Comment ? « Blockchain et crypto-actifs » ? – Par Tristan Léger

Sans doute faudra-t-il apprendre à vivre avec la blockchain… Mais avant cela, encore faut-il savoir ce qui l’en retourne. C’est l’objet de cet article écrit par Tristan Léger, expert qui se dit « passionné » et tout juste âgé de 22 ans. Voici « un article d’introduction et de vulgarisation aux blockchain/crypto-actifs destiné aux néophytes. Tout connaisseur pourra comprendre les approximations faites dans le but de simplifier la compréhension de cette technologie et de ces protocoles », nous explique, en guise de préambule, Tristan Léger de la toute jeune société Crytobjectif basée à Bonchamps-les-Laval en Mayenne.

Immersion en terre inconnue

Par Tristan Léger*


Les crypto-actifs sont des actifs numériques fonctionnant grâce à la technologie de la blockchain (chaîne de blocs en français). La blockchain est un réseau fonctionnant sans aucune autorité centrale. Il s’agit d’un système décentralisé. Aujourd’hui, nous vivons dans un monde totalement centralisé. Gouvernements, banques, GAFAM, assurances… personne ne peut vivre sans. La technologie blockchain permettra de se passer de tous ces intermédiaires de confiance. Dans quels buts ? Plus de rapidité, plus de sécurité, plus de confiance et enfin, plus d’économie.

Le réseau centralisé possède en effet une faiblesse (son point centrale). Si celui-ci vient à disparaître à cause d’un problème informatique, tous les points qui le relient perdront leurs données. Concrètement, si une panne informatique apparaît dans une banque, tous les clients de cette banque ne pourront consulter leurs comptes, effectuer des virements, etc.

Dans un réseau décentralisé, il n’existe pas de noeud central. Les noeuds composant le réseau vont automatiquement se relier au noeud le plus proche si jamais l’un d’eux vient à disparaître. De ce fait, le réseau est autonome. L’information dans un réseau décentralisé est toujours dupliquée dans tous ses noeuds de manière instantanée. Ce système empêche ainsi de perdre les données, ou de les modifier, et est par conséquent plus sécurisé.

Voici à quoi ressemble un réseau décentralisé – Image capture Internet

Pour qu’une blockchain fonctionne, il est nécessaire que chaque acteur du réseau/noeud (qui est représenté par un point sur le schéma ci-dessus) ait le même langage. Ce langage prend la forme d’actifs numériques appelé crypto-actifs. Le premier crypto-actif à avoir vu le jour a été créé en 2008 par Satoshi Nakamoto dans un contexte de crise financière mondiale. Satoshi Nakamoto a donc créé le premier système de paiement de pair-à-pair. Grâce à la technologie blockchain, l’échange de valeur entre deux personnes devient possible et ce, sans aucun intermédiaire, ce qui était impossible avant. Ce système est appelé Bitcoin.

Que font les noeuds d’un réseau Blockchain entre eux ?

Concrètement, la blockchain peut être comparée à un grand livre numérique dans lequel il est possible d’inscrire tout ce que l’on possède et s’échange. Échanger de la monnaie, acheter une maison, rédiger son testament, protéger des informations personnelles… Tout peut être inscrit dans la blockchain.

Image capture Internet

Il est important de comprendre que chaque information inscrite dans la blockchain est vérifiée par les noeuds qui composent le réseau. Il s’agit des « mineurs ». Ces derniers vont « scanner » la blockchain grâce à leurs ordinateurs. Ils vont utiliser leurs puissances informatiques pour vérifier que vous possédez bien ce que vous prétendez avoir. Si c’est le cas, l’information est inscrite dans le bloc en cours de création jusqu’à ce qu’il soit ajouté à la chaîne de blocs, ce processus recommence continuellement. En récompense de leurs travail, les mineurs sont rémunérés en crypto-actifs.

La blockchain est un réseau totalement transparent. Tout le monde peut lire les transactions qui y figurent. Les transactions qui sont inscrites dans la blockchain ne peuvent être supprimées ou modifiées. Ceci en fait le premier réseau permettant l’échange de valeur de manière quasi-gratuite, sécurisé et plus rapide que nos systèmes centralisés.

Voici une transaction écrite dans la blockchain Bitcoin

On peut voir un échange entre deux adresses pour un montant de 0,014 Bitcoin (BTC). Les noms et prénoms des utilisateurs du réseau ne sont pas notés sur la blockchain mais seulement leurs adresses. Contrairement aux idées reçues, les crypto-actifs ne sont pas anonymes mais pseudonymes. Il est possible de retracer toutes les transactions d’une adresse voire de remonter aux noms et prénoms des personnes concernées. En effet, les plateformes d’échanges ont mise en place l’obligation de vérifier l’identité de chacun de leurs clients. Une plateforme ne respectant pas ce critère perdrait en crédibilité et la confiance que lui accorde ses clients. Il est possible de naviguer sur la blockchain et y lire toutes les transactions à travers ce site (blockchain du Bitcoin) ici.

Il existe un grand nombre de blockchain, chacune ayant son utilité et ses spécificités tel que Bitcoin, Ether, Litecoin, EOS, Tezos et bien d’autres…

En résumé, les blockchains sont des réseaux informatiques décentralisés qui permettent de s’échanger de la valeur sans intermédiaire de confiance. Chaque transaction est vérifiée avant d’être inscrite dans les blocs. Il n’y a pas de fraude possible, les blockchains sont infalsifiables. Et puis, ce sont des réseaux accessibles à tous, simples d’accès et transparents. Les crypto-actifs sont les moyens d’échange au sein des blockchains. Crypto-actifs et blockchains sont donc indissociables.

Schéma d’une transaction de la Blockchain Bitcoin

Il existe aujourd’hui plus de 3000 crypto-actifs. Certains ont pour utilité le transfert de valeur comme le Bitcoin. D’autres crypto-actifs tel que l’Ether ont pour but de faire fonctionner des contrats intelligents qui vont s’auto-exécuter grâce à la blockchain qui vérifie les clauses du contrat en temps réel. Il existe même des crypto-actifs permettant de parier sur n’importe quel événement ou encore d’améliorer la traçabilité des produits.

Le marché des crypto-actifs est encore au stade d’embryon et représente une capitalisation 200 milliards de dollars au moment où ces lignes sont écrites (7 mai 2019) : une goutte d’eau dans un océan, où le marché de l’or pèse 8,2 billions, la bourse 85 billions, la dette mondiale 200 billions ou encore le marché des produits dérivés qui lui pèse 1,2 billiard de dollars (1 200 000 000 000 000 $). La volatilité sur un marché aussi peu développé est logiquement élevée. Celui-ci offre des possibilités de diversifications intéressantes. Les fondamentaux des crypto-actifs s’améliorent de jour en jour et intéressent les grandes entreprises ainsi que les investisseurs institutionnels pour leurs aspects extrêmements novateurs.

De plus, le niveau de sécurité du Bitcoin est tel que celui-ci n’a jamais été piraté. Il arrive que des plateformes d’échange soient piratées et des Bitcoin dérobés. Cependant, il est très facile de se protéger de ce genre d’événement grâce à des portefeuilles physiques spécialisés dans le stockage de crypto-actifs.

Représentation du Bitcoin, en bleu, au centre

D’autre part, les fausses idées sans cesse relayées quant à la consommation énergétique du Bitcoin et son rejet massif de CO² sont tirées d’études approximatives et incomplètes. Les mineurs sont en recherche de rentabilité et de diminution de leurs coûts d’électricité.

Pour cela, ces derniers se dirigent vers des centrales hydroélectriques, parcs éoliens et parcs photovoltaïques où une partie de l’énergie reste invendue. Cette incitation économique du réseau propulse la part d’énergie verte allouée au Bitcoin à 87% de son réseau total. Sachant que, lors des pics de consommation du réseau Bitcoin, celui-ci consomme 15 TWh. Soit 10 fois moins que l’extraction de l’or, 60 fois moins que la production d’aluminium ou encore 140 fois moins que la consommation électrique liée à la climatisation…

Concrètement, quelle est l’application des cryptos ?

La blockchain Ethereum (et beaucoup d’autres blockchain) permet de créer toutes sortes d’applications se basant sur cette technologie. Quiconque ayant des compétences en informatique peut faire fonctionner son programme informatique sur la blockchain d’Ether. C’est l’idée qu’à eu Fizzy, géré par AXA, pour traiter le retard des avions de ses clients. Grâce aux contrats intelligents qui vont vérifier en temps réel les retards des avions, le versement des indemnités en cas de retard se fait avant même que le client n’ait eu le temps de poser le pied au sol. Contrairement au système classique, l’utilisation des smart-contracts (contrats intelligents) permet de recevoir l’indemnisation bien plus rapidement. Cela induit moins de coûts de vérification, plus de rapidité et moins d’infrastructure.

Les crypto-actifs permettent également des transactions avec des frais très réduits. Un virement bancaire transfrontalier peut mettre de 2 à 10 jours. Tandis qu’avec la blockchain, les transactions sont beaucoup moins coûteuses et beaucoup plus rapides (de quelques secondes à une heure maximum). Une récente transaction d’un montant de 180 millions de dollars échangés en Bitcoin a été effectué avec comme frais de transactions seulement 3 dollars soit 0.0000016% du montant. Une autre transaction de 220 millions de dollars échangé en Litecoin a eu comme frais seulement 0.30 dollars. Posséder des crypto-actifs ne comporte aucun frais de stockage ou de gestion. Chaque personne en possédant est sa propre banque.

La blockchain permet aussi une traçabilité complète. C’est le cas de Carrefour qui a appliqué cette fonctionnalité pour son “Poulet d’Auvergne Filière Qualité Carrefour”. Elle permet de connaître les lieux d’élevages, le type d’alimentation qu’a connu l’animal, le type de traitement (vaccins, antibiotiques, etc.), le lieu d’abattage et tout le parcours entre la naissance et la mise en rayon. Le consommateur a accès à toutes ces informations grâce à un QR code présent sur l’emballage.

Ce système de traçabilité est en train de se développer également pour le système médical. Il commence à être utilisé comme base de données universelles permettant aux médecins, pharmaciens et aux particuliers de vérifier l’authenticité des médicaments. L’OMS estime à 70 000 le nombre de décès par an liés à la prise de médicaments contrefaits, soit entre 10% et 30% des médicaments mis sur le marché qui ne sont pas authentiques. La blockchain permettrait de pallier à ce désastre médical.

Allégorie de blocs et des chaines qui matérialisent la BockChain

Toujours dans un soucis de traçabilité, la blockchain touche aussi l’industrie du luxe. Une start-up singapourienne du nom de Vechain développe un projet qui permet de repérer les contrefaçons grâce à la blockchain. Cette start-up a rejoint l’incubateur de LVMH. Le groupe a tout intérêt à s’intéresser à cette nouvelle technologie. En effet, le luxe est un marché très sujet à la contrefaçon. Grâce à ce système qui prendra la forme d’une application, il sera possible de savoir d’où viennent les produits que ce soit un sac, du maquillage ou un grand cru. Les acheteurs auront donc des informations sur l’origine du produit mais également sur les méthodes de fabrication. Il sera donc possible de savoir si tel vêtement a été confectionné dans un pays où le travail d’enfants est pratiqué ou si le produit de maquillage acheté a été testé sur un animal.

En conclusion, les blockchain donnent le plein pouvoir à ses utilisateurs et offrent une transparence totale. Un aspect qui semble de plus en plus important pour les populations bien que parallèlement, cette technologie semble mal comprise voire mal interprétée. L’augmentation de l’offre d’emploi dans les métiers blockchain connaît une expansion similaire aux métiers liées à internet dans les années 90. Il existe de plus en plus de champs d’applications qui permettront aux réseaux blockchains de se démocratiser dans le futur. Microsoft, Facebook, IBM, Goldman Sachs, Amazon, Google, Samsung et beaucoup d’autres ont compris le tournant technologique en train de se produire. Ces entreprises travaillent toutes à déployer cette technologie en interne et auprès de leurs consommateurs, ce qui est de bon augure pour la démocratisation des crypto-actifs à grande échelle, lui promettant un bel avenir.


*Tristan Léger est Conseiller en Gestion Financière chez Cryptobjectif, une jeune entreprise créée en 2017 et présidée par Paul Le Gal-Huaumé. A 22 ans, il arrive à Tristan Léger de donner aussi des conférences à l’IUT de Laval et dans des écoles à Rennes sur les aspects économiques et marketing de la Blockchain.

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