LREM en Mayenne, de la belle euphorie à la peau de chagrin

Que devient la République en marche en Mayenne ? Alors que Philippe Morisset reste référent départemental jusqu’à la prochaine nomination de son remplaçant par Paris, et 20 mois après l’élection du Président Macron, force est de constater que, publiquement, il ne s’y passe plus grand chose. Manque d’organisation au départ, démotivations, quasi non présence sur le terrain, faiblesse de ses forces militantes, silence sur le mouvement des Gilets Jaunes, LREM 53 pose, en creux, – comme dans d’autres départements – la question de la déclinaison locale d’un parti politique crée ex-nihilo.

Par Thomas H.


Pour cet ex-militant qui a jeté l’éponge depuis bien longtemps : « Un parti politique qui n’a pas de squelette, ça ne peut pas fonctionner ». Manifestement, ce constat semble s’imposer à la République en Marche, partie de rien en Mayenne sous l’impulsion, lors de la campagne présidentielle, d’Aurélien Page ; et le récent retrait – pour des « raisons personnelles » – de Philippe Morisset, le successeur d’Aurélien Page au poste de « référent 53 » est aussi un signe. Contacté, Philippe Morisset a fait savoir au Glob-journal qu’il « n’avait pas d’information à communiquer, ni de commentaire à faire pour le moment. »

A LREM 53, il s’agit le plus souvent d’expressions sous le couvert de l’anonymat. Les « têtes d’affiche » du mouvement ne s’expriment pas ou peu, même quand leglob-journal les sollicite, publiquement, dans un tweet. Alors on préfère le off comme celui-ci : « Certes Philippe était consensuel, il avait accepté d’être chef, il ne savait pas quoi en faire.» Ambiance.

Peut-être s’agit-il de différences d’appréciations? Ou bien de dissonances? Après tout, c’est assez fréquent dans un mouvement qui se dit politique. Peut-être ont-elles abouti, à force, à des situations presque claniques ; si c’est le cas, c’est plus embêtant. D’un coté, on peut imaginer les Pro-Morisset et de l’autre les anti. Raymond Mauny, professeur au lycée Gastond Lesnard, n’a-t-il toujours pas digérer son éviction de l’équipe dirigeante, comme l’avait écrit leglob-journal, quand Philippe Morisset a composé son équipe? Difficile à vérifier. Il ne s’exprime pas. Lui aussi.

Raymond Mauny, à gauche (lunettes de soleil). On reconnait aussi Aurélien Page ( Panneau Liberté) et Philippe Morisset debout à droite – Photo site EnMarche53 au début du mouvement

« Vous savez, c’est pas simple une création… c’est sûr… Mais ça se fait… » avait optimisé Jean Arthuis que leglob-journal avait rencontré fin 2018 à l’issue d’un débat sur l’Europe à Laval. « Ça se met en place tout doucement… » avait-il ajouté. On sentait bien le député européen, soutien de la première heure d’Emmanuel Macron, un peu gêné. Il cherchait manifestement à positiver pour faire bonne figure politiquement. Après ce débat sur l’avenir de l’Europe, organisé par les retraités CFDT au Foyer de la Meslerie à Laval, Jean Arthuis ne s’était pas appesanti et avait comme on dit esquivé. Pourtant, « c’est lui qui a le réseau, estime ce marcheur qui commence à s’essouffler un peu lui aussi, mais on a le sentiment qu’il n’aide pas... » Sentiment ou ressentiment? leglob-journal qui aurait bien aimé poser cette question à l’encore député européen et bien d’autres, n’en saura pas plus, là aussi.

Non communication

Philippe Morisset a, lui aussi, choisi le silence et dès le début quand leglob-journal avait révélé sa nomination en remplacement d’Aurélien Page le fondateur de LREM 53 en Mayenne. Âgé de 28 ans, le conseiller municipal UDI – à l’époque – de Saint-Berthevin, nous avait confirmé, par la suite au cours d’un rare point presse organisé par la LREM 53 ne pas avoir repris sa carte. Il estimait que leglob-journal se trompait dans ses analyses et que ce dernier était peut-être surtout quantité négligeable ; devenu non-référent, obligé de renoncer à conserver ce poste en Mayenne et restant à LREM 53, il continue sur sa lancée. « Pas de commentaire » nous a-t-il déclaré dans un sms.

Chez En marche 53, il y a « beaucoup de novices qui ne savent pas faire de la politique ». C’est un marcheur, toujours en off, qui fait ce constat, un peu amèrement et qui ajoute « personne n’est jamais disponible…». Pour lui, ils ne sauraient pas ce qu’est le militantisme politique. Et puis, pas de local, pas de permanent, et pas de réunion, cela fait beaucoup de manques. On toucherait, là, les limites, de l’inscription sur le net, avec un simple bouton sur lequel on clique pour augmenter le nombre d’adhérents. Et la quasi absence de moyens , – notamment financiers – donnés par Paris aux comités en région n’arrange rien. Pour cet autre, les gens de gauche étant partis depuis longtemps, « les centristes de droite qui sont restés n’ont pas la culture du tract ».

Est-ce que la politique fait encore rêver ? La question est fondamentale et elle impacte les esprits. La politique « ancien monde » tant décriée et moquée par le candidat Macron est revenu au galop dans les propos et les attitudes du Chef de l’État. En contradiction profonde avec l’homme du début. Alors la motivation s’effrite et l’assiduité s’éteint. D’autant que la matière à s’interroger et douter existe ces derniers temps.

Prenons simplement le mouvement des Gilets jaunes, avec son inscription dans la durée, il est venu casser la confiance, et l’image du numéro un par la même occasion. « Le parti du président devrait aller aux devants des Gilets jaunes, mais aujourd’hui ce n’est toujours pas fait… » peut-on entendre. Et en Mayenne, à part peut-être sur Twitter, La République en Marche a été particulièrement silencieuse sur la question. Pas de prise de paroles ou si peu, pas de communiqué, comme si le parti du Président en Mayenne n’existait pas.

Le rêve de tout changer

« Aujourd’hui, comme militants actifs, nous sommes une dizaine, à tout casser, qui utilisons Télégram, la messagerie cryptée pour communiquer… Les gens ont rêvé qu’on pouvait refaire le monde. Macron arrivait, il pouvait tout changer ! » se souvient cet encore marcheur – mais pour combien de temps. A présent, le soufflé est retombé, loin des 800 adhérents du début répartis sur cinq comités locaux . Faute de disponibilité ou faute d’envie ?

Philippe Morisset, référent LERM en Mayenne qui sera remplacé – Photo Facebook

Cet autre reconnaît que dans le contexte actuel avec le mouvement de contestation qui va jusqu’à réclamer et scander « Macron démission! »,  c’est selon lui très compliqué de monter au créneau pour essayer de convaincre qu’il faut continuer les réformes qui n’apportent pas de mieux être pour nos concitoyens. « C’était déjà pas simple avant, alors maintenant, cela devient quasiment mission impossible. »

« Les bons sentiments cela ne suffit pas… Il faut compter avec les élections à venir… Les européennes vont permettent de redonner du ressort au mouvement… » veut croire ce militant. Mais comment faire pour se remettre en selle ? Valérie Hayer, forte de sa proximité avec le député européen Jean Arthuis, sera candidate à l’investiture pour les européennes. Elle ne l’a pas encore dit officiellement, là aussi, car la presse s’en est chargée à sa place. D’ailleurs leglob-journal qui l’avait contactée pour une interview, il y a quelques mois à l’arrière, avait obtenu comme réponse, sans toutefois qu’elle ne décline l’invitation, que ce n’était « pas la bonne temporalité ». Il fallait certainement attendre l’annonce officielle du retrait de Jean Arthuis de la course à l’élection pour Bruxelles. Ce qui est fait.

Reste à savoir maintenant, qui sera le nouveau référent en Mayenne? Celui ou celle qui sera appelé.e à coordonner la campagne à venir et celle des Municipales qui viendront dans la foulée. Une perle rare qui soit un porte parole au moins visible. Il est certain que la tâche, avec les échéances électorales à venir peut effrayer. Bien difficile à dire qui pourrait faire l’affaire, car pour le moment, beaucoup de ceux à qui il aurait été proposé de prendre la succession de Philippe Morisset auraient décliné la proposition.

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