Au Parti Socialiste 53, de nouvelles démissions… pour AP-RÉS

De nouveaux départs au PS en Mayenne. Cinq au total dans le sillage de Steve Rattier qui avait été élu, en mars 2018, secrétaire de la section de Laval. Séduit par le « prisme de l’aile gauche du PS » il emmène avec lui d’autres adhérents et parfois de longue date comme Bernadette Weller, une «  militante de plusieurs décennies  ». Pour rejoindre AP-RÉS ( Alternative pour un Programme républicain, Écologiste et Socialiste) le mouvement récemment créé par Emmanuel Maurel et Marie Noëlle Linemann. Des départs en interne qui sont révélateurs du malaise que vit le PS qui fut le deuxième parti de gouvernement.

Par Thomas H.


C’est un nouveau coup dur pour le PS en Mayenne qui essaye de se redonner des couleurs. Steve Rattier partant, le jeune militant socialiste mayennais de six ans d’âge laisse en plan ses camarades, six mois après son élection à la tête de la plus grosse section en Mayenne, celle de Laval qui pèse à elle seule 50 % de la Fédération du PS. Mais avec le sentiment d’avoir « fait le job. ».

Dans la liste des démissionnaires du PS, l’élu Thierry Bailleux, secrétaire de la section de Saint-Berthevin qui jette l’éponge aussi. Cinq militants au total sont démissionnaires : Guillaume Agostino, Alain Béasse, Thierry Bailleux donc, Steve Rattier et Bernadette Weller qui a travaillé en région parisienne et connaît bien Marie-Noëlle Linneman. « Quarante ans que cette retraitée des hôpitaux de Paris milite au PS » explique Steve Rattier, c’est une démission logique mais qui « ne s’est pas fait de gaité de cœur ». Pour cet autre adhérent qui se dit « de base » et souhaite rester anonyme, le départ de Bernadette Weller, qu’il décrit comme « une mélanchoniste de toujours [qui avait] soutenu Hamon à la primaire », c’est normal. En début d’année 2018, elle avait opté pour L’Union & l’Espoir – Maintenant la Gauche, la motion 3 du PS propulsée par Emmanuel Maurel.

« Trop tiède »

Tous les démissionnaires ont longtemps été dans l’interrogation. Depuis de longs mois, ils se questionnent sur le devenir du Parti Socialiste avec à sa tête Olivier Faure jugé « trop tiède ». « Aujourd’hui, non seulement le PS est tiède explique Steve Rattier, mais franchement, qu’est-ce qui a été fait depuis l’arrivée d’Olivier Faure ? Pas de visibilité ! On ne voit rien décoller, et je ne connais rien de ses intentions à quelques mois d’élections importantes ! Et en Mayenne, je ne vois pas comment on va travailler en vue de ces Européennes qui arrivent, ou même des municipales… Et puis, est-ce suffisant de dire que le PS va se reconstruire sur une nouvelle base et que les gens vont revenir comme ça, sans discuter avec les autres forces de gauche ? »

Olivier Faure lors de sa venue à Laval à l’invitation de la Fédération du PS-53 aux cotés de Caroline Garnier et Guillaume Garot. Marie-Noëlle Tribondeau était à la tribune – © leglob-journal

L’Europe

Ambiance. Déjà lors de la venue d’Olivier Faure à Laval, la prise de parole de Christian Poincheval, un des nombreux adhérents présents à la « rencontre » organisée par le PS-53 aux Pommeraies avait été révélatrice d’un mal-être. L’artiste lavalois n’y était pas allé avec le dos de la cuillère. Il avait carrément envoyé au Premier secrétaire du PS que son discours qu’il venait de faire l’avait « emmerdé ». Diversement perçue, l’intervention de Poincheval avait eu le mérite de la franchise. « Ça a permis de secouer le cocotier  » avait commenté un adhérent, alors que d’autres reconnaissaient que le propos avait été un peu rude.

Ce qui a également été déclencheur de ces cinq démissions, ce sont les deux visions à propos de l’Europe sur lesquelles les adhérents devaient se prononcer tout récemment. « Le principal point d’achoppement, explique Steve Rattier, c’est la participation du PS à la politique du PSE. Très clairement, ce qui se passe, c’est que le PSE s’entend avec le PPE [Ensemble des partis de droite et de centre droit d’inspiration libérale-conservatrice, NDLR] pour former une grande majorité et partager les postes et mener une politique quasi commune, c’est le problème ! Quels point communs entre le PS français et les parti sociaux démocrates du Nord de l’Europe ou bien même le Parti travailliste ? ».

Comme à chaque fois au Parti Socialiste, on minimise. Ce qui fait dire à Caroline Garnier, la Première co-secrétaire fédérale du PS en Mayenne à propos de ces départs : « Nous prenons acte de ces décisions, déclare-t-elle au glob-journal et respectons ces choix. Nous espérons le moment venu qu’il sera possible de se regrouper pour faire gagner la Gauche ».

Il faut donc rester positif. Mais le départ de Steve Rattier est tout de même symptomatique d’un état de fait issu d’un positionnement du PS en Mayenne qui commence à faire réagir. Steve Rattier écrit sur Twitter : « Après plus de 6 ans de militantisme au PS 53 , j’ai pris la décision de rejoindre le mouvement « AP-RéS » avec Emmanuel Maurel et Marie Noëlle Linemann. Je demeure socialiste  ». Et dans la lettre de démission, il déclare : « Je ne rejoins pas la France insoumise, mais un parti qui va œuvrer à recréer une dynamique de gauche en discutant avec tous ceux qui le voudront bien, et dont le Parti Socialiste s’est coupé au fil du temps  ». Autrement dit, faut-il lire en creux ce questionnement : le PS est-il toujours vraiment socialiste ?

Après l’hémorragie à la fin du quinquennat de François Hollande qui a vu le nombre d’adhérents considérablement baisser en Mayenne pour tomber à 214 encartés, de nouveaux départs donc au sein du PS 53. Des démissions en interne certes prévisibles pour un repositionnement politique, mais non sans conséquence.

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