Attractivité Mayenne : 25 000 € de loyer mensuel dans la Tour Montparnasse

En janvier 2019, le Département de la Mayenne sera officiellement parisien. Installé dans une des tours emblématiques de Paris, aux pieds de la Gare Montparnasse, « l’Espace Montparnasse » sera inauguré au 13ème étage pour une « durée expérimentale » de vingt mois « au maximum » a précisé au Glob-journal le Président du Département. Un positionnement parisien « dédié aux acteurs du territoire », pour vendre la « marque Mayenne » et participer à l’attractivité tant recherchée. Une vitrine avec un «bail de sous-location» à une société gérée par Samuel Tual et au final une ardoise qui se monte pour les contribuables à plusieurs centaines de milliers d’euros.

Par Thomas H. 


Pour « redonner de la valeur à la Mayenne », la « vie parisienne » a un coût qui ne plaît à tout le monde. Nous avions l’information qu’il s’agissait d’une addition de 500 000 euros, mais en fait, c’est plutôt « Près de 500 000 euros », nous a précisé le Président du Conseil départemental de la Mayenne Olivier Richefou.

« Le Département fait avec [ses] moyens, ajoute-t-il, en créant l’Espace Montparnasse. Un choix volontaire du Conseil départemental d’investir à Paris » a-t-il justifié sur la scène dans la grande salle de Louverné, le 3 décembre 2018, devant un parterre de plusieurs centaines d’invités. Toutes les forces vives socio-économico-politiques du département étaient là ou presque, dont Emmanuel Besnier le N°1 de Lactalis qui «nous a fait le plaisir d’être présent» a dit Olivier Richefou au cours de la soirée de lancement officiel du « Projet d’attractivité de la Mayenne de demain ». Une soirée qui se voulait hype.

Emmanuel Besnier (Groupe Lactalis) en compagnie de Bruno Lucas (Groupe Lucas Constructions) Louverné, le 3 décembre 2018 – © leglob-journal

Mais comment faire par exemple pour attirer « 1000 à 1500 habitants de plus par an en Mayenne » ? S’il fallait « un grain d’audace, (…) pour avancer avec agilité et rapidité dans un monde qui change». De ce point de vue là, la Mayenne 100 % fibrée en 2022 y participe. De l’audace donc, mais des amis aussi et surtout de l’argent des contribuables ; devenu argent public, pour intégrer le 13ème étage de la Tour Montparnasse. Sur un plateau de 521 mètres carrés dans un gratte-ciel de 59 étages, typique des années 1970 et qui est désamianté par tranches ; « (…) Depuis 2014, plus de 10 000 mesures d’air ont été effectuées, soit 10 par jour en moyenne, sans événement majeur à noter. Une rénovation permettra de tourner définitivement la page de l’amiante (…) Un démarrage des travaux est prévu en 2019 dans [ce] qui demeure aujourd’hui le site le plus surveillé de France.» peut-on lire dans un récent arrêté préfectoral. [Détails ici]

La Tour Montparnasse, avec ses 59 étages, vue en contre plongée. Lactalis est au 30ème étage et Actual au 49ème.

L’objectif affiché, de l’Espace Montparnasse, c’est de vendre le label Mayenne. Il s’agira d’« accueillir gratuitement, dans des bureaux et des salles de réunions des entrepreneurs mayennais » ; des industriels, bien évidemment mais aussi des acteurs du monde culturel, mais pas que. Sûr, « Il y aura du co-working », ou si vous préférez du Travail-partagé. Mais question : cette présence à Paris, en quoi est-ce de nature à servir le territoire de la Mayenne et les EPCI, c’est-à-dire les intercommunalités territoriales?

« C’est une expérimentation, vous savez, il faut tester, on verra comment ça va évoluer… » déclare au Glob-journal, Nicole Bouillon, première vice-présidente du Conseil départemental de la Mayenne qui comprend que cette somme de 500 000 euros puisse choquer, à la fois au sein du Conseil départemental et en dehors. Car il s’agit, en fait, et selon un rapide calcul de dépenser 25000 euros par mois pour sous-louer les précieux mètres carrés parisiens. Interrogé par leglob-journal, le Président du Département de la Mayenne a fait valoir « le prix [élevé] du mètre carré de location de bureau à Paris » ajoutant que « la délibération avait reçu l’aval de la Préfecture ».

L’idée n’a d’ailleurs pas fait l’unanimité au moment du vote en Commission permanente, celle du 26 novembre 2018, soit huit jours avant l’annonce officielle. Il a été noté deux abstentions : celle de Béatrice Mottier, pourtant en charge de l’Attractivité à la ville de Laval et à la communauté d’agglomération de Laval, et celle de Vincent Saulnier qui siège également à la Communauté de communes du Pays de Château-Gontier ; ces deux conseillers départementaux en s’abstenant n’ont donc pas « autoriser le Président du Conseil départemental à signer le contrat de sous-location liant la société Act-Office et le Département (…) » Et chacun sait que «s’abstenir, ce n’est pas voter pour»… «Positions décalées» au sein de la majorité, en Commission permanente, sans doute des raisons multifactorielles, même si en fait la politique d’attractivité est toujours qualifiée globalement de satisfaisante.

Délibération de la Commission permanente du Département de la Mayenne du 26 novembre 2018 – Capture écran

La Société Act-Office, présentée comme un «simple prestataire» qui «sous-loue» au Département de la Mayenne est gérée par Samuel Tual, le Patron du Groupe mayennais Actual qui est présent, de près ou de loin, dans 48 sociétés selon Infogreffe. Act-office société à responsabilité limitée, est en activité depuis quatre ans, et est domicilié au 19 rue de l’ancien évêché à Laval. Dans ce « montage », il s’agit d’argent public émanant des mayennais mais aussi d’entrepreneurs, qui par transitivité et par l’intermédiaire d’une société de service revient à un entrepreneur dont il est le gérant. Moralement, cela pourrait apparaître comme gênant.

Capture écran Infogreffe

« Avec une autoroute presque gratuite , il y a quelque chose à faire avec nos amis de l’Ille-et-Vilaine. Nous ferons, je pense, la même chose à Rennes. » a déclaré sur le grand plateau de lancement de la soirée officielle à Louverné, Olivier Richefou qui est à la tête de ce département qui a très longtemps souhaité ne pas « ouvrir ses horizons » selon de nombreux observateurs. Une Mayenne mi-rurale, mi-urbaine où il fallait « vivre caché, pour vivre heureux» et qui d’un seul coup cherche à se promouvoir. Coûte que coûte.


Le 13 décembre 2018 –  Leglob-journal précise qu’en définitive les chiffres évoqués lors de l’entretien avec le Président du Conseil départemental ne sont plus de 500 000 mais de 250 000 euros pour un maximum de 20 mois, soit 12 500 euros de loyer mensuel. 

6 thoughts on “Attractivité Mayenne : 25 000 € de loyer mensuel dans la Tour Montparnasse”

  1. Ce débat sur l’attractivité commence à tourner à la mascarade ..Aprés la fabuleuse photo de nos élites départementales auto proclamées ..la soirée très  » in » de lancement ….voila donc les premières actions concrètes au frais du contribuable mais avec un petit montage sympathique …Mais en Mayenne personne à part heureusement leglob-journal ne semble s’en offusquer…rien dans les cahiers de doléance de nos concitoyens pour dénoncer les frasques du monde mayennais qui valent bien celles des « technocrates parisiennes  » qui ont souvent bon dos …

  2. Le projet de mettre en avant l’attractivité de notre département est une démarche intéressante, mais une opération de communication qui part très mal.
    Un comité de pilotage composé de quinquagénaires masculins et blancs uniquement, accompagné d’un eclesiastique, le peuple ne comprends pas bien.
    Maintenant, la Mayenne va louer pour 25000€ de loyer mensuel, des bureaux à Paris pour le compte (ou le conte ?) de Samuel Tual, on se demande s’il n’y a pas un conflit d’intérêt puisque M. Tual est membre de ce comité…
    La nuit du 4 août 1789 il fut voté l’abolition des privilèges féodaux, faut-il le rappeler à la baronnie Mayennaise ?

  3. Vous êtes toujours aussi peu objectif.
    A chaque fois qu une collectivité dépense de l argent, c’est de l’argent public !!
    A chaque fois qu une entreprise fait un contrat avec une collectivité, elle bénéficie d’argent du contribuable !!!
    Tout cela arrive tout le temps, tous les jours !! C est le propre de l.action publique ! Après on peut aussi ne travailler qu avec des entreprises étrangères au territoire. Je n’ose pas imaginer les réactions des contribuables si on devait leur expliquer qu on ne peut pas travailler avec untel ou untel au prétexte que le chef d entreprise est très connu dans le département ! Un des défauts de la Mayenne c’est d’etre petit, une de ses qualités c’est d’etre petit ! Tout le monde se connaît et travaille ensemble ( allez voir les Herbiers, c’est aussi une de leurs qualités ) et cela est une des raisons du faible taux de chômage chez nous.
    La vraie question qui compte c’est : Est ce utile ou pas ? Je ne doute pas que vous avez une analyse aussi brillante que la première à nous partager ! ( j’ai une idée de votre avis)

    1. La vraie question qui compte c’est : Est ce utile ou pas ? Réponse non .Les grandes entreprises mayennaises ont pour la plupart une localisation à Paris et pour les petites il existe de nombreux espaces de coworking sur la capitale

  4. Merci pour ces informations très intéressantes et qui mettent en lumière ce que nous savons déjà la collusion entre le patronat mayennais et certains élus.
    Alors même que nos services publics crèvent, c’est encore et toujours de l’argent public donné sans contrepartie à ceux qui ont déjà été bien gâtés par toutes les mesures gouvernementales.

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