Laval Agglo : Le changement dans une certaine continuité

Laval Agglo succède à Laval Agglo. Ou presque. Si le nombre d’élus autour de la table est plus important (76 au lieu de 66), François Zocchetto a été, sans surprise, réélu président de la nouvelle collectivité territoriale, résultat de la fusion, – ou de la disparition, c’est selon – avec la Communauté de communes du Pays de Loiron (CPCL). Ce mardi 8 janvier 2019, il était donc procédé aux votes pour élire les quinze vices-présidents qui vont siéger autour de François Zocchetto (UDI) qui est aussi le maire de Laval. Mais dans cette débauche de bulletins de vote déposés dans l’urne, – nécessaire expression de la démocratie représentative -, ce qui est intéressant de soupeser, ce sont, notamment, les bulletins nuls ou blancs.

Par Thomas H.


Le nom de Zocchetto a été prononcé 62 fois par l’un des quatre scrutateurs, chargés du dépouillement et situés au centre de la salle du conseil municipal à l’hôtel de ville de Laval. S’agissait-il d’un renouvellement de confiance ? En tout cas le nouveau président a été applaudi par l’assistance et son élection est intervenu après un relatif bref discours, en préambule, de Claude Lefeuvre. Président de la CPCL depuis 1986, doyen de l’assemblée actuelle, il avait donc selon le règlement, la charge d’être, « cruel ironie de l’histoire, président [de celle-ci] par intérim ». L’élu qui comptabilise au compteur la bagatelle de 50 années de vie publique a rappelé qu’il « ne souhaitait pas cette évolution [La fusion, NDLR] […] l’histoire nous dira, a-t-il ajouté, si cette orientation a été la bonne. »

Certainement pas simple de présider, même un temps court, une assemblée qui a détruit la collectivité que l’on a aimé dirigé, avec des réussites économiques, pour l’inclure « dans un territoire élargie et qui doit impérativement rester proche de tous les habitants a déclaré Claude Lefeuvre […] Une forme de ruralité dynamique et épanouie doit rester une priorité » a-t-il ajouté. Puis avec un clin d’oeil envoyé aux Gilets Jaunes sans les nommer, il a estimé que la «contestation du pouvoir est légitime en raison de l’absence de proximité ».

Claude Lefeuvre ex-président de la CPCL – © leglob-journal

Mais pourquoi les habitants de l’ex-communauté de commune du Pays de Loiron devraient s’inquiéter : François Zocchetto dans sa prise de parole a redit que « les services du Pays de Loiron seront maintenus. Nous avons signé une charte dans ce sens » a-t-il rappelé en soulignant le travail de la CPCL depuis 53 ans. « Nous allons travailler ensemble, je suis confiant pour l’avenir de notre agglomération : je nous souhaite bonne chance ! » a t-il conclu comme s’il fallait s’auto-convaincre.

Avant le plat de résistance, l’élection des 15 vices-présidents, – les 7 conseillers communautaires délégués seront élus, eux, le 14 janvier 2018 – le président par intérim a cédé la parole à l’opposition . D’abord à propos du manque de solennité : « Installer le nouveau conseil communautaire un mardi matin, a fait remarquer Georges Poirier au nom d’élus de l’opposition de plusieurs communes – , empêchant des élus qui travaillent d’être présents, est regrettable. L’importance de la fusion des deux communautés aurait justifié une séance solennelle, peut-être un dimanche matin, en invitant l’ensemble des 638 conseillers municipaux des 34 communes pour souligner l’événement et y faire participer tous les élus de la nouvelle agglomération. »

« Non à la concentration de fonctions »

Ensuite sur « le risque de cumul des fonctions exécutives : le vivier des élus de l’agglomération est suffisamment important, a développé Georges Poirier, pour refuser toute concentration des fonctions. Nous mettons donc en garde dans le choix des vice-présidents. Les personnes ne sont pas en cause mais il nous paraît impensable, par exemple, que l’on soit maire, premier vice-président du département et vice-président de la nouvelle agglo [Nicole Bouillon, NDLR] ; il nous paraît impensable – autre exemple – que l’on soit premier adjoint de Laval, vice-président du département, vice-président de l’agglo et président de la SEM Laval Mayenne Aménagements [Xavier Dubourg, NDLR].

Un des scrutateurs chargés de surveiller le bon déroulement du scrutin – © leglob-journal

Peut-on accepter, aujourd’hui, des triples voire de quadruples fonctions exécutives ? a interrogé Georges Poirier. À l’heure où monte la demande de participation citoyenne, une seule et unique fonction exécutive devrait être la norme d’autant qu’il y a un vivier de plus de 600 élus dans l’agglomération. »

Entendue, la remarque n’a pas été retenue puisque que les deux super-élus pointés du doigt ont été élu respectivement 5ème et 6ème Vice-présidents (VP). Nicole Bouillon, la maire de Gesnest-Saint-Isle qui fait son entrée à Laval Agglo a obtenu 58 voix. C’est l’une des rares femmes, parmi les vice-présidences majoritairement mâles, avec Stéphanie Hibon-Arthuis qui obtient avec 59 voix la 15ème place de VP. On est vraiment loin de la parité…

Xavier Dubourg, premier adjoint de Laval, vice-président du département, vice-président de l’agglo et président de la SEM Laval Mayenne Aménagements, c’est symptomatique, n’a comptabilisé que 50 voix alors que 71 élus étaient présents ou représentés. 22 bulletins ont donc été classés parmi les Nuls et les Blancs, ce qui est un record. De plus Philippe Habault et Olivier Richefou ont été crédité d’une voix, alors qu’ils n’étaient pas candidat contre le Premier adjoint de François Zocchetto.

Xavier Dubourg, l’ex-universitaire qui s’était un temps reconverti en créant une société « Profs et Services, cours particuliers au domicile des élèves et du soutien scolaire par petits groupes » n’a pas fait le plein des voix.

Et si ses multiples casquettes d’élus escamotaient celle de l’élu communautaire qu’il est censé incarné? Il serait tour à tour, trop ceci ou trop cela. « Trop Laval Ville », ou bien « trop Conseil départemental », ou bien encore « trop SEM Laval Mayenne Aménagements ». Bref, décidément, c’est pas simple d’être dans le cumul de mandats et de trop embrasser de responsabilités…

Enfin Georges Poirier, avait mis en garde au nom des élus d’oppositions de plusieurs communes. Veillons au « refus des conflits d’intérêt dans un cumul public/privé, a-t-il déclaré en pensant sans doute très fort notamment à Yanick Borde qui a été reconduit au poste de Premier vice-président. Il nous paraît essentiel de prévenir les situations de conflits d’intérêt dans les grandes collectivités. Aussi, nous souhaiterions qu’une déclaration d’intérêt soit remplie par chacun des vice-présidents et conseillers communautaires délégués. » Un vœu qui restera pieu. Comme les autres remarques, coups d’épée dans l’eau. .

Georges Poirier, aux cotés de Pascale Cupif (groupe d’opposition) – © leglob-journal

On aurait pu penser d’ailleurs qu’un élu de la CPCL ait pu obtenir la deuxième place derrière François Zocchetto. Pour le symbole d’ouverture et le bon équilibre politique et territorial. Toujours est-il que Yannick Borde a été reconduit à son poste de Premier VP avec 59 voix pour et 12 bulletins nuls. Au dernier moment Aurélien Guillot, arrivé en retard, en provenance de Rennes, s’est déclaré candidat : « Parce que Yannick Borde ne fait pas toute la transparence sur les dotations aux entreprises » a-t-il lancé, provoquant une légère onde de sourires dans l’assistance.

Le PDG de Procivis, et maire de Saint-Berthevin est en effet ce qu’on appelle dans le langage anglo-saxon un trustman et Aurélien Guillot a souvent fustigé par le passé ce qu’il appelle « les gros cadeaux financiers faits aux entreprises de Laval Agglo sans contrepartie » par la Commission Économie, emploi, cohésion sociale qu’il a présidé. L’élu du PCF n’obtiendra que trois petites voix. Pas facile d’être, dans tous les sens du terme dans l’opposition.

Christian Lefort qui passe de deuxième à troisième VP en raison de l’élection de Bernard Bourgeais, le maire de Loiron-Ruillé, a obtenu 54 voix. Avec 20 bulletins blancs ou nuls, le vice-président avait en charge la Commission Sport, culture, tourisme dans l’ancienne Laval Agglo et apparemment il paye « certaines dissensions » qui se seraient faites jour dans cette instance qu’il présidait. Quant à Jean Marc Bouhours, il obtient 53 voix ; le maire de l’Huisserie a eu la lourde charge de la réforme du temps de travail touchant les salariés de Laval Agglo paye de son investissement. Il comptabilise 18 bulletins blancs ou nuls et trois voix sont allées sur Christine Dubois, Louis Michel et Gwanael Poisson, le maire de Bonchamp qui ne fait plus parti de cette nouvelle assemblée ; tout comme Alain Guinoiseau qui avait émis des doutes sur la fusion demandé par le Préfet ; un processus qu’il avait qualifié de « peu démocratique ».

Reste à présent à élire les sept Conseillers communautaires délégués, soit cinq de plus par rapport à la précédente Laval Agglomération ; ce sera chose faite le Lundi 14 janvier 2018. Et surtout se fixer un cap, en trouvant « une vision commune » comme l’avait déclaré François Zocchetto en Juillet 2016…

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