| Retour à la Une
leglob-journal
Journal d'informations, d'investigations, d'analyses et d'opinions sur la Mayenne

Un nom d’insecte pour une école de commerce, quelle drôle d’idée ! Antaxia à été créée par la CCI de la Mayenne qui se positionne maintenant aux cotés de celle bien plus ancienne du groupe mayennais Actual. Crédo d’Antaxia, « Tu es Bachelier ou étudiant ? Forme-toi autrement ! Ton avenir n’est pas un produit standard. » Yes !

Récemment, elle s’est exposée sur les « culs de bus » du réseau de transport en commun lavallois. Comme si elle venait juste d’être créée. Pourtant depuis 2009, « l’École de Commerce et de Management de la Mayenne » est implantée lit-on sur son site « au cœur de la Technopôle Lavalloise dans les locaux de l’ESIEA, à proximité de l’ESTACA et de l’Université du Maine » c’est-à-dire l’IUT qui attire de plus en plus les étudiants. Elle participe à grossir l’offre du campus universitaire, sauf que.

- Par Thomas H.

L’ennui c’est que « Bachelor », c’est plutôt une émission de télé réalité. Certainement pas un diplôme reconnu par l’État et pas non plus un diplôme agréé par la Commission d’Évaluation des Formations et des Diplômes de gestion pour les écoles de commerce. Cette dernière est la seule instance nationale compétente pour l’évaluation des formations et garantit leur qualité. Pas de mention de la précieuse habilitation sur le site d’Antaxia par la commission ad’hoc. Et pour cause, elle ne délivre qu’un « certificat d’école ».

En plus des publicités sur les "culs de bus", des affiches sur les "sucettes" Decaux - (c)leglob-journal.frLe baccalauréat dans le système universitaire anglo-saxon (en anglais bachelor’s degree, bachelor) est un grade sanctionnant les trois ou quatre premières années universitaires ; bien pratique d’aller chercher des équivalences à l’étranger, quand il existe en France « licence et master » des dénominations de plus en plus protégées et auxquelles on ne peut prétendre.

L’article 42 de la future loi sur l’Enseignement supérieur et de la Recherche votée en Juillet pré- voit même des sanctions pour ceux qui utiliseraient à tort par exemple le mot master. Visées les écoles privées qui académie par académie sont actuellement dans le collimateur de la DGCCRF, la Direction de la Concurrence et de la répression des Fraudes.

Il n’empêche, Antaxia forme « des cadres commerciaux et des managers performants, ayant l’esprit d’initiative, la créativité et l’audace nécessaires pour réussir. » Antaxia, et vos cadres sont forcément au top !

« L’entreprise, au cœur de l’École de Commerce, nourrit la pédagogie au quotidien […] Étudiants aujourd’hui, managers responsables demain », peut-on lire encore sur son site selon René-Paul Poussardin, le Directeur d’Antaxia. Alléchant ! Sauf que la « danseuse de l’ancien président de la CCI » comme certains qualifient l’école « a bien du mal à trouver sa vitesse de croisière ». Un enfant de l’actuel président de la Chambre de Commerce et d’Industrie suit les cours d’Antaxia pour y décrocher le fameux sésame.

 Executive meeting room, (salle de réunion) - Image provenant du site Antaxia

Acheter un système de crédits pour valider un diplôme - « Le Bachelor délivré par l’École de Commerce et de Management de la Mayenne (EC2M) ANTAXIA est une formation d’enseignement supérieur en Commerce et Management conforme aux normes du système européen d’études supérieures Licence - Master - Doctorat (LMD), peut-on lire sur le site, il s’agit d’un diplôme (Bac +3) validant 180 crédits ECTS sur 6 semestres ».

En fait, il s’agit d’un système de crédits qui serait reconnu dans toute l’Europe et qui permettrait de valider des diplômes, il en faut 180 pour une licence. Sur le site, rien ne mentionne qu’il ne s’agit pas d’une licence. La confusion est donc possible. Et puis, il y a ce qu’on ne dit pas. Rien en apparence sur le tarif annuel, et les frais de scolarité.

our le découvrir, c’est sur le site de l’Etudiant.fr, que l’on peut apprendre que sur « 3 ans, la formation se déroule en partenariat avec France Business School Tours-Poitiers. Frais scolarité : 4200 € par an. Frais de sélection : 30 €. »

A l’Esup, l’autre école privée de commerce hors-contrat à Laval qui délivre elle aussi, en fin de scolarité un certificat, l’année y coûte entre 3 600 € et 3 800€. A titre de comparaison, près de 7000 € à l’Esiea et environ 6 200 € à l’Estaca, les deux écoles d’ingénieurs lavalloises situées sur le campus universitaire.

Suivent sur le site de l’Etudiant.fr, les fameuses étoiles. Les 5 étoiles qui permettent de noter Antaxia. Pour “Boby”, c’est « l’orientation et l’ambiance » qui laisserait à désirer, il crédite ses critères de 3 étoiles sur 5. Pour Bart, c’est « l’administration » qui pècherait et pour “Ziznach” « les locaux », comme pour Bart d’ailleurs. Au final, l’école est créditée d’une note de 4,2 sur 5. Pas si mal, mais cela n’a pas vraiment valeur de sondage, nous sommes dans l’apparence puisque 5 évaluations ont été postées.

D’ailleurs « pour la cinquième année consécutive le Figaro-Etudiant publie un classement des meilleurs Bachelors ». Instructif ! Dans le top 5 on trouve, l’ESC Clermont Ferrant, puis Euromed Management Marseille, le Bachelor de l’EAC du groupe Audiencia à Nantes, l’ESC Toulouse ex-aequo avec le Graduate School of Business de Grenoble.

« Preuve selon le supplément, que ces programmes de premier cycle sont de plus en plus plébiscités par les étudiants et représentent des valeurs montantes pour les Ecoles de Commerce malgré une reconnaissante en demi-teinte des recruteurs français. »

Happy few, des étudiants heureux ?

Il est un fait qu’il ne s’agit jamais que d’un « diplôme de niveau bac+ 3 ». Et les chefs d’entreprises rechignent donc un peu à l’embauche de jeunes qui après 3 années suivant le Bac ne disposent que d’un certificat d’école. Pourtant selon Antaxia « 45% » des étudiants trouveraient un CDI et « 10% » seraient en « recherche d’emploi ».

Les camemberts sur le site de l’école qui donnent un coté crédible à la démonstration peinent toutefois à convaincre. Et somme toute si l’on fait le calcul, près de 3 années à 4 200 euros, cela fait un petit pécule à débourser ! L’argent pour tenter de s’insérer sur le marché du travail ! Et peut-être, qui sait, gagner de l’argent ?


Réagir

Ecol-éoptère

Publié le: 4 juillet 2013
- Lire aussi d'autres articles de la rubrique: leglob-mayenne
Laval Cultures Éducation Industries
Acteur et vecteur de la Pensée critique en Mayenne : leglob-journal
leglob-journal, votre journal indépendant en ligne - Informations, Analyses, Opinions en Mayenne - Nous contacter : redaction@leglob-journal.fr
© leglob-journal 2018 - Mentions légales - Editorialisé avec SPIP - se connecter - RSS RSS