La dette, la dette, la dette ! – Par Henri Marteau

«Voilà un sujet qui est toujours posé avec effroi, nous dit Henri Marteau. On nous le serine en permanence et dans tous les sens. La dette est présentée comme une sorte de croquemitaine, avec des intentions et un bras vengeurs. C’est toujours comme cela qu’on l’évoque, dans une réelle volonté de gouverner par la peur, insiste-t-il. La dette publique correspond aux dettes cumulées de l’État, de la Sécurité Sociale, des collectivités territoriales et des organismes divers de l’administration centrale. Mais, en fait qu’en est-il vraiment ?»

Par Henri Marteau


La dette publique française, c’est vrai, augmente régulièrement. A la fin du deuxième trimestre 2018, elle atteignait près de 2.300 milliards d’Euros, ce qui représente 99 % du PIB au sens des critères de Maastricht.

Comparativement la dette privée qui correspond à l’endettement des ménages et des entreprises s’élève à 130 % du PIB. Elle est donc plus élevée que la dette publique et curieusement elle n’est jamais brandie comme un chiffon rouge ?

Dès à présent, il faut s’arrêter sur le ratio dette/PIB parce qu’il est trompeur. Est-ce que cela signifie que tout le PIB de la France part dans la dette ? Bien sûr que non. Ce ratio est un indicateur qui permet de comparer les différents pays entre eux, rien de plus. Sinon, beaucoup de pays seraient en faillite…

Le PIB est la richesse totale produite par le pays sur un an, et l’État français, actuellement,
rembourse ses prêteurs au bout d’un peu plus de sept ans, autour de 1 % d’intérêts. En toute rigueur, si l’on compare notre dette publique au PIB du pays sur 7 ans, cela donne alors 14%, et non pas 99%. La baudruche de «l’apocalypse de la dette» se dégonfle immédiatement.

Ensuite, il faut rappeler que la garantie ultime de la dette d’un État, ce n’est pas la richesse
produite par le pays tout entier sur un an, mais l’existence ou pas d’un patrimoine public
total supérieur à la dette. C’est la raison fondamentale pour laquelle la France, pays doté
d’un très vaste patrimoine public (infrastructures, immobilier, entreprises publiques…), est
considérée par les prêteurs comme un emprunteur sûr.

L’incurie des partisans des politiques austéritaires « parce que la dette » éclate alors au grand jour : alors que c’est notamment l’existence d’un puissant patrimoine public qui fait de la France un emprunteur solide, les mêmes ne cessent d’affaiblir cette garantie en multipliant les privatisations au détriment des générations futures. C’est la vieille histoire du pompier pyromane.

Enfin et surtout, l’idée qu’on puisse rembourser la dette publique grâce à d’énormes saignées dans nos dépenses publiques est en soi une idiotie. A titre d’exemple, si la France arrivait, au prix d’une austérité sans précédent, à dégager un excédent budgétaire d’environ 1% du PIB et le consacrait à rembourser sa dette publique, cela prendrait environ cent ans ! Qui peut croire sérieusement à pareil scénario ?

Voici la Dette publique (2017) de quelques pays en % du PIB.

Grèce: 180 | Italie : 132 | Portugal : 126 | Belgique : 103 | France : 97 | Zone Euro : 87 |  Allemagne : 64 | Royaume Uni : 88 | USA : 105 | Japon : 250

Pourquoi la dette publique a-t-elle explosée ?

Une dette qui représentait successivement 16 % du PIB en 1974 et 97 % en 2015 alors que les dépenses de l’État sont stables depuis trente ans et ont même tendance à régresser ces dernières années. Ainsi, en 1985, les dépenses de l’État représentaient 24,8 % du PIB ; en 2014 elles descendent à 21,7 % du PIB. La part des dépenses de l’État dans le PIB français a donc baissé de trois points en trente ans.

Il existe deux façons principales pour un État de financer ses dépenses : par l’impôt ou par la dette, explique Thomas Piketty dans son Capital au XXIe siècle. « D’une manière générale, l’impôt est une solution infiniment préférable, à la fois en termes de justice et d’efficacité. Le problème de la dette est qu’elle doit le plus souvent être repayée, si bien qu’elle est surtout dans l’intérêt de ceux qui ont eu les moyens de prêter à l’État, et à qui il aurait été préférable de faire payer des impôts. »

L’audit citoyen a conclu que 59 % de la dette publique, à son niveau de 2012, provenaient des cadeaux fiscaux et des taux d’intérêts excessifs. « Si l’État n’avait pas réduit ses recettes et choyé les marchés financiers, le ratio dette publique sur PIB aurait été en 2012 de 43 % au lieu de 90 % », conclut l’audit. Et ce chiffre ne prend pas en compte le poids du sauvetage des banques par les pouvoirs publics après la crise financière de 2007-2008. Pour mémoire, le seul sauvetage de la banque Dexia a coûté 6,6 milliards d’euros aux contribuables français.

Selon l’économiste Gabriel Zucman, sans l’évasion fiscale, la dette publique de la France s’élèverait à seulement 70 % du PIB, au lieu de dépasser les 90 %. Ce qui veut dire que près de un cinquième de la dette de l’État serait à mettre sur le compte de l’évasion fiscale.

L’Allemagne n’a jamais remboursé ses dettes

Nos sommités politico-médiatiques libérales nous présentent l’Allemagne comme prétendument vertueuse et comme le modèle à suivre sans réserve, alors qu’elle n’a jamais remboursée ses dettes. Lors d’un accord conclu à Londres le 27 février 1953, ses créanciers ont épongé ses dettes d’avant-guerre et d’après-guerre à hauteur de 63 % !

Autre élément très important, le service de la dette est fixé en fonction de la capacité de paiement de l’économie allemande. Ainsi, la relation entre service de la dette et revenus d’exportations ne doit pas dépasser 5 %. Cela veut dire que l’Allemagne occidentale ne doit pas
consacrer plus d’un vingtième de ses revenus d’exportation au paiement de sa dette.

Grâce à ces conditions exceptionnelles, l’Allemagne occidentale a pu se redresser économiquement et très rapidement. En 1953, les nations occidentales créancières dont la
France ont acceptées de jouer la solidarité budgétaire envers l’Allemagne, alors que celle-ci l’a toujours refusé au niveau de la zone Euro et de la Grèce en 2015.

Dans la crainte d’un krach financier, des nations se délestent de leurs obligations du Trésor américain. A l’inverse, entre avril 2017 et août 2018, Paris a acheté plus de 51 milliards de dollars de dettes américaines ! Cette somme aurait peut-être pu être investie dans l’économie française pour relancer l’industrie, ou financer la transition écologique au lieu d’augmenter la fiscalité sur les carburants qui pénalise beaucoup de français et de mayennais qui n’ont pas d’autre choix, comme dans ce département rural, que de prendre leur voiture pour se rendre au travail.

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