Glyphosate, environnement et pluralisme de la Chambre – Bruno Rouland fait le point

AGRICULTURE – Il est le deuxième vice-président de la Chambre d’agriculture de la Mayenne. Dans la nouvelle mandature qui s’ouvre, Bruno Rouland qui a toujours eu la fibre écologiste, aura la charge des Territoires et de l’Environnement. Devant lui, la personne en charge de l’économie et après lui, en troisième position, celle missionnée pour chapeauter l’installation des agriculteurs. Adhérent de père en fils à la FDSEA, il en a été le Président en Mayenne, démissionnaire en 2009. Un épisode dont il dit que « c’est du passé et que cela n’a plus d’importance…».

Grand entretien avec Bruno Rouland


Leglob-journal : Bruno Rouland, d’abord une réaction à ce qui est arrivé à Roger Godefroy le fondateur de France Environnement, avec ces tonnes de vieux pneus qui ont été déversés devant le portail de sa maison à Arquenay

L’attribut alt de cette image est vide, son nom de fichier est LettreGuillemetsFrancaisOuverture.jpg.

C’est navrant… Mais est-ce qu’on est certain qu’il s’agisse bien d’agriculteurs? Ceci dit, c’est condamnable, mais cette action, c’est du même ordre d’idée que lorsqu’une personne entre chez un éleveur pour faire un film ou des photos et s’en servir après pour lui nuire ; où que l’on saccage sa maison. Nous sommes dans une époque où chacun règle ses comptes par soi-même. Ces types d’actions sont dangereuses.

Leglob-journal : vous êtes vice-président de la Chambre d’agriculture de la Mayenne en charge de Territoires et vous avez dans votre escarcelle l’environnement, vaste domaine en Mayenne, non ?

Bruno Rouland : oui, l’environnement c’est d’abord la qualité de l’eau, les nitrates, et les produits phyto-sanitaires, avec Eco-Phyto [Un programme mise en place par la Chambre, NDLR] ; c’est aussi tout ce qui est qualité de l’air, aujourd’hui et puis il y a aussi le volet changement climatique. Sans oublier la qualité de l’eau avec l’irrigation. On est peu concerné en Mayenne par le problème de l’irrigation mais c’est un dossier qu’on travaille avec la Région Pays de la Loire.

Leglob-journal : Concrètement pour la Mayenne, comment cela se passe pour la qualité de l’air?

Dans ce domaine, c’est pas tant les problèmes liés à l’épandage, mais surtout ceux liés au problème de carbone d’une part et puis les problématiques d’ammoniac et d’épandage de lisier, avec le relargage dans l’air d’autre part. Des normes devraient imposer davantage de machines à lisier avec enfouissage directement dans le sol ; avec des coûts supplémentaires bien sûr pour les producteurs, ce qui est un problème de fond. C’est aussi par rapport aux engrais minéraux, comme les solutions azotées, etc. en tenant comptes des conditions d’application, en évitant d’épandre en plein soleil par exemple en raison de l‘évaporation, etc. Il y a des techniques à faire passer auprès des agriculteurs, c’est ça aussi notre travail d’élu à la Chambre.

Leglob-journal : L’élevage en Mayenne, c’est une part importante de l’agriculture. Vous parliez de carbone, l’élevage en produit énormément et c’est un secteur aussi très gourmand : pour faire un kilo de viande, il faut 1000 litres d’eau… Comment ces données-là sont-elles prises en compte par la Chambre d’agriculture ?

Il y a pour les exploitants volontaires des diagnostiques « bas-carbone » qui sont possibles, en tenant compte de tous les éléments de l’exploitation qui rentrent en ligne de compte pour calculer le carbone dégagé. Le colza qui vient de très loin par exemple, c’est comptabilisé… Et on s’aperçoit qu’en Mayenne, pour les exploitants qui ont fait ce diagnostic « bas carbone« , on est pas trop mal placé, finalement, grâce aux innovations qui sont mises en place dans l’agriculture.

On entend, ici et là, dire par les détracteurs de l’élevage que les animaux sont grands consommateurs d’eau, et dégagent du carbone, c’est vrai, mais en contrepartie par le bocage et les prairies, ce carbone, on le stocke aussi dans le sol. Et cela s’équilibre. Sans élevage, pas de bocage et vice et versa… Il faut savoir, et je ne l’ai pas dit tout à l’heure, que le volet bocage et réimplantation de haies, cela fait partie du dossier Environnement dont je m’occupe.

Leglob-journal : Dans le passé, il y a eu l’atrazine dont des traces existent encore dans l’eau, et maintenant le glyphosate, ce perturbateur endocrinien très dangereux, comment le vice-président en charge des territoires à la chambre appréhende cette problématique ?

Écoutez, le glyphosate est en cours de classification… C’est un dossier Environnement et Politique en même temps. Derrière le glyphosate, il y a Monsanto-Bayer, donc il y a tous les anti-Monsanto qu’on entend beaucoup s’exciter aujourd’hui. Sur un point de vue plus technique, le glyphosate est en cours d’agrément au niveau des laboratoires français et européens, des laboratoires neutres… car on le voit bien, on entend beaucoup s’exprimer les anti mais peu ceux qui ont une attitude neutre…

Nous à la Chambre d’agriculture de la Mayenne, on a la démarche Eco-phyto mise en place dans le cadre du Grenelle de l’environnement qui avait été instauré du temps du Président Sarkozy. Aujourd’hui, on a Eco-phyto 2… L’objectif, c’est de mettre en place des fermes de référence, avec des agriculteurs qui sont accompagnés par des conseillers de différents organisations agricoles (Chambre, coopératives, etc.) et l’objectif, c’est de réduire l’utilisation des phytos.

Bruno Rouland dans sa salle de traite sur son exploitation – © leglob-journal

Leglob-journal : Mais, Bruno Rouland, depuis belle lurette, on dit qu’il faut réduire les pesticides et il y en a toujours autant. Est-ce qu’on ne perd pas du temps ?

Non ! Vous savez… ça ne se fait pas d’un coup de cuillère à pot ce genre de chose, parce que changer ses pratiques ce n’est pas aussi simple que cela. Quand vous êtes en culture par exemple pour nourrir les animaux que vous élevez sur votre exploitation, il faut bien protéger les plants quand ils sont attaqués par des bio-agresseurs, des insectes, ou par champignons, donc il faut bien mettre ce qu’il faut…

A une époque, on en mettait systématiquement, systématiquement… et aujourd’hui on a, par exemple, un bulletin de santé du végétal qui permet de surveiller. On a des SMS, on va sur des sites spécialisés qui nous alertent et nous préviennent des risques d’attaques des ravageurs… Tout ça pour savoir si on doit intervenir ou pas.

L’attribut alt de cette image est vide, son nom de fichier est BrunoRouland-ChambreAgriCitation1.jpg.

Y a-t-il plus de phyto qui sont utilisés en Mayenne ? C’est certain qu’avec les différentes crises qu’on a connu dans l’élevage, il y a moins d’élevage et donc plus de céréalisation, et dont plus d’hectares à traiter : c’est logique. Globalement, oui peut-être, on utilise plus de phytos ; mais ramener à l’hectare, c’est moins de phyto-sanitaire qu’avant. Et puis pour les utiliser, il faut passer une formation valable cinq ans et si on a plus cette formation-là, on ne plus avoir accès au produits…Voilà !

Donc la diminution, elle n’est pas forcément là… Mais, il y a des choses qui sont faites. Imaginez : si on était resté les bras croisés depuis quinze ans ?

Leglob-journal : Vous parlez de « phyto-sanitaires » et pas de pesticides… c’est de la communication volontaire ?

Oui, c’est ça ! C’est comme quand on est malade, on ne prend pas de la drogue, on prend des médicaments… (Sourires). C’est exactement la même chose… Pour les médias, c’est sûr, c’est plus vendeur de parler de pesticides, mais nous agriculteurs on a pris l’habitude de parler de phyto-sanitaires…

Leglob-journal : Dernièrement, il y a une petite invasion de semences OGM Monsanto-Bayer en France dans des semences de Colza en provenance d’Argentine : 2000 hectares dans l’Ouest et plusieurs centaines en Mayenne qui ont dû être arrachés après plantation… Comment la Chambre a-t-elle appréhendé cet épisode ?

Ce n’est pas que ça fait peur, non! Les OGM, on est pour, ou on est contre… Mais il y a une règle : c’est interdit en France. Et puis ce qu’on peut dire, derrière tout ça, c’est qu’il y a une forte traçabilité parce qu’ils on été capable de retrouver tous les agriculteurs qui avaient acheté ces semences OGM. Il y a eu un vrai travail de traçabilité et de surveillance important en France. Tous les pays ne sont pas capables de faire la même chose… Il y a de la transparence en France et c’est tant mieux… A la Chambre d’agriculture de la Mayenne, nous n’avons pas de contact direct avec les fabricants comme Monsanto-Bayer…

Leglob-journal : Puisqu’on parle de transparence, revenons sur les accusations de la Confédération Paysanne à propos de la Chambre d’agriculture…Claire Garrot sur leglob-journal avait dénoncé ce qu’elle appelait « la porosité entre la Chambre et la FDSEA »… Que comptez vous faire, avec cette mandature qui s’ouvre ?

Le pluralisme existe, il y a eu des élections et une majorité qui s’est dégagée. Il y a eu l’installation du bureau de la Chambre d’agriculture et le Président Stéphane Guiouillé qui a été reconduit largement. Après, il y a un bureau, mais également plein de commissions qui existent. Un Comité de pilotage existe où les organisations syndicales peuvent s’exprimer. Mêmes choses dans les autres commissions… Ils ont toutes leurs places pour faire avancer l’agriculture du département. Il n’y a pas de souci!

Dans un de ses champs, sur son exploitation – © leglob-journal

Leglob-journal : mais ce coté « un peu hégémonique de la FDSEA » par exemple qui est dénoncé par les organisations minoritaires, est-ce que ce n’est pas un frein pour le pluralisme ?

Il y a eu une campagne avant les élections! Tous les agriculteurs de la Mayenne ont pu entendre les différents points de vue des organisations syndicales… Certes, à ce dernier scrutin, il n’y a eu que 37 % des agriculteurs qui se sont exprimés, c’est peu… Après la FDSEA est très présente sur le terrain. Pourquoi ? Parce que dans tous les cantons, il y a des syndicats d’exploitants agricoles locaux déposés en Préfecture dans presque 80 % des communes… On ne peut pas en dire autant de la Confédération Paysanne et de la Coordination rurale… En Mayenne, c’est comme ça..

L’attribut alt de cette image est vide, son nom de fichier est BrunoRouland-ChambreAgriCitation3.jpg.

Après, moi je suis élu Chambre et on travaille pour tous les agriculteurs et on écoute et on accompagne tous les projets individuels et collectifs. La Chambre d’agriculture de la Mayenne n’a jamais exclu un agriculteur parce qu’il n’était pas adhérent ou adhérent ailleurs.

Leglob-journal : Et est-ce que le départ de Philippe Jéhan qui a quitté la présidence de la FDSEA, tout en restant secrétaire adjoint au Bureau, cela pourrait-être un atout ?

Cela ne va rien changer ! (rires)… Je ne vois pas ce que cela peut changer dans le développement de la Chambre d’agriculture, dans la continuité d’accompagnement des agriculteurs.

Et pour plus de précisions, il faut s’adresser à la FDSEA : je ne suis pas administrateur FDSEA, je suis élu Chambre. Certes sur la liste FDSEA, mais je ne m’occupe pas du fonctionnement de la FDSEA…

Leglob-journal : Dernière question, la chambre d’agriculture traîne des pieds depuis longtemps pour entrer dans la régionalisation et joue le village gaulois qui résiste… Est-ce que cela ne peut pas être un frein dans la mise en place de la transition écologique dont tout le monde parle ?

Non… la Chambre d’agriculture de la Mayenne, et le Président Guiouillé l’a dit, s’est fixé comme objectif dans cette nouvelle mandature de retravailler avec les autres départements pour parvenir à entrer dans la régionalisation ; sachant qu’il y a beaucoup de choses qui sont déjà régionalisées. Car l’Environnement et les mesures dont j’ai parlé auparavant, pour les arrêter toutes les réunions se font à la Région : par exemple la Directive Nitrate se négocie à Nantes sous la présidence du Préfet de Région ; Eco-phyto, c’est déjà une action régionale… La partie administrative et comptable des chambres d’agriculture se fait maintenant au niveau de la Région, c’est un décret qui l’oblige. Nous avons déjà des conseillers qui travaillent et ont une démarche régionale. Après c’est sûr, les quatre autres chambres sont allées plus loin…

En Mayenne, il y a eu une majorité un temps qui s’est dégagée pour ne pas vouloir y aller ; encore une fois la nouvelle mandature va travailler pour voir comment les choses vont évoluer afin de se rapprocher de la régionalisation. Sachant qu’en même temps, il faut rester très proche des agriculteurs aussi : c’est ce qu’on nous dit sur le terrain… Comme on veut tous un service public dans nos communes, les agriculteurs veulent une Chambre d’agriculture qui soit proche d’eux. Et c’est normal. Les agriculteurs ne veulent pas de conseillers qui sont, comme on dit, à pétaouchnock…

Propos recueillis par Thomas H.


Soutenez leglob-journal


Pourquoi faire un don ? – Parce que l’information même en libre accès a un coût, votre don nous permettra de développer votre journal en ligne par le biais de l’association leglob-journal. Merci de votre soutien.

Laisser un commentaire