En Mayenne, des scores de listes significatifs avec en filigrane les Municipales

Ces Européennes, privilégiant le scrutin de listes – pour une « plus grande lisibilité » des électeurs – se sont changées en un scrutin de mi-mandat. Les élections sont aussi faites pour compter les voix de chaque organisation politique, surtout quand il n’y a qu’un tour. En Mayenne, que disent les résultats de ces élections européennes et comment les communes ont-elles voté ? Quelle sera la configuration possible ou envisageable pour les Municipales qui vont avoir lieu en 2020 ? Analyse

Ce qui compte, c’est compter

Par leglob-journal

A trop vouloir effrayer, et à trop vouloir ignorer le mouvement social qui a occupé les esprits pendant plusieurs mois, c’est finalement l’effet inverse qui s’est produit. Si la liste Renaissance de LREM arrive plus nettement en tête en Mayenne qu’au national avec 25,83% permettant à Valérie Hayer d’être élue et de succéder à celui qu’elle avait servi comme attachée parlementaire, le Rassemblement National conforte sa position avec 19,62% des suffrages, loin devant le score d’EELV (13,1%). Les écologistes ont été désignés par les électeurs comme la troisième force dans le département .

Viennent ensuite, en baisse significative, les LR avec 9,3%, suivi par le PS qui se maintient à 6,75% comme aux dernières présidentielles et qui devance toutefois l’UDI (5,38%), un parti centriste qu’incarnent Olivier Richefou et François Zocchetto, les « hommes forts » en Mayenne. Le premier souligne d’ailleurs dans un communiqué qu’il s’agit selon lui « d’un des meilleurs résultats dans notre pays (…) si le score mayennais avait été le même au niveau national, écrit Olivier Richefou, l’UDI aurait des députés européens (…) » Ce qui n’est pas le cas. La tentative de Juliette Aubert-Zocchetto, l’épouse du maire de Laval figurant sur la liste UDI et qui avait créé la surprise en sortant de son silence, s’avère être devenu un coup d’épée dans l’eau.

La France Insoumise (4,47%), Génération(s) (3,12 %), le PCF (1,43 %) sont dans le peloton de queue avec Debout la France et ses 4,26 % des suffrages. La Mayenne est donc bien une terre ancrée à droite.

Chémeré et Saint-Léger

Ce qui est marquant ce sont les scores enregistrés par le Rassemblement National (ex-Front National) dans beaucoup de communes mayennaises. La liste intitulée « Donnons le pouvoir au peuple » qui a pu faire naître de faux espoirs, a été pratiquement plébiscitée dans pratiquement une commune sur deux. Ainsi beaucoup de résultats d’après dépouillement avoisinent les 30 %. C’est le cas dans des communes tranquilles comme Brée-Champéon, Vaiges, le fief de l’ex-député de droite Marc Bernier, ou Fougerolles-du-Plessis. Mieux encore, – si on peut dire -, des villages comme Saint-Germain-de-Coulamers, Congrier, Saint-Jean-Sur-Erve, Le Housseau-Brétignolles, Cossé-en-Champagne, Saint-Brice, ou Saint-Christophe-Du-Luat ont donné des scores au dessus de 30 % au parti de Marine Le Pen : entre 31 et 33 %. Charchigné se démarque : 34 % des habitants ont dit épouser les thèses du Rassemblement National.

Mais la palme de la commune qui a plus voté pour l’extrême-droite revient à Chémeré-le-Roi (43,42 %). Un bourg tranquille où se trouve une communauté religieuse recluse. Près de cinq habitant de ce village sur dix votent RN. Autrement dit vous avez une chance sur deux pratiquement de croiser sur la place du village un sympathisants du RN.

Quant au petit village de Saint-Léger-en-Charnie qui s’était déjà illustré aux dernières Présidentielles en votant Marine Le Pen 53,33%, il récidive avec un score de près de 40 % ; tout comme Hardange qui s’est prononcé en faveur de Jordan Bardella. Viennent ensuite Rennes-en-Grenouilles avec ses 48 votants seulement qui donne 38% de ses voix à extrême-droite, tout comme Thuboeuf qui avait été l’épicentre de la fièvre aphteuse en 2001. Villepail (37,84%), Voutré (36%), Vimarcé, Livré-en-Charnie enfin, sont aux alentours de 35 %, et La Croixille a voté à 34,67 % pour Marine Le Pen.

