Georges Poirier : Trente ans de coopération amoureuse entre la France et le Québec

L’Office franco-québecois pour la jeunesse (OFQJ) a son livre mémoire. La somme, celle d’une aventure qui dure maintenant depuis 50 ans. Une « formidable aventure où la jeunesse est [ce] trait d’union entre la France et le Québec ». 50 ans de rêves et d’actions, c’est le titre de cet ouvrage qui mêle politique internationale, culture et jeunesse. Il est signé à quatre mains, par le journaliste mayennais à la retraite Georges Poirier avec son confrère québécois Jean-Benoît Nadeau. Le cofondateur du jumelage Laval en France avec Laval au Québec a été Président national du réseau associatif France Québec et administrateur de l’OFQJ.

Grand Entretien avec Georges Poirier


Leglob-journal : Une centaine de voyages au Québec en 30 ans… Un an de travail et voici donc cet ouvrage abondamment illustré de plus de 300 pages. Il compile l’histoire de la relation entre les deux pays… Comment l’idée de ce livre est née?

Georges Poirier : C’est une initiative de l’Office franco-québécois pour la jeunesse section Montréal – parce qu’il y a deux sections, une française et l’autre québécoise – et l’objectif c’était de raconter les 50 ans de l’OFQJ et de tout le contexte qui va autour. Le contexte politique entre autre. Pour ce faire, on en est venu à s’adresser à un journaliste français et québécois. Le français, c’était moi…

Leglob-journal : Le contexte politique c’est très important, on a même l’impression que c’est ce qui fonde le livre, non?

Oui, on a insisté là-dessus. On a divisé le livre en cinq décennies, logique pour les 50 ans – et à chaque fois, on raconte au début le contexte lié à la relation politique des deux pays. Car l’OFQJ est un organisme bi-gouvernemental donc fatalement, il est lié aux gouvernements en place. Et la naissance est en plus éminemment politique puisque, elle s’est faite la suite du voyage du général De Gaulle au Québec, le fameux « Vive le Qébec libre!« …en 1967.

Six mois après cette visite est crée l’Office franco-québécois pour la jeunesse, calqué sur le modèle de l’Office franco-allemand pour la jeunesse et pour la première fois, donc, il existe une relation de coopération franco-québécoise avec un état qui finalement n’en est pas un. En fonction des péripéties politiques tant québécoises que françaises, il y a forcément des hauts et des bas dans l’histoire de l’OFQJ. A cela viennent s’ajouter les avènements comme la crise pétrolière des années 70, ou des crises financières qui réduisent les budgets. Mais bon an mal an, ce sont de 1000 à 3000 jeunes qui partent chaque été pour travers l’atlantique. Ce qui fait qu’en 50 ans, cela a concerné plus de 150 000 jeunes tout de même…

Leglob-journal : De De Gaulle à Macron, ce ne fut pas un long fleuve tranquille comme on dit. Il y a a eu des dents de scie et des implications plus ou moins fortes des dirigeants. Pompidou, VGE… Et puis Mitterrand qui s’en est peu soucié dans un premier temps…

Oui et non… Pourquoi? Parce que le Québec dans l’imaginaire des français à l’époque, c’était De Gaulle. Donc Mitterrand s’en démarquait un peu… Et puis la relation entre François Mitterrand et René Lévesque qui était le Premier ministre indépendantiste du Québec à l’époque n’était pas extraordinaire ; c’était une question d’homme là. En revanche dans l’entourage de Mitterrand, il y aura un homme clé, Hubert Védrine. Védrine est le conseiller diplomatique du Président et c’est lui qui explique à François Mitterrand l’importance du Québec sur la scène internationale et notamment pour la création des fameux Sommets de la Francophonie. Et là, Mitterrand épouse la thèse de Védrine et décide qu’il n’y aura pas de Sommet de la Francophonie tant que le Canada refusera la présence du Québec.

Leglob-journal : Et vous suivrez, pendant 5 jours François Mitterrand comme journaliste à Ouest France, lors de son voyage au Canada…

Oui, c’était en 1987. Il faut dire qu’à l’époque de De Gaulle, comme il était venu en bateau, on arrivait automatiquement à Québec avant Ottawa… Avec les avions, maintenant, un Premier ministre ou un Président passe d’abord par Ottawa. Mais il y a ce qu’on appelle la querelle des tapis rouges, c’est-à-dire qu’il faut passer autant de temps au Canada qu’au Québec, pour ne décevoir personne. A l’époque les voyages présidentiels duraient encore cinq jours et Mitterrand tenait à aller à Saint Pierre et Miquelon, ce fut d’ailleurs le premier Président à s’y rendre.

Georges Poirier, ancien journaliste Ouest France et Directeur de la revue trimestrielle France Québec Mag – © leglob-journal

Leglob-journal : Et votre amour pour le Québec, on pourrait dire que c’est une histoire de hasard?

Tout à fait. C’est en sortant de l’École de journalisme que cela s’est fait… Il y avait le Service National et je demande alors à partir en coopération. Il y avait trois postes de journaliste au Québec et j’obtiens un des trois postes.

Leglob-journal : Revenons à la France contemporaine, Georges Poirier. Avec Emmanuel Macron, comment les relations se passent-elles entre la France et le Québec ?

Je dirais que les relations franco-québécoises, elles sont maintenant sur des rails depuis 50 ans et quoique fasse maintenant les gouvernements la relation au niveau de la société civile, entreprises, universités, associations ou milieux culturels, il y a une coopération qui s’effectue… Et c’est tout de même 400 à 500 000 français qui vont au Québec tous les ans. Cela en fait des avions!

Pour en revenir au Président Macron, c’est sûr qu’il a une affinité, je dirais d’âge, avec Justin Trudeau qui est le Premier ministre canadien, et cela s’est très bien passé quand il a reçu François Legault, le Premier ministre du Québec parce que ils sont d’accord aussi sur la priorité économique. Il faut dire également que dans l’entourage de Macron, il y a un certain nombre de gens qui sont pro-québécois. Son conseiller diplomatique Philippe Étienne est un ancien président de la commission permanente franco-québécoise. Il a aussi deux ministres qui sont des anciens de l’OFQJ. Annick Girardin, la ministre de l’Outre-mer, quand elle avait 20 ans, elle avait pris le fameux bateau Le Mermoz qui avait traversé l’Atlantique avec 600 jeunes de l’OFQJ. Quant à Jean-Baptiste Lemoine, Secrétaire d’État aux Affaires étrangères, il y a 20 ans, il était étudiant et il avait fait son stage au ministère des relations internationales du Québec et 20 ans plus tard c’est lui qui a accueilli le Premier ministre québécois au Quai d’Orsay…

Leglob-journal : Et vous continuez toujours autant à aimer le Québec à travers la revue France Québec Mag ?

Oui… j’en suis le directeur depuis trente trois ans, bénévolement. Et comme j’adore animer des équipes, avec ce magazine, je suis comblé. On a des gens de partout qui y participent… Des journalistes qui sont à l’Express, des anciens du Monde, etc. et qui sont tous des passionnés du Québec. On s’est retrouvé autour de ce magazine trimestriel pour raconter la relation franco-québécoise. Tantôt à dominance politique, tantôt économique, culturelle ou associative. Et on maintient la flamme!…

Entretien Thomas H.


50 ans de rêves et d’actions , le livre co-signé par Jean-Benoît Nadeau, et le mayennais Georges Poirier est disponible à l’Office franco-québécois pour la jeunesse, au siège, à Saint-Denis et sur internet – 20 euros.


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