En Mayenne, le très répandu concept du «Fier d’être mayennais»

Attractivité – Alors que le Conseil départemental de la Mayenne vient de présenter son « plan pour une Mayenne dans un monde qui bouge », intéressons-nous au « Fier d’être mayennais ». Sous la forme d’une formule, il revient souvent lorsque la Mayenne est le centre de l’union. La formule « clef en mains » est alors utilisée quand il est question de mettre en valeur le département ; quand la Mayenne est à l’honneur. Le Fier d’être mayennais, simple outil médiatique au service de l’attractivité permet, « à pas cher », de redonner du lustre au département ; attention à celui ou celle qui ne joue pas le jeu.

- Par Thomas H.


« Fier d’être mayennais »

S’il existe sur Twiter « #Fierdetrefrançais », ou bien « #Fierdetrebleus » par exemple, il n’existe pas, à notre connaissance de #Fierdetremayennais à proprement parler.

La formule fleurit cependant souvent sur le réseau social préféré des décideurs et forces vives du département, à savoir Twitter. Dans ce cas, elle touche tout le département, car c’est le Pays d’ici qui est mis en avant. Celui de la Mayenne en tant que collectivité humaine solidaire qui – c’est un peu étrange – se sent assez souvent « presqu’oublié ». Alors on cherche à valoriser cette dernière qu’il est bon de promouvoir sans cesse surtout si l’on est un décideur, femme ou homme politique, que l’on fait des affaires au départ de celle-ci et que l’on ne veut pas se retrouver reléguer sur le banc de touche ou même disqualifié.

« Fier d’être mayennais  », ce serait donc un moyen de mettre en avant le lien, l’appartenance, la provenance, la communauté mayennaise, la continuité territoriale entre les habitants de ce département semi-rural, ou semi-urbain, c’est selon ; certains disent aussi « rurbain », joli néologisme contraction de rural et de urbain. Plus vertement, certains habitant parlent de ce sentiment qui va avec et qui fait apparaître de l’évitement volontairement ou non : si on est pas dans le mouv’ mayennais on s’en trouve un peu exclu.

« L’entre-soi », comme s’il y avait une certaine exclusion du groupe communautaire a justement restreindre le périmètre à la Mayenne ; le Medef utilise cette appartenance, cette reconnaissance avec une autre formule qu’elle promeut, le made in Mayenne comme si provenir du département était une valeur ajoutée. Il va même jusqu’à parler d’ADN mayennais ; une notion ressentie comme essentielle et véhiculée à dessein. Comme si un mayennais n’était presque plus tout à fait un français. D’abord la Mayenne avec un ADN qu’il faudrait préserver.

Le « Fier d’être mayennais », c’est donc un concept qui, même s’il n’est pas forcément repris, écrit ou dit officiellement sur les réseaux sociaux, se veut fédérateur pour peu qu’on soit natif de ce « Pays de la Mayenne », bucolique et charmant où « la vie est plus cool qu’ailleurs » et plus douce en apparence avec un « reste à vivre financier », une fois qu’on a tout payer plus important que dans d’autres espaces en France. Là aussi, il s’agit d’une façon de communiquer, car en fait, si les Mayennais eux-même ne le font pas, ce ne seront certainement pas les autres qui le feront à leur place. Évidemment.

Presqu’oubliée. De ce point de vue là, pratiquement, c’est difficile par exemple de localiser le département de la Mayenne pour quelqu’un qui ne connaît pas. Positionner la ville préfecture de la Mayenne, cela devient possible en général, quand on dit que Laval et la Mayenne se trouvent «  près de Rennes ». Tout le monde connait la ville de Rennes, son dynamisme, son développement, et son attractivité. La géo-spacialisation s’effectue alors un peu plus facilement.

Une Mayenne, terre inconnue ? En tout cas, pas de réelle cuisine de terroir pour se distinguer en Mayenne. La tentative de combler le vide avec une création très marketée d’une « tourte mayennaise » à la viande et au fromage lancée il y a quelques années de cela n’a pas fonctionné.

Ce qui caractérise peut-être la Mayenne, c’est un art de vivre, comme la slow-food contrairement à la fast-food en perte de vitesse dans les villes polluées et bruyantes ce qui n’est pas franchement le cas à Laval. Le slow de la campagne verte et un brin écolo, c’est vendeur en effet, quand les agriculteurs n’épandent pas. Et quand l’odeur du lisier ne rappelle pas le coté rural du département.

La Mayenne est un territoire que cherche à promouvoir le Comité départemental du tourisme, avec justement une envie de surfer sur le concept du slow, ce qui distingue le département de la Mayenne. Avec ce slogan Slowlydays, contraction de slow et de holidays, les responsables ont souhaité aussi attirer des touristes étrangers en dehors de la grosse communauté anglaise déjà fortement présente. Et puis, on va même jusqu’à faire appel aux bonnes volontés pour valoriser la Mayenne touristique, comme en témoigne ce petit film.

