Au conseil municipal de Laval, l’examen des « comptes des promesses tenues »

Lors du dernier conseil municipal de Laval avant la trève estivale, il a flotté ce lundi 24 juin 2019 comme une odeur de début de campagne électorale. Les municipales, programmées pour mars 2020, c’est presque déjà demain. Au cours de cette longue séance quasiment sans public ce qui est aussi un signe, – deux personnes seulement étaient assises sur les chaises des visiteurs, – il a été question des comptes administratifs 2018. Et du coté de la majorité, il y avait du satisfecit dans l’air, même si ce soir-là, le temps était un peu à l’orage.

Annonces d’une politique dite « efficace »

Par Thomas H.


Le sourire était de mise. Démarrée à 19 heures, la séance du conseil municipal de Laval s’est achevée plus de deux heures et demi plus tard. Dès le clap de fin tous le monde ou presque s’est soudain volatilisé. Fatigue et petit creux à l’estomac. Entre temps, un peu vers 22 heures des coups de tonnerre répétitifs au loin ont fait se retourner vers les fenêtres de la salle des Fêtes de l’hôtel de ville, certains élus qui se sont interrogés. On avait déjà passé depuis belle lurette les « comptes des promesses tenues » comme l’avait souligné Philippe Habault, l’adjoint au maire en charge des Finances. Et des élus commençaient manifestement à trouver le temps long comme on pouvait le lire sur certains visages.

Pourtant, tout y était. Le rappel de la baisse des impôts de 10 %, « la politique efficace », « les emprunts toxiques hérités de la municipalité précédente soldés», « la capacité d’investissement de la ville multipliée par neuf sans recours à l’emprunt », le « grand argentier » comme l’a nommé l’élu d’extrême droite au cours d’une intervention déclarant qu’il l’aimerait bien l’avoir sur sa liste, avait manifestement bien préparé sa rhétorique. Son discours était rodé.

Le tableau conforte la politique de la majorité

Avec des arguments punchline sous la forme de slogan, sans qu’on puisse réellement vérifier, sur le moment, ce qui est dit, l’élu joue manifestement sur du velours. « Il faut le savoir, notre capacité de désendettement est passé de 56 ans en 2015, à 11 ans seulement en 2018 ! » a lancé par exemple l’adjoint aux Finances. « Cela redonne de la crédibilité à notre ville » a-t-il ajouté. Philippe Habault qui a déroulé son analyse positive, a mis sous le boisseau, c’est de bonne guerre, les points lui paraissant moins glorieux.

« Les cessions, [Cela consiste à vendre ce que la ville ne veut pas ou plus s’occuper, NDLR] c’est de la bonne politique. » a-t-il ajouté. « Nous allons faire 11 millions d’investissements en 2018… » Pour étayer sa longue énumération explicative des comptes 2018, malheureusement, il n’y a pas de graphique s’affichant, comme à l’accoutumé, sur le grand écran. Et il faut bien avouer que ce n’est pas simple de suivre.

Aussi les chiffres s’enchaînent, les sommes déboulent, les arguments-preuves se bousculent, mais les camemberts et autres graphiques n’explosent pas sur l’écran géant de la salle du conseil, parce que l’ordinateur ne veut pas fonctionner, malgré les efforts du responsable informatique. François Zocchetto, le maire est malgré tout ravi de ce tableau positif dressé par son adjoint qui permet de conforter sa politique.

« Une vision réelle des comptes »

Philippe Habault réduit momentanément au silence ayant achevé ses explications, le rouge s’éclaire à présent devant la bouche de Georges Poirier. L’élu de l’opposition, qui fut directeur départemental du quotidien Ouest France, remarque que « les tableaux de Philippe Habault ne sont pas les mêmes que ceux que nous avons dans le dossier qui nous a été remis». il fait remarqué aussi qu’il est impossible de « pourvoir comparer le prévisionnel et le réalisé ». Ce qui a été décidé et annoncé et les investissements réellement réalisés.

Cheval de bataille de l’élu de la minorité d’opposition au maire de Laval, « Les subventions aux associations. 6400 euros de moins depuis 2014, avance-t-il, quand le forfait post stationnement a fait un bon de 35 %. » Quant aux « cessions, celle de l’îlot St-Julien, beaucoup de lavallois ne l’ont pas digérée, parce que c’est le seul poumon vert de la rive gauche. » Georges Poirier déroule lui aussi ses observations et dit attendre celles de « la chambre régionale des comptes pour avoir une vision réelle des comptes de la ville ».

Même tonalité pour Claude Gourvil, un autre élu de la minorité de gauche qui lance à propos de ces comptes administratifs 2018 : « C’est une politique au rétroviseur, et c’est votre choix ». François Zocchetto avance, en se donnant la parole à lui-même [C’est le maire qui distribue la parole en allumant les micros sur une tablette placé devant lui, NDLR] que « nous avons maintenu notre soutien aux associations. »

Et puis un petit débat s’instaure autour de Saint-Julien. C’est la première fois depuis que la délibération a été votée, il y a plusieurs mois de cela. A ce propos, Didier Pillon qui répond à Georges Poirier, remet sur la table ce qu’il appelle « l’abandon brutal en fin de mandat de la municipalité précédente, quand elle s’est rendue compte qu’elle n’avait pas les moyens financiers pour faire de Saint-julien un espace culturel comme elle l’avait annoncé […] Maintenant, nous pouvons nous réjouir que Saint-Julien soit sauvé ! » Acheté par Michel Lelièvre, un promoteur du Mans, c’est une fonds de dotation qui préside aux destinés de Saint-Julien.

« Une tonalité défaitiste »

Claude Gourvil évoque l’attractivité de la ville « passée sous la barre des 50 000 habitants […] vous avez une lecture en euros. Nous, nous avons une lecture en humains ! ». Clivage politique affirmé. Gauche et droite débattent en conseil municipal dans une gentille joute verbale. Mais attaque égale réponse. On l’impression que le maire a anticipé le sujet de la baisse de la population lavalloise. Il explique ne pas avoir apprécié « cette espèce de tonalité défaitiste » qui ressortait selon lui de la prise de position de l’opposition sur le sujet dans le bulletin municipal. « La baisse a été régulière depuis 2009, aussi ne faites pas porter à la majorité actuelle cette baisse de la population de Laval. Il s’agit d’une baisse de la natalité nationale : une tendance lourde […] » et il ajoute comme pour donner de l’eau à son moulin que l’équipe municipale tente d’enrayer ce déclin. « Depuis le début du mandat, les cessions ont permis de créer 673 logements, notre but c’est de rendre la ville plus riche en habitant et en activité. »

Avec un large sourire, il lance à la cantonade ce « Prenez donc acte du redressement des finances de la ville. » Mais François Zocchetto ne sera pas entendu : toute l’opposition [Six élus étaient présents, NDLR] s’abstient. Les comptes sont adoptés. Pour l’équipe de la majorité, de quoi partir en vacances sur un bon point en terme de communication politique. Après ces échanges significatifs sur les comptes administratifs 2018, une trentaine de délibérations étaient inscrites à l’ordre du jour copieux de l’assemblée municipale. Elles ont été examinées, classiquement, puis soumises au vote.

Lire aussi, dans la rubrique En Bref  ce qui a été voté par les élus.


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