Trombinoscope des forces de gauche aux Européennes

Fort heureusement, il est en Mayenne un village, au moins un, qui ne fait pas la part belle, en creux, aux thèses xénophobes du RN, même si la formation politique fondée par Jean-Marie Le Pen s’est en apparence auto-dédiabolisée en changeant de nom et de visages. Ce village, c’est Montflours qui donne le plus mauvais résultat au Rassemblement National. Ce dernier n’obtient que 5,94 % des suffrages. Arrive en tête, les écologistes de Yannick Jadot qui font près de 30 % des voix – la tendance est inversée par rapport aux autres communes -, suivi par LREM (20,79%), la France Insoumise (9,90%) et le PS (8,91%) qui se positionne avec près de deux points devant l’UDI. Un parti finalement pas si fort que cela.

A Changé, justement la commune où Olivier Richefou (Président de l’UDI-53) a été maire juste avant de devenir Président du Conseil départemental succédant à Jean Arthuis, le parti de Jean-Christophe Lagarde, son parti ne recueille que 7,61% des suffrages, derrière le Parti socialiste (8,8%) qui est au coude à coude avec les LR (8,07%). Des scores qui seront épluchés à la loupe par les formations politiques en vue des Municipales. Mais, il est déjà intéressant de noter la « place » de l’UDI, ce parti qui s’est trouvé absorbé dans la formation de La République en Marche ; en Mayenne des marcheurs de la première heure avaient sonné le toxin au tout début et redouté une « Udéisation » de LERM. Ce qui est advenu.

Les forces de gauche

Guillaume Garot, l’ex-maire de Laval et député PS de la Mayenne écrit dans un communiqué après avoir examiné les scores issus du scrutin national : « Je regrette que la gauche attachée à l’Europe se soit présentée désunie. Rassemblée, elle aurait dépassé 24%, comptant alors comme première force politique. A nous d’en tirer les leçons pour que cessent ces divisions. L’avenir est au rassemblement autour d’un projet européen, humaniste et écologique. » Tout un programme, pour une visée locale ?

A Laval, les forces de gauche donnent un potentiel de 36,38 % si l’on fait l’addition, toutes formations confondues. France Insoumise comprise. Mais le parti de Jean-Luc Mélenchon a déjà fait savoir dans un communiqué récent qu’il y aurait des listes FI en Mayenne. « Les militants de la France insoumise en Mayenne participeront le moment venu au scrutin des municipales, majeur pour les citoyens, et mettront toute leur énergie à la constitution de listes, tant à Laval que dans d’autres communes du département. » « Toute l’énergie » sera mise en oeuvre dit le communiqué car c’est vrai qu’il faut trouver des noms pour constituer une liste. 45 volontaires, par exemple, et motivés pour présenter une liste sur Laval.

Le RN de Marine Le Pen aura la sienne à Laval qui est selon lui « emblématique de la Mayenne », conduite par Jean Michel Cadenas le N° 1 du RN en Mayenne. L’objectif est d’entrer au conseil municipal. Le RN est crédité de 13,58 % des voix. Quant à l’UDI (La formation de François Zocchetto, le maire de Laval), elle ne pèse que 4,43 % selon les résultats du scrutin européen qui vient de donner des axes de mesure d’audience significatifs. Pas assez pour gagner dans les deux cas. Il faudra donc, à l’UDI, à nouveau faire alliance, mais cette fois cela pourrait être avec LREM contrairement aux ticket gagnant Zocchetto-Soultani qui avait été celé entre l’UDI et la droite républicaine, ce qui avait pu conduire à l’alternance. Des pourparlers ont déjà eu lieu, à tout le moins, des démarches ont été menées selon nos informations.

Concernant LREM, on connait la position des LR au niveau national. On ne peut pas dire que ce soit la franche camaraderie. Mais on sait aussi que le national a parfois peu de prise sur le local, notamment aux Municipales, surtout quand il s’agit de se redistribuer des postes après l’élection et la victoire. Mais quand on monte une stratégie qui se veut gagnante, fermer parfois les yeux et les oreilles, c’est toujours possible et nécessaire.

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