La Mayenne serait donc en proie au syndrome, sous la forme simplifiée bien évidemment, de la victimisation ; c’est ce qui semble l’affecter. Un sentiment répandu, sournois et non dit parce que ce territoire où les mayennais grandissent et vivent  est assez souvent dénigré. Pas assez mis en valeur, en tout cas. Les habitants natifs de la Mayenne éprouveraient le besoin presque constant de dire que leur département est beau – même si c’est vrai – comme pour combler un déficit de notoriété. Il faut voir par exemple les messages postés sur les réseaux sociaux quand une émission de télé traite de la Mayenne. L’exemple le plus flagrant fut enregistré avec la diffusion de l’émission Des racines et des ailes sur France télévisions, chacun allant de son message de fierté sur twitter. Il y a donc manifestement une soif de reconnaissance, qui n’est pas clairement exprimée. Et qui pèse.

«  Fier d’être mayennais ». L’attitude revendiquée de nos jours pourrait trouver des racines dans le mouvement de 1789. Comme l’écrit Ferdinand Gaugain en 1917 dans son livre intitulé « Histoire de la Révolution : Dans la Mayenne », elle fut « le premier département qui a pris les armes contre la Révolution, le dernier qui les a déposées (…) berceau de Jean Chouan qui a donné son nom au mouvement insurrectionnel de tout l’Ouest. de la France (…) c’est un petit coin du Bas-Maine, toujours si français et si chrétien et que la plupart de nos grands historiens semblent ignorer » (…) dans leur narration de l’Histoire. Déjà, ce sentiment, au début du siècle dernier, d’être oublié, gommé, parce qu’à contre courant de la grande Histoire de France.

Alors il faut valoriser. En faire des tonnes. Ce qui a été le cas. Relayée à des fins marketing,  par exemple, la plus longue nappe dressée pour un pique-nique au monde, organisé en Mayenne le long de la rivière du même nom. Il s’agissait de dresser un long ruban sur le chemin de halage, le lieu où balades à pied et à vélo sont possibles et appréciées. Là aussi, l’objectif était de rassembler dans une communauté la fierté d’être mayennais. Montrer qu’on peut le faire et qu’«on est pas des ploucs». Challenge réussi avec une inscription la première année dans le Guiness Book des records. Une reconnaissance officielle, cette fois-ci.

Fierté et Mayenne. Il est possible aussi de faire un rapprochement avec ce concept, lui entendu dans le Pays niçois, dans les années 90. Le fameux « love it, or leave it », qui a vite dérivé sur l’exclusion de l’étranger, quel qu’il soit. Slogan là-aussi soutenu par des politiques et décideurs en place et s’adressant directement aux détracteurs de la Côte d’Azur.

En lançant « love it, or leave it », cela permettait de dire qu’il fallait accepter l’endroit sans apporter un seul bémol, une seul critique, alors quil y avait largement matières à le faire ; il fallait accepter ou bien s’en aller ! Toute proportion gardée, les décideurs de la Mayenne n’aiment pas celles et ceux qui osent critiquer, celles et ceux qui empêchent de faire des affaires en rond. Ils ou elles sont aussitôt mis au banc de la société mayennaise.

Trop de consensuel, et pas assez d’ouverture

Attractivité chérie. La Mayenne doit donc élargir ses horizons. Ce ne serait pas nouveau : Jean Arthuis l’ancien président du Conseil général estimait-il déjà quand il dirigeait le Département que ses compatriotes mayennais devaient pratiquer l’ouverture et enlever leurs œillères ?

La Mayenne est pilotée par des élus qui fonctionnent beaucoup (trop peut-être) entre-eux. J’exclue ou je porte. J’accepte ou je rejette. Les politiques qui sont à l’origine des comportements globaux eux-mêmes parfois relayés par des médias qui véhiculent « une information convenue et de communication » semblent aussi tomber dans ce travers du « Fier d’être mayennais ». En Mayenne, l’essentiel quand on est un élu, ce serait de constamment positiver. En espérant que cela permettra aussi de s’octroyer des retombées salutaires pour le futur. Cela ne laisse que peu de place à la critique qui peut s’avérer pourtant constructive en politique.

La Mayenne se cherche toujours un présent et un avenir et le plan mis en avant par le Département et Olivier Richefou en est la preuve. Avec ce sentiment d’abandon durable qui semble inscrit dans sa mémoire collective, et qui se renouvelle de nos jours en trouvant ses sources en profondeur, la Mayenne chercherait donc perpétuellement la reconnaissance qui ne lui a peut-être jamais été clairement donnée à travers son histoire. Et donc de nos jours encore sous la forme du « Fier d’être mayennais ». En utilisant les moyens de communication moderne, ce slogan fédérateur permet en fait de choisir son camp. Fier d’être et d’appartenir à la communauté de ce Pays de la Mayenne, une communauté parfois à rebours de l’Histoire. Simplement fier pour continuer d’exister et d’être mayennais…

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