Union Européenne : le grand roman de l’Europe reste maintenant à écrire

Le grand roman de l’Europe est à ré-écrire. Il y a du job sur la table pour essayer de redessiner le contours de cette belle idée de l’Europe, celle de « se rassembler pour mieux vivre ensemble ». A celles et ceux qui ont été élus et qui iront siéger à Bruxelles – comme la mayennaise Valérie Hayer « poussée » par le député européen sortant Jean Arthuis – de nous convaincre en ré-orientant vraiment différemment le logiciel européen…

Pourquoi faut-il poursuivre l’idée européenne

Par Thomas H.


Chère Valérie Hayer, rappelez-vous toujours que l’humain compte plus que les marchés. Et que ces derniers, dans leurs courses aux affaires ont tendance à oublier les premiers. Le besoin de recentrer l’idée de la construction européenne sur plus de social, plutôt que de choisir le secret des affaires, voilà une belle façon de réduire le désamour qui éloigne l’Europe de la majorité des européens. Un français sur deux seulement a voté. Et le Rassemblement national est arrivé en tête devant votre liste Renaissance. Le poids des élus d’extrême droite, qu’ils soient Français, Italiens, Hongrois ou Britanniques, pèsera sur la composition du futur Parlement.

En Europe, qu’y a t-il de réellement commun, en fait, entre un grec et un belge ? Entre un portugais et un slovène ? Entre un italien du sud et un allemand ? Peut-être, des opportunités de trouver un travail dans les pays du Nord pour des jeunes soumis au chômage de masse dans les pays du sud.

Le travail justement rémunéré est une revendication répandue. Car il n’y a pas qu’Erasmus, qu’il concerne les étudiants ou même les apprentis comme l’a mis en avant avec insistance, au cours de ces derniers mois, le député européen sortant Jean Arthuis. Réduire pratiquement l’idée européenne, comme cela a été fait pendant des années aux yeux du grand public, à celle du dispositif mis en place pour faciliter la mobilité des étudiants européens, ce fut utile, certes, mais pas suffisant. Films, livres et témoignages de jeunes obtenant bourses et aides pour s’expatrier temporairement le temps des études ont permis de créer de la proximité d’intérêt autour de l’Union Européenne dont ses détracteurs estiment qu’elle reste toutefois trop technocratique et beaucoup trop éloignée des préoccupations des peuples qui la composent.

Objet de cohésion malgré l’hétérogénéité

L’Europe des hommes à l’origine des rapprochements entre les nations existe depuis le lendemain de la Seconde guerre mondiale. Ne serait-ce que par les mises en place de ces comités de jumelage entre des villes européennes qui ont largement permis de créer du lien nécessaire au rapprochement entre les peuples. Aujourd’hui, l’intérêt pour ces structures où le bénévolat est de mise n’intéresse plus franchement les jeunes, à l’heure de l’internet.

En revanche, l’Europe des marchés est une réussite. A travers de grandes histoires européennes, de grandes pages ont été écrites, par exemple, par l’industrie. L’idée de « faire ensemble » plutôt que chacun reste de son coté a plutôt bien fonctionné. Dans l’aérospatiale et l’aéronautique, ce concept du « à plusieurs on fait mieux que seul » a été généreux. Au premier rang, bien sûr, se trouvent la fusée Ariane et les avions du Consortium Airbus.

Faut-il rappeler aussi que l’industrie européenne se classe première au monde avec 20 % de la valeur et de l’emploi mondiaux. Sans nul doute ses points forts sont l’automobile, mais aussi la sidérurgie, la chimie avec le pétrole ou le domaine de l’électricité.

Illustration de la Politique Agricole Commune par Nicolas Vadot – source Décodeurs Europe

Quant à l’agriculture européenne, grâce à la mise en œuvre de la Politique agricole commune (PAC), elle est devenue la deuxième exportatrice au niveau mondial et il lui arrive même de concurrencer aujourd’hui directement la très puissante agriculture américaine. Une intrusion sur le domaine planétaire qui ne va pas sans créer des conflits en raison des OGM par exemple. Ainsi que des soucis majeurs pour la santé, en raison de l’utilisation et du recours trop forcenée à l’industrie des pesticides, enrobés sous la dénomination de phyto-sanitaires. D’où le vote en France qui crédite Europe Écologie Les Verts de plus de 13 points.

Une certaine idée de l’Europe libérée

Mais l’Europe de la réussite, c’est aussi, dans le domaine du sport et du divertissement, avec par exemple le Football. Avec la création de l’UEFA en 1954, la coupe européenne des nations puis l’émergence des coupes d’Europe. On a tendance aussi à l’oublier, mais l’Europe, c’est aussi la Télévision qui a élargie ses horizons hexagonaux avec l’Eurovision et les satellites de télédiffusion.

Il y a eu des flops aussi. Comme Galiléo, ce programme européen de géolocalisation par satellite censé contré le GPS état-unien, mais qui a totalisé plus de vingt ans de cafouillage. Se voulant indépendant, Galiléo devrait finalement être progressivement opérationnel d’ici à 2023.

Pour contrer la prédominance des USA, il fut créé en 1956 dans le domaine de la culture grand public, le Concours Eurovision de la Chanson qui nous a permis de combattre les nations sur le plan de la musique de variété. L’« Eurovision Song Contest » est devenu par la force des choses un évènement qui revient régulièrement sans qu’on y prête plus trop attention. Pourtant la culture nationale devenait accessible d’un coup à des millions de téléspectateurs. On se souvient de la britannique Sandy Show en 1967, chantant pied nus, et incarnant une certaine idée de l’Europe libérée.

Une construction maladroite

L’Europe, en 2019, c’est disent ses détracteurs, une « puissance herbivore, sans squelette dans l’esprit des peuples qui la constituent face à des carnivores, comme les USA, ou la Chine » par exemple. Une Europe avec des nations sans réels liens entre elles.

A Bruxelles, sur une place, à cinq minutes à pied du Parlement européen – © leglob-journal

Il faut bien admettre que dans sa construction contemporaine l’Europe a été aussi un peu maladroite : la tache du Traité constitutionnel est indélébile. Le « Non » qui l’emporta est resté dans les mémoires comme un fabuleux exemple de « déni de démocratie » qui débouchera sur le Traité de Lisbonne, sorte de « Traité constitutionnel bis  » qui modifia en profondeur l’architecture de l’Union européenne.

L’élargissement à 27, même si il a procuré des occasions d’extensions de marchés commerciaux, a eu aussi son revers : l’impossibilité de gérer un espace beaucoup trop vaste qui nécessite un consensus difficilement atteignable au moment des votes dans l’hémicycle. Quant à l’Euro, mis en circulation le 1er janvier 2002, cette nouvelle monnaie permet une bien meilleure coordination des politiques économiques de chaque État-membre, en facilitant les échanges, mais a son coté pile : l’inflation.

Les fameux « critères de convergence » établis en 1992 lors du Traité de Maastricht obligent, enfin, à bien des circonvolutions fâcheuses. Les États sont, par exemple, amenés à accepter une discipline commune agissant sur l’inflation, le déficit, la dette, conduisant à des politiques réformatrices qui réduisent la souplesse et contraignent les peuples à de l’austérité qui ne veut pas dire son nom et des frustrations.

Alors, chers élus, chère Valérie, oubliez donc les « critères » qui nous mettent sur des routes loin de la convergence. Ne soyez pas trop à l’écoute de ceux qui vous expliquerons ce qu’il faut penser. Contribuez à soutenir des réformes européennes qui iront réellement dans le sens du bien commun. Mettez un temps soit peu de coté le « marché » pour l’écologie quand vous serez amenée à élaborer vos directives et pensez surtout à ceux qui concourent à le faire vivre. Vous le voyez, le grand roman de l’Europe reste bien à écrire.

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