Contre la Loi Blanquer : une petite centaine de manifestants à Laval

Une petite centaine. Seulement. Massée Square de Boston à Laval ce jeudi 4 mars 2019. Et rassemblée contre la loi Blanquer, intitulée Pour une École de la confiance. Et pourtant cette loi-réforme qui semble, selon les syndicats faire plus de mal que de bien à l’institution scolaire, n’inspire pas justement la confiance. C’est le moins qu’on puisse dire. Un peu partout, elle est très décriée. Décryptage.

La loi de la jungle

Par Thomas H.


« Cette loi va renforcer l’école du tri… lance Stève Gaudin de Force Ouvrière. C’est un vrai tri social qui va s’organiser avec cette loi très réfléchie qui va trier entre ceux qui pourront poursuivre leur scolarité et les autres. » Une quarantaine de personnels syndiqués de l’Education nationale participent à cette Assemblée générale qui précède le rassemblement. Ils réclament tous « haut et fort l’abandon du projet ».

Stève Gaudin (FO), Bertrand Colas (CGT) et Jean-Marc Bédue – © leglob-journal

Dans la loi Blanquer, il y a le point phare de la réforme : la possibilité de créer des établissements publics d’enseignement des savoirs fondamentaux (EPSF). Ils pourraient « regrouper une ou plusieurs écoles et un collège, le tout sous la direction du Principal qui deviendrait le chef de toute l’équipe. Les directions restantes pourraient devenir adjointes des Principaux. » Un dispositif qui pourraient remettre en cause la souveraineté des conseils d’écoles. Pour Christine Piau de la CGT- éduc’action, « il s’agit d’une fragmentation qui va concerner plus l’urbain que le rural et c’est aussi un point d’attaque de notre statut d’enseignant. Et le premier degré n’est pas uniquement concerné. »

« Une parole muselée »

Les EPSF pourrait également « entraîner une mobilité contrainte des personnels entre collège et école ». Une de plus. Selon les DDEN (Délegués départementaux de l’Éducation nationale, représentés à l’AG par Jacques Poirier, « les EPSF concernent tous les acteurs du système éducatif, élèves, enseignants, parents, directeurs, Atsem , chefs d’établissement, Inspecteurs de l’Education Nationale, maires des petites et grandes communes (…) et impacteront directement le lien historique de la commune avec son école. »

Yves Raymond du SNU-Ipp (FSU) à coté de l’enseignante de l’école de Cigné qui va fermer – © leglob-journal

Dans la Loi Blanquer qui comporte 25 articles au total, il y a l’Article 1 avec le « devoir d’exemplarité » que le ministère appelle de ses vœux avec son corollaire dangereux « la restriction de la liberté d’expression. » En clair, dénoncent les syndicats « une parole muselée ». Les enseignants craignent une reprise en mains.

Pour le SNU-IPP et Yves Raymond, « la logique de cette réforme, c’est une vision de la société qui remonte aux années 2000. Avec un modèle basé autour du second degré et le collège. » Et pour Stève Gaudin (FO), « il faut s’attendre à la fusion des instances représentatives des personnels, comme dans le privé avec ce qui s’est fait avec la Loi El khomri et les ordonnances sur le Travail ». Et le projet de loi en cours sur la Fonction publique. « C’est gravissime. »

Marie-Anne Bouchon de Sud Éducation – © leglob-journal

Les articles numérotés de 10 à 13 prévoient que les ESPE, actuels centres de formations des maîtres seront remplacés par des INSPE (on aime bien les acronymes à l’EN…) Instituts Nationaux Supérieurs du Professorat et de l’Education. Les directions seront nommées par le ministère et à la rentrée prochaine les étudiants qui sont assistants d’éducation pourront « être utilisés comme moyens d’enseignement à partir de la première année de master ». Belle idée en apparence! Sauf que cela pourrait créer, selon la CGT, de la «précarisation de l’emploi et une réserve de personnels à bas coût pour l’État qu’il pourra utiliser en fonction des besoins. »

Un tri institutionnalisé

« Quelle est notre vision de l’école, et de l’élève, avec cette loi ? » interroge Maire-Anne Bouchon de Sud-Education. « C’est une vision de la formation scolaire qui est scandaleuse avec le tri qu’on institutionnalise et qui finit même par passer dans les pratiques des enseignants. Les parents commencent à s’en rendre compte et trouvent cela inquiétant ». L’UNSA n’est pas présent autour de la grande table de la salle Benoît Frachon dans les locaux de l’Union départementale de la CGT à Laval. Ni la CFDT. Seuls CGT, FO, FSU et Sud-Éducation forment ce que les syndicats appellent « une intersyndicale ».

La discussion arrive sur les moyens d’actions à mettre en œuvre pour le 9 Mai, journée de défense de la Fonction publique, elle-même sur le point d’être réformée par une loi cadre. « On part en vacances, on n’a pas le temps d’attendre de savoir si l’USNA va nous rejoindre… » lance un intervenant qui semble faire consensus. Il y a cependant, une urgence soudaine, semble-t-il, à mobiliser contre la Loi Blanquer et les attaques contre le service public de l’Education nationale. Stève Gaudin qui donne l’impression de conduire l’Assemblée générale évoque la possible « fusion des académies qui est déjà en expérimentation ». Sans parler de la mise en place d’une Agence Régionale de l’Education, une ARE sur le modèle de l’ARS, celle de la Santé.

Laurent Depont du SNES le syndicat FSU du second degré – © leglob-journal

Un enseignant de Saint-Denis-d’Anjou estime, – cassant un peu le discours égo-centré sur les syndicats omnipotents qui savent seuls organiser la riposte, – que « c’est aux parents qu’il faut s’adresser prioritairement, car ils ne viennent plus aux réunions d’informations le soir à 20H30 ». Un autre, syndiqué également à FO, et arrivé de Rouen, abonde dans son sens en ajoutant qu’il constate un « rejet des syndicats par ces collègues et même de la désinformation… ». Dans le second degré, dans les lycées note Laurent Depont du SNES, « les collègues ne se sentent pas ou très peu concernés par la réforme… J’entends même des remarques du style : si on pouvait arrêter de nous les envoyer ces gamins là! … ou bien : tout n’est pas mal dans cette réforme… voilà ce qu’on me dit ! »

« Des cadeaux au privé »

Et si ceux qui sont aussi concernés par l’École et au premier chef, à savoir les parents étaient réellement informés sur la Loi Blanquer ? Selon les syndicats « les grands médias n’informent pas réellement sur les enjeux de cette Loi Blanquer. Ils ne parlent que du drapeau tricolore et de la Marseillaise…» En fait, il ne s’agirait que d’ « une réforme conservatrice » faisant « des cadeaux au privé ». Les Articles 2 à 4 sont éloquents à ce sujet. Voilà comment la CGT les résume : « en rendant obligatoire la scolarisation dès 3 ans, le ministère fait en réalité un énorme cadeau au privé. Dorénavant les mairies devront également financer les maternelles privées. Un montant évalué à 150 millions d’euros. »

Et si les parents d’élèves étaient surtout le centre de la stratégie à mettre en place pour agir efficacement ? Mais la FCPE n’est pas présente dans cette AG où l’élève est pourtant le cœur de la problématique. Le jeune qui deviendra un adulte, doit pouvoir, mais c’est peu de le dire, s’intégrer correctement au sein de l’École, celle de la République. Tout le monde est d’accord avec ça. L’École selon Jean-Michel Blanquer « a besoin de toutes les bonnes volontés pour relever les défis du siècle et demeurer un repère dans notre société. »


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  1. Si on veut stopper la déconstruction de notre système éducatif, et la mise en place d’un système sans doute proche du système allemand avec le remplacement des maternelles par des jardins d’enfants ( possibilité prévue par la loi : Article 4 bis (nouveau) : Délivrance de l’instruction obligatoire dans les jardins d’enfants à titre transitoire) et l’orientation massive vers l’apprentissage avec la réforme du lycée professionnel, il faut absolument informer, et mobiliser tous les enseignants et les parents d’élèves . Connaitre la loi pour mieux la combattre, et répondre aux arguments et contre arguments du ministre qui nous accuse , nous , syndicalistes , de diaboliser , de désinformer.
    C’est pourquoi , lors de cette intersyndicale, nous (SUD éducation) sommes intervenus de nombreuses fois pour défendre l’idée que sur tout le territoire de la Mayenne , il faut que des réunions publiques , au plus proches des parents , soient organisées. Les usagers et les professionnels de l’éducation doivent s’organiser avec l’aide des syndicats afin de propager l’information de de mobiliser tout le monde pour les prochains rendez-vous 1er mai à Laval 10h00, le 9 mai , grève interprofessionnelle pour défendre les services publics à qui le gouvernement entend faire faire un régime amaigrissant.
    Avec ce gouvernement qui attaque sur tous les fronts, nous devons unir nos forces pour défendre nos droits, nos acquis, et défendre une autre vision de la société , une autre répartition des richesses.
    Depuis 30 ans les choix sont clairs, et ne sont pas en notre faveur
    Répartition de la valeur ajoutée : Source INSEE
    En 1980 Salaires : 73.9 Profits : 26.1
    Salaires nets : 45.8+ cotisations : 28.1 Profits disponibles : 23+ dividendes : 3.1
    En 2008 Salaires : 65.1 Profits : 34, 9
    Salaires nets : 37.4+ cotisations: 27.7 Profits disponibles 26.5 + dividendes : 34.9
    En 20 ans baisse de la part des salaires, hausse des profits notamment pour les actionnaires.
    Alors qu’on ne nous dise pas que la France n’a pas de moyens pour les bas salaires, pour les services publics , pour les retraites., pour la transition écologique … C’est juste un choix de société, une choix des poches vers lesquelles on dirige l’argent. Sommes nous si loin de l’organisation de la société de 1789 ? L’argent appelle l’argent et le pouvoir se concentre dans les mains des riches libéraux.
    Ils ont le pouvoir, mais nous avons le nombre , sans nous la machine s’arrête. Il faut donc que chacun dans son petit village, dans son quartier , dans son école fasse circuler l’information , donne l’alerte. Comme une trainée de poudre.
    Marie-Anne (Sud éducation)
    Contact : sud.education53@orange.fr

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