Snowden, est-il un traître ou un héros?

 

Qui êtes-vous monsieur Snowden ? Qui est cet homme qui a bravé la toute puissance américaine et semé le trouble ? La question mérite d’être posée en ce jour du 4 juillet (Indépendance Day) et fête nationale aux États-Unis. Pourquoi, car il est bien difficile à l’heure de la mondialisation et d’internet qui ramène la planète à la dimension d’un village global d’apporter une réponse catégorique à ce questionnement pourtant simple ! Essayons tout de même, à travers le prisme déformant des appellations dont Snowden est affublée depuis ses révélations et son existence médiatique.

Par Thomas H.


Edward Snowden, on le sait, est un États-Unien de 30 ans. États-Unien, c’est-à-dire en géographie, un citoyen des Etats-Unis. Ex-collaborateur de la National Security Agency (NSA). Il est en fuite.

Il a “disparu” depuis le 22 juin. Déclenchant une véritable tempête, et confirmant ce qu’on savait, avant de jouer le Fantôme, le « vanisher », ce super-vilain de la bande de Marvel-Comics. Il a “disparu” en permettant, a juste titre, à tout un chacun de s’interroger et de s’inquiéter. Les citoyens du monde se posant la question de leur vie privée, les États celle de leur intégrité, bref le petit monde de la confidentialité tant vantée par les majors de l’internet a volé en éclat.

souriscadnas.jpg

Celui qui a révélé aux médias l’ampleur planétaire des programmes d’espionnage électronique de son pays a-t-il failli ? « Edward aux mains d’argent », dans le domaine électronique, a-t-il bien fait ? Fallait-il qu’il ne dise rien sur les pratiques qu’il a pu observer du temps de sa collaboration à la NSA ?

À ces questionnements, il n’y a pas de réponse toutes faites, car le cas est suffisamment complexe et les appellations pour qualifier l’action de Snowden sont assez symptomatiques de cette complexité. Car il dérange.

Snowden en fait est-il simplement un « lanceur d’alerte » (whistleblower)? Comme on l’a souvent entendu. C’est un rôle en tout cas qu’il revendique lui-même. Alerter, c’est prévenir d’un danger imminent. Alerter c’est ne pas se rendre complice par l’inaction.

Edward Snowden est-il comme les grands médias états-uniens l’appellent un « fuiteur »
leaker ») ? Celui qui a permis la fuite, celui qui a humanisé la brèche ? « A leaker is someone who lets people know secret information » dit le dictionnaire. Une dénomination commode car plus neutre, ce qui permettrait aux journalistes de ne pas prendre parti?

Ce qui évident, c’est que Snowden a tous les atouts d’un «hacker». C’est à la fois un spécialiste de la sécurité informatique et c’est certainement celui qui veut savoir et comprendre le fonctionnement d’un système.

«Hacker», dans l’imagerie populaire du 21ème siècle, c’est souvent synonyme de «geeck». L’archétype classique du geek est celui de l’adolescent passionné d’électronique, et d’informatique. Le président Obama l’a qualifié de «Hacker» avec une pointe de distanciation matinée d’un certain mépris. On peut le conçoit, car cette histoire est bien difficile à gérer et à digérer.

lettreabig-13.jpgu sens propre mais aussi au figuré, entrer dans un système, c’est le rôle du «Hacker». Car on le voit bien, il y a du «in» ou du «off» dans cette affaire. Le « in » c’est faire parti du système. Le « off », c’est s’en extirper.

Edward Snowden a pris le parti de la seconde proposition. Il s’est rebellé. Comme dans le monde informatique et des nouvelles technologies, il a choisi dans le 0-1, la version qui l’a en quelque sorte transformé en un «objecteur de conscience» comme un renonçant qui ne veut pas corroborer des pratiques qu’il ne souhaite pas pour son pays.

Comme Bradley Manning collaborateur et contributeur du Wikileaks d’Assange, ou bien plus loin cet analyste qui en 1971 livra plusieurs milliers de pages au New York Times sur la politique de son pays au Vietnam et qui prouvait que le gouvernement Nixon avait menti. Les poursuites contre Daniel Ellsberg furent levées à partir du moment où on découvrit que le cabinet de son médecin-psychiatre avait été volontairement cambriolé par la CIA.

Et maintenant, que va-t-il arriver à Edward Snowden, à cet homme qui a été élevé aux valeurs de l’Amérique, ce pays de la Liberté érigée en statut et qui a crée l’internet ? Que va-t-il arriver à ce « transfuge », comme on disait du temps de la Guerre froide, il n’y a pas si longtemps? Le feuilleton ne fait que débuter.

Alors Snowden est-il un « traître » ? Ou bien de façon plus romantique est-il fait de l’étoffe du
« héros », style Superman cher aux américains ? Un « héros » comme dans les films que son pays aime si volontiers en véhiculer l’image?

Laisser un commentaire