernementale, d’accepter la pression des lobbies, et démissionne avec fracas. Il montre, avec sincérité, que les « petits pas » ne suffisent pas et que des décisions politiques fortes sont indispensables pour atteindre les objectifs pris par le France lors de la COP21 à Paris

Puis vint «L’Affaire du siècle», une campagne de justice climatique en France initiée par quatre associations (Fondation pour la Nature et l’Homme, Greenpeace, Notre Affaire à Tous et OXFAM). Une pétition associée, la plus signée en France, collecte deux millions de signataires en un mois. Mais les réponses du gouvernement restent évasives, et le recours en justice contre l’État a été déposé auprès du tribunal de Paris ce 14 mars 2019. Cette démarche n’est pas un coup médiatique.

Les générations montantes en rupture de cette société qu’on leur impose – © leglob-journal

En 2017 déjà, l’ONU recensait près de 900 «procès climatiques» à travers le monde, et le chiffre s’accroît chaque jour. Des projets d’infrastructures, des projets miniers, pétroliers et gaziers sont attaqués pour des raisons climatiques Certaines affaires sont d’ores et déjà célèbres : en octobre, la cour du district de La Haye (Pays-Bas) a tranché contre l’Etat néerlandais, obligeant ce dernier à réduire davantage qu’il ne le prévoyait ses émissions de CO2.

La jeunesse au premier rang

Le dernier rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) en octobre 2018 a sonné comme un tocsin. Sans baisse rapide et forte des émissions de gaz à effet de serre, le pire est sûr. «Et dans pas très longtemps», avec son cortège d’épisodes climatiques extrêmes et de populations en détresse, s’alarme Jean Jouzel, ancien vice-président du GIEC et co-prix Nobel de la paix dans le journal Le Monde. Cette catastrophe annoncée ne concerne pas que les générations futures, dit-il, «mais bien des jeunes qui sont déjà nés»…

Comment dans ses conditions ne pas se préoccuper de son avenir, défendre son droit à exister dans un monde vivable? Il n’y a pas de planète de rechange, pouvait-on entendre dans les cortèges. La prise de conscience est déjà forte et ne pourra que se renforcer. Nous étions quelques adultes à découvrir les lycéens lavallois préparant leurs pancartes square de Boston. Le plaisir qu’ils avaient à le faire collectivement, leur détermination et leur sincérité étaient dynamisantes.

Des manifestants venus de Château-Gontier, le samedi © leglob-journal

L’ONU annonce 250 millions de réfugiés climatiques d’ici 2050, fuyant les inondations, les sécheresses, la dégradation généralisée de l’environnement et les conflits que ces phénomènes entraîneront. Ce sont les populations des pays les plus pauvres qui seront touchés. En France même, comment ne pas comprendre les vives réactions à l’augmentation de la taxe carbone pour le carburant, sans que son produit soit réaffecté à des alternatives de mobilité pour tous, et alors que le kérosène des avions reste le seul produit issu du pétrole non taxé ? La justice climatique doit s’accompagner de la justice sociale ou elle ne pourra pas avancer.

Moins de discours, plus d’actes

Il y a toujours de beaux discours mais la réalité est beaucoup plus triste : le jour même où la jeunesse défilait dans la rue, les députés décidaient de reculer de 2022 à 2025 l’interdiction de la fabrication sur le sol français de quatre pesticides dangereux déjà bannis de l’Union Européenne !

De la politique derrière l’environnement – © leglob-journal

Ici en Mayenne, les projets routiers de 2×2 voies «fleurissent» sans vergogne. Et dans le même temps, les politiques locaux évoquent le refus de la destruction d’espaces agricoles et naturels, la nécessité de la diminution des émissions de CO2…

Le combat contre le réchauffement et le dérèglement climatiques n’est certes pas simple. Mais il doit être cohérent : il doit aller des gestes quotidiens individuels aux décisions politiques internationales. Le système doit changer. Du local au global, et réciproquement.

L’écologie n’est pas un supplément d’âme, une vignette sympathique apposée au verso des vrais problèmes. Chacun peut maintenant le constater. Les mobilisations puissantes des défenseurs du climat, la détermination de la jeunesse en ce sens, en sont les plus récentes et réjouissantes expressions, mais sûrement pas les dernières.

Des danses, mains dans la main, pour le climat – © leglob-journal

Pour aller plus loin et participer aux initiatives locales

Collectif Citoyen Pour Le Climat de Laval, cette adresse : marchepourleclimat.laval@gmail.com et pour le Groupe FB local : ici

«Nous voulons des coquelicots», pour l’interdiction de tous les pesticides de synthèse, rassemblement chaque premier vendredi du mois devant les mairies à Laval, Château-Gontier, et St Pierre des Nids notamment.

Et il n’est pas top tard pour rejoindre les initiatives nationales avec l’Affaire du siècle et les coquelicots .


L’attribut alt de cette image est vide, son nom de fichier est penserdifféremment.jpeg.
Soutenez leglob-journal en Mayenne

Pourquoi nous soutenir ? – Parce que l’information même en libre accès a un coût. Votre don nous permettra de développer votre journal en ligne par le biais de l’association leglob-journal. Merci de votre soutien.

Laisser un commentaire