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Cela fait réfléchir, et par la même occasion un peu frémir ! Nous voilà entré de plain pied dans la science fiction. C’est l’histoire d’une « pilule électronique » nanotechnologique mise au point par des chercheurs de l’Université de Floride. Un « comprimé » spécial qui prévient, sitôt avalé, l’entourage, médecin et infirmière, que le traitement, dans le cas de maladie chronique a bien été pris. La pilule serait munie d’une antenne dirigeable et d’un micro processeur, le tout relié à un ordinateur pour optimiser et réduire les contraintes de surveillance et d’intervention. On croit rêver ?

- Par Thomas H.


Non ! Vous ne rêvez pas ! Dans ce qu’on achète et consomme, il y a déjà des nanomatériaux ! Et oui, et nous ne le savons pas forcément. Pour plus d’un millier de produits, c’est déjà le cas. Les nanotechnologies sont utilisées notamment dans la cosmétologie, l’emballage, des pneumatiques, ou bien dans la fabrication des raquettes de tennis et même des chaussettes. Dans des produits alimentaires. Inconnues pour beaucoup, les nanotechnologies sont déjà sur le marché !

Nanotech, petit à petit...

Et selon le CNRS et le CEA, un des objectifs des nanotechnologies, c’est de « contribuer au développement d’une société économe en ressources naturelles et en énergie, porteuse d’une forte exigence de préservation de la santé et de l’environnement. » C’est beau, n’est-ce pas ! C’est ce que dit plus explicitement Koïchiro Matsuura, directeur général de l’UNESCO : « Moins de matière : il va nous falloir « dématérialiser » l’économie et la croissance. […] réduire la consommation de ressources naturelles et de matières premières […] Ce transfert de l’économie vers l’immatériel a déjà commencé, avec la révolution qui remplace les atomes par les bits […] »

Alors finalement que veut dire « dématérialiser » ? En fait « les procédés de fabrication actuels utilisent des matériaux massifs présentant des propriétés continues, peut on lire sur le site du ministère de la Recherche à propos du Plan Nano-INNOV, c’est-à-dire ne dépendant pas de la position de tel ou tel atome ou telle molécule, mais jouant sur des effets de moyenne.

Plusieurs millions ou milliards d’atomes sont alors nécessaires pour réaliser une fonction élémentaire. Au contraire, le passage à l’atome ou à la molécule, ou nanofabrication, permet de jouer sur la nature et la position dans l’espace de chaque atome pour permettre à un ensemble de quelques dizaines à centaines d’atomes de réaliser une fonction élémentaire. On fournit les mêmes fonctions avec beaucoup moins d’atomes, donc de matière ». On le voit, il s’agit bien d’une projection volontaire vers les nanotechnologies qui vont manifestement bouleverser l’agencement existant.

Un beau marché ! - Dans le domaine médical par exemple, elles permettraient selon l’Inserm, d’amener le médicament directement sur la cible, en particulier dans la thérapie du cancer. De soigner des maladies du cerveau en miniaturisant des électrodes implantés directement dans le système nerveux central. Fichtre !

Grâce aux biopuces et autres marqueurs moléculaires dans le futur donc, une véritable médecine personnalisée pourrait donc voir le jour. Déja ce qu’on appelle le neuro-feedback est en marche et le cerveau révèlerait bien des possibilités insoupçonnées. Comme soigner des dépressions, ou éviter des AVC par exemple.

Docteur Gekyll or Mister Hyde ?

Et dans le contexte de crise économique actuelle, les nanotechnologies seraient aussi pour les entreprises françaises et européennes une opportunité. Avec des perspectives de marché en 2015 de 1 000 milliards de dollars. Une paille ! Voilà pour le coté face de la pièce.

Côté pile, on ignore encore largement quels peuvent être les risques sanitaires, les impacts sur l’environnement ou les libertés individuelles notamment dans le domaine de la sécurité. « Hyper-traçabilité » des personnes et des objets balayant l’anonymat. Ces nouvelles technologies font peur. C’est le caractère invisible des “nano-objets”. Du coup angoisse et défiance sont au rendez-vous. Une électrode dans le système nerveux, on comprend !

Et quid de l’action sur l’ADN ? Et que deviendra le « médicament » après son administration ? A-t-on penser au recyclage de ces substances et au traitement des déchets nanotechnologiques dans la nature ? Au fait qui pilote les choix industriels ? Et comment sont-ils contrôlés ?

Autant de points d’interrogation ! - Les professionnels qui recourent déjà aux nanomatériaux ont des réponses qui se veulent plutôt rassurants. En revanche chercheurs, scientifiques, associations de protection de l’environnement ou de consommateurs, représentants d’agences d’évaluation ou de « comités d’éthique », sont plus critiques et alertent en disant qu’il faut mettre en balance bénéfices et risques. Mais n’est-il déjà trop tard, et tout n’est-il pas déjà joué ?

En France par exemple, la création de Minatec à Grenoble spécialisé dans le domaine en est la preuve. Tout montre que tout est déjà bien lancé, et c’est d’ailleurs un argument publicitaire : « 2400 chercheurs, 1200 étudiants et 600 industriels et spécialistes du transfert technologique regroupés sur 20 hectares  » .

Mais aussi tout est sur les rails. Avec le lancement du plan Nano-INNOV, initié par l’État, qui vise à mettre en place une stratégie d’innovation dans les nanotechnologies. Actions en France on le voit, mais aussi à l’étranger. Tout cela ne donne pas vraiment dans la transparence, et conduit à entourer les nanotechnologies d’un fort sentiment de suspicion, nimbé de craintes qui paraissent légitimes. Sentiment accru en raison du silence de l’État ayant accompagné cette évolution.



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Publié le: 13 avril 2014
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