L’inceste?… Chut !!! – Par Danielle

Retraitée de l’enseignement national en Mayenne depuis maintenant plusieurs années, Danielle confie au Glob-journal qu’elle ne peut réprimer son envie d’exprimer ses souvenirs et ses expériences ; ce qu’elle a vécu d’abord comme professeur, puis en responsabilité d’un collège avec internat, car il y a des choses trop lourdes à porter. En 2008, elle avait écrit spontanément un texte sur le sujet. Dix ans plus tard, elle constate que du chemin a certes été parcouru, mais que les problèmes, sous certains aspects, demeurent. L’inceste, la maltraitance, les Droits de l’enfant et la peur (qu’elle écrit en majuscule), l’interdit, le non-dit, etc. Danielle explore tous ces champs dans le texte qu’elle a fait parvenir au Glob-journal.

Par Danielle


J’avais écrit ce texte en 2008… Je ne peux toujours pas, décidément, réprimer mon envie d’exprimer mes souvenirs et mes expériences.

Comment oublier les larmes de ces petites jumelles confiées à l’internat de mon collège en tant que « cas sociaux »?

Ces fillettes de douze ans subissaient chaque fin de semaine « l’éducation » d’un père et d’un oncle face à des cassettes pornographiques pour mieux supporter les attouchements sexuels puis le viol ; ceci avec la complicité d’une mère soumise, menacée et incapable de révolte.

Si j’évoque ici ce cas douloureux, et j’en aurais, hélas, quelques autres à relater, c’est pour illustrer « la chape de plomb » qui écrase toujours, malgré les apparences, les dégâts engendrés par l’inceste dans notre environnement familial, éducatif et amical

«Ne pas faire de vague »

Dans un premier temps, il faut déceler le malaise, les symptômes de cette maltraitance ; et dans un deuxième temps y trouver et apporter les remèdes sans encombrer la hiérarchie qui «ne souhaite pas faire de vague ». Si la discrétion est une marque de respect face aux enfants et aux adolescents qui nous sont confiés, elle est aussi une véritable lâcheté face aux auteurs d’inceste. Comment ignorer ces visages qui se ferment dès qu’on aborde les conditions de vie familiale ? Comment aborder ces adolescentes anorexiques ou boulimiques ou même alcooliques ? Comment ne pas s’interroger face à cette autre en fugue qui refuse de manger à table avec son père ? Je n’oublie pas non plus le cas des petits garçons abusés…

Loin de moi l’idée d’accuser l’équipe éducative dans ces cas particuliers mais au contraire d’en appeler à la nécessité absolue de transformer cette école qui devient une entreprise de transmission des savoirs en un véritable lieu de vie, d’écoute et de dialogue, indispensable à cette transmission. Une infirmière scolaire a maintenant plusieurs établissements à visiter, même constat pour l’assistance sociale lorsqu’elle existe ! Les éducateurs dont les professeurs sont-ils vraiment formés à ces « pratiques » ?

La réponse est non ! Pas assez de psycho-pédagogie dans la formation professionnelle, pas assez de temps pour l’écoute dans notre système scolaire ; il n’est pas question de remplacer ici la pédo-psychiatrie mais d’assurer la cohésion éclairée de l’équipe éducative : chef d’établissement, professeurs, conseiller d’éducation, acteurs sociaux pour secouer le poids de la hiérarchie et soulever le voile du silence.

«Se mettre les parents à dos? On verra! »

Je n’oublie pas la réflexion de ma hiérarchie lorsque j’ai affiché pour la première fois un n° vert accessible à tous les élèves : « Vous allez vous mettre les parents à dos » m’avait-on lancé. Ma réponse fut « On verra ! ». Je n’ai eu aucune réaction négative et depuis bien des n° verts aident sans doute à lutter contre cette maltraitance.

Hélas, si, les tabous semblent se lever, la culpabilité et la honte que portent ces enfants n’ont guère changé face à la lourdeur des démarches et à la pression familiale (« Tu sais, c’est ton père, ton grand-père, c’est tonton ! »). Je revois cette femme qui a attendu d’avoir 45 ans pour entamer une thérapie : elle avait été violée par son père, lequel s’attaquait alors à ces petites filles !

Si la parole de l’enfant n’est pas toujours fiable (fantasmes, jeux, mimétisme, internet…) elle doit cependant, avant tout, être prise en compte pour être écoutée au sein de structures compétentes, simples et non traumatisantes. Soyons plus attentifs à tous ces signes qui ne relèvent pas toujours de la communication verbale mais qui nécessitent sans cesse la vigilance de l’adulte face au « petit homme en devenir « .

A présent, alors que 2018 vient juste de s’achever, j’ajouterais à ce texte écrit dix ans plus tôt, – en ces journées qui passent inaperçues dans le chaos actuel – que, dans chaque école, chaque lieu public accueillant des enfants, gymnases, clubs sportifs, lieux culturels, il faut que soit affichée de façon très visible la Déclaration des DROITS de L’ENFANT avec les Numéros Verts, en rappelant aussi les sanctions encourues.

J’ai personnellement connu une enfant confiée à un étudiant, en baby-sitting, qui n’a osé révéler les pratiques incestueuses subies, qu’à l’âge de 18 ans.

Que croyez vous qu’il arrivât à cet enseignant ? Certes, il n’approchait plus les enfants mais il ne fut pas radié ! On l’a « casé dans un placard» ; et que dire de cet autre éminent professeur qu’on a seulement envoyé dans un autre département !

Il faut saluer les progrès réalisés pour faire circuler les informations entre les différents « tiroirs » de la Justice et de l’Éducation, mais pour déclencher une enquête des intervenants sociaux, il faut qu’il y ait une plainte. La chape de la honte est toujours aussi lourde pour les enfants abusés.

Je pense même qu’avec internet, le mode d’information favori des jeunes, la question qui se pose est bien la suivante : où commence l’interdit ? Pour ne pas céder à la PEUR de la violence, c’est à nous adultes d’assumer notre rôle de parents et d’éducateurs en expliquant aux enfants la sexualité dans le respect de leur corps, mais aussi dans celui du verbe. Je ne veux plus entendre ce genre de choses : « Sale PD !… Salope ! », etc.

Laisser un commentaire