« Booster » l’innovation des entreprises en Mayenne avec « Time to Concept »

Depuis une année déjà, l’Institut de l’Ecole Nationale Supérieure des Arts et Métiers, propose une chaire intitulée « Time to Concept  ». Mise en place par le professeur Simon Richir, ces « cours » s’adressent aux entreprises qui souhaitent « booster » leur processus d’innovation. L’école d’ingénieurs, désormais connue sous la marque Arts et Métiers organisait d’ailleurs un évènement en octobre 2018, dans ses locaux, au Laval Virtual Center situé sur le campus de la Technopole de Changé. Curieux de tout évènement susceptible de faire sortir le département de sa zone de confort ou de le révéler sous un nouveau jour, leglob-journal y était présent.

Par Marrie de Laval


Il s’agit simplement, si on peut dire, pour les entreprises d’éprouver des technologies et des méthodes de recherches, et d’innovations à la pointe des technologies immersives ou augmentées pour accélérer la production de biens. Le but, c’est de mettre en œuvre un procédé moins chronophage et plus « parlant » en réduisant ainsi les coûts de développement. En termes de réalité, qu’elle soit virtuelle ou augmentée, l’agglomération lavalloise s’appuie sur ces technologies pour faire savoir qu’elle regorge de talents et de savoir-faire dans ses écoles et centres de formations de haut niveau. On ne le sait pas beaucoup.

Après un colloque sur les effets de l’intelligence artificielle dans le domaine de la justice au printemps dernier à la faculté de Droit sur la justice prédictive, voici donc que l’école des Arts et Métiers expose comment «  accélérer l’innovation avec les technologies immersives ».

Cette séance inaugurale de restitution des recherches, propre à la chaire « Time to Concept » se voulait ouverte aux étudiants, enseignants, chercheurs mais était surtout destinée aux industriels, sans oublier un public curieux, mais un minimum averti. Elle en appellera d’autres, prochainement site. Dans la salle, le public est remarquablement masculin ; moins de cinq femmes parmi l’auditoire.

UN aperçu de la salle de conférence au Laval Virtual Center
La virtualisation, nouveau moteur d’une autre Révolution Industrielle

Les entreprises les plus à la pointe des technologies et confrontées à la plus féroce des mondialisations, recherchent tout ce qui permet de fabriquer mieux, plus vite et moins cher. Elles sont conscientes du basculement vers une nouvelle ère dont nul ne peut prétendre maîtriser tous les champs.

Il faut reconnaître qu’avec les techniques déployées en Réalité Virtuelle et Réalité Augmentée, ce qui fait la renommée de Laval, et leurs champs des possibles, les notions de hiérarchie internesous-traitance et spécialisation sont particulièrement bousculées dans les entreprises.

Si les structures du modèle économique classique demeurent, d’autres émergent à travers des organisations informelles ou mouvantes. Des équipes de recherche et de développement basées sur le volontariat de ses membres, indépendamment de leur place hiérarchique habituelle, de leur appartenance à un service particulier, de leurs diplômes, se mettent en place. « Les réunions de ce genre de groupe sont parfois ébouriffantes », admet un brin goguenard un conférencier.

Cette mise en perspective de la réalité permet également aux prestataires de présenter visuellement aux clients des solutions via des concepts dont ces derniers ne maîtrisent pas le vocabulaire… Il faut bien admettre que regarder une animation sur les courants d’air pollués est plus abordable qu’un exposé météorologique avec les termes de micro-climat employés classiquement, comme par exemple la Variation de Coriolis ou d’autres !

Chaire TTC – Présentation d’un doctorant sur la nouvelle méthodologie
Désormais, avant toute conception de produit, les industriels sont amenés à participer à des groupes de travail via des réseaux, tel que ID4CAR (prononcer I.D. for car ) qui a été mis en place chez Mann+Hummel à Laval. Il s’agit de favoriser les rencontres et les collaborations entre des métiers, des compétences et des pratiques d’élaborations de projets d’ingénierie comme une plus grande porosité entre le monde industriel et celui de l’Enseignement et de la Recherche.

Les entreprises doivent retrouver une certaine forme de curiosité au monde et sortir de leur laboratoire. Un peu comme les capitaines d’industrie et leurs ingénieurs à la fin du XIX ème siècle l’ont fait. Et à entendre parler les divers intervenants, il se retrouverait le même enthousiasme que l’on peut imaginer lors de l’avènement de la fée blanche à la fin du XIX ème siècle.

A titre d’exemple, alors qu’il fallait, il y a encore quelques années, cinq à sept ans pour mettre sur le marché un nouveau modèle de véhicule automobile, deux ans suffisent aujourd’hui. Mais c’est vrai qu’une voiture ne se résume plus à quelques éléments comme quatre roues, un volant, un moteur et un habitacle ! L’engin devient maintenant intelligent et communiquant au point de nécessiter du cablage-réseau ou électrique pas toujours en rapport avec la mobilité elle-même.

Placer l’Institut et ses ingénieurs-chercheurs au centre des enjeux économiques de l’industrie 4.0

C’est ainsi que se pratique le développement de « pôles de compétences  » et des partenariats transversaux dans un esprit collaboratif. Sentir l’air du temps, les tendances et les nouveaux besoins, c’est ça… Puis, repérer un profil de clients, intéressé par le nouveau produit. La faisabilité est alors évaluée, en phase avec la stratégie de l’entreprise, suivi par la conception puis de la mise en production. Les entreprises parlent alors d’agilité, de mobilité, de complémentarité de compétencesmais aussi de systèmes et non plus d’un simple produit.

Ce qui est stimulant pour les esprits curieux peut devenir rapidement anxiogène et déstabilisant pour les salariés amenés à revoir leurs façons de fonctionner, surtout s’ils ne sont ni accompagnés, ni soutenus et leurs efforts rétribués. Il faut admettre que dans tous les diaporamas proposés à cette conférence, la présentation vidéo des intervenants était souvent réalisée en langue anglaise avec des néologismes parfois étonnants. Des mots comme liquidworkforce, off road, corporate-venture, process, etc. ont émaillés propos et démonstrations.

A chacun d’entre-nous de comprendre que la maîtrise des technologies nouvelles est essentielle pour rester dans la course, que l’on soit une entreprise ou un collaborateur, avance cet intervenant. C’est ce que l’on appelle la « Transition numérique  ».

Philippe Rhoumy, le Directeur général de Mann+Hummel France, au micro
Philippe Rhoumy, le DG de MANN+HUMMEL France, a expliqué que sa société spécialiste du filtre à air de véhicules et mécène de la chaire, se diversifie dans tous les secteurs nécessitant une filtration (véhicules, sites de production, villes, secteur médical …). A son tour, le professeur Simon Richir, son fondateur, a présenté en quoi consiste « Time to Concept ».

Avec cinq permanents (un chef de projet, un ingénieur et trois doctorants, auxquels s’ajoutent des personnels administratifs communs à l’institut lavallois), les fonds privés viennent compléter les fonds publics du Ministère de l’enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation qui ne permettent pas de faire plus que payer les salaires des permanents de cette structure publique, antenne du LAMPA (Laboratoire Angevin de Mécanique, Procédés et innovAtion) d’Angers. Sans parler du loyer des locaux, propriété de l’agglomération lavalloise.

En constituant la chaire, Simon Richir à l’origine de Laval virtual a voulu faire connaître et financer les travaux de ses équipes. En faisant bénéficier les entreprises d’une collaboration favorisée par le crédit impôt-recherche (CIR, NDLR) tout le monde y trouve son compte.

L’idéal pour l’école est de s’associer à des entreprises importantes qui peuvent se permettre de faire du mécénat. Les résultats de ces recherches étant publics, ils bénéficient ensuite à tout le tissu économique départemental, régional et national, en particulier dans le cadre de l’Alliance pour l’Industrie du Futur dont les Arts et Métiers sont co-fondateurs.

La présentation d’une simulation des courants d’air à la suite d’une pollution atmosphérique
Avec Chaire Time to Concept et les autres organismes présents au Laval Virtual Center, on le voit, l’agglomération lavalloise favorise donc le rayonnement des connaissances et des savoir-faire des acteurs universitaires et économiques.

Espérons que ces démarches attireront étudiants et entreprises au point de redynamiser des secteurs de la vieille économie et d’attirer des populations jeunes de 25 à 35 ans qui nous font tant défaut en Mayenne par manque d’attractivité ; une notion devenue proverbiale pour le département. A l’occasion de cette première, la présence d’un représentant de l’Agglomération de Laval, soutien non négligeable par ses subventions, aurait été bienvenue et aurait donné un signal fort à l’intérêt de cette chaire et à ses travaux qui commencent à prendre corps.

© Photos leglob-journal

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