Liberté pour Maître Nasrin Sotoudeh – آزادی برای وکیل نسