Église et pédophilie : de la sidération à l’action en Mayenne

C’est une véritable révolution douce qui vient de s’opérer en Mayenne concernant l’Église. Douce parce que menée jusque-là à huis clos. Après des années de silence et de discrétion maladive sur la question, voilà que le diocèse de Laval se met à jouer une certaine transparence en organisant une « soirée » autour de la pédophilie des prêtres en Mayenne : informations sur les cas avérés, actions de prévention, moyens mis en œuvre. De la « sidération » à la prise de parole obligée.

« Sortir de la crise par le haut »

Par Thomas H


« La vérité nous rendra plus libre et nous ne devons pas avoir peur » a dit l’évêque de Laval citant le Pape François. L’Église en Mayenne a décidé de sortir de son silence.

Elle a choisi de réunir comme elle dit le « peuple de Dieu », plutôt que de faire appel, par exemple, à une conférence de presse, ou un colloque. L’attachée de communication du Diocèse rappelle avec un sourire que les journalistes y sont aussi accueillis. Pourtant , quand en Mars 2019, au plus fort de la crise avec la mise en examen du Primat des Gaules, sollicité par leglob-journal, le diocèse expliquait ne vouloir faire aucun commentaire. En se retranchant derrière le communiqué de presse de dix lignes de la Conférence des évêques de France.

« Une plaie purulente »

Passée la « sidération », « le moment nous semble venu de prendre la parole publiquement sur ce qu’on a mis en place en terme de prévention et de réflexion car c’est un sujet qui fait beaucoup de bruit médiatiquement. » Priée de parler, sommée depuis sa chaire officielle de s’exprimer sur la question, l’Église en Mayenne se voit contrainte parce que le silence vaudrait acceptation, en raison de l’ampleur du malaise créé par la pédophilie en son sein. Il devient urgent de tenter d’exorciser « la plaie purulente, ce fléau ravageur au sein des familles. » selon les mots de Thierry Scherrer, l’évêque de Laval.

L’immense croix à l’entrée de la Maison du diocèse de Laval – © leglob-journal

Dans l’une des nombreuses salles de la grande et luxueuse Maison du Diocèse de Laval, une cinquantaine de personnes s’est assise. En silence, ils sont à l’écoute, religieusement. Parmi eux, un ou deux élus ou responsables d’associations laïques, des jeunes et des moins jeunes, pour récolter la parole de l’évêque de Laval. Monseigneur Thierry Scherrer est au micro. Il parle de « silences coupables entretenus par la hiérarchie pour couvrir ces crimes […] » Celui qui se décrit comme « le père et l’ami des prêtres » refute « la posture victimaire qui serait malvenue tout comme la politique de l’autruche » qui fut pourtant longtemps de mise. « Il faut penser aux victimes », dit-il et « être constructif et réparateur pour sortir de cette crise par le haut ». Les paroles paraissent fortes parce qu’elles contrastent avec le silence maintenu jusque-là.

« Rancœur, dégout, honte » sont les mots employés par le N°1 de l’Église en Mayenne au sujet de la pédocriminalité dont se sont rendus coupables selon les autorités judiciaires, « depuis dix ans, deux religieux et un prêtre diocésain en Mayenne » explique le N°1 de l’Église en Mayenne.

En 2009, le père Thomas X [Nous tairons les noms, NDLR] d’une communauté traditionnaliste de Chémeré-Le-Roi, La Fraternité Saint-Vincent-Ferrier, « s’est dénoncé de lui-même et a été condamné à deux ans de prison » rapporte Monseigneur Scherrer qui ajoute qu’il a été « réduit à l’état laïc après un procès canonique ». Dans sa liste, il y aussi un abbé de l’Institut Christ-Roi, de l’Église des Cordeliers à Laval, une autre communauté intégriste, condamné à cinq mois de prison pour agression sexuelle à l’encontre d’un mineur de seize ans. « L’Église a fait un signalement, relate l’évêque de Laval, et sa peine a été confirmée en appel à Angers ». Quant au Père Raymond X, âgé de 79 ans, le seul prêtre diocésain de la liste fait remarqué Thierry Scherrer, il a connu « trois procès en raison de ses révélations progressives à la Justice » et a été condamné à quatre ans dont trois ans avec sursis mis à l’épreuve. Autrement dit, s’il recommence il purgera sa peine totale. « Tous n’exercent plus » fait remarquer le représentant du Pape en Mayenne après une question posée dans la salle lors d’un « temps d’échanges ».

Un si long silence

« Il n’y a pas de place dans l’Église pour ceux qui font du mal aux jeunes » avait déclaré en son temps Jean-Paul 2. Depuis, les Papes se sont succédés et la crise s’est accrue au fil des années par le fait des révélations à travers le monde, contraignant son successeur Benoit 16 puis, récemment, le Pape François, à condamner plus vertement les faits de pédophilie dans l’institution religieuse « montrée du doigt ». « Comment se fait-il que des péchés si graves aient pu se commettre et par des personnes si importantes dans l’Église ? » s’est questionné le vicaire général Luc Meyer, un des proches collaborateurs de l’évêque de Laval, qui a pris longuement la parole après l’évêque de Laval.

A la tribune, (à droite) l’évêque de Laval et le Vicaire général du diocèse de Laval © leglob-journal

Rappelant, ce qui sonnait comme une justification, le « travail en cours depuis 20 ans » pour lutter contre ces « affaires de mœurs qui nous renvoient à notre propre vécu », il a décrit les phases suivantes concernant le diocèse : « la prise de conscience croissante » ; « la prévention avec de l’information et de la formation » ; «  la considération de plus en plus affirmée pour les victimes » ; « le désir de vérité et de purification, plus fort que les réflexes injustes de secret et repli sur soi ».

Cette prise de parole officielle de l’Église, ce fut l’occasion aussi de rappeler ce que le diocèse de Laval a fait réellement depuis 2016  à travers une courte liste : « une cellule d’écoute régionale, un courrier de l’évêque aux prêtres mayennais, un communiqué de presse, un travail de réflexion avec les prêtres, les diacres et leurs épouses ». Et de rappeler que « l’évêque de Laval s’est engagé à rencontrer toutes les victimes et à tout mettre oeuvre en collaboration avec le procureur de la République pour que la Justice puisse agir». Contrairement à ce qui a été reproché au Primat des Gaules, Monseigneur Barbarin qui fut, il faut le rappeler, invité à Pontmain pour célébrer une messe devant 3000 personnes, pour la commémoration de l’apparition supposée de la Vierge à deux enfants.

Pour le Père Meyer, vicaire du Diocèse de Laval, «  les actes pédophiles doivent interroger notre façon de vivre l’Église et notre relation au pouvoir […] ». L’homme d’Église est peut-être trop souvent perçu par des personnes fragiles ou fragilisées, en attente d’aides bienveillantes, comme celui qui représente l’autorité, le savoir, la connaissance et l’innocence. Ce qui peut amener à des actes de soumission. Et les dérives qu’on connait.

En novembre dernier a été mise en place une cellule à l’échelon régionale à destination de celles et ceux qui ont pu être victimes d’abus sexuels ou d’attouchements. On peut aussi entrer en contact avec les personnes qui composent la cellule par courriel : parolesvictimespaysdeloire@gmail.com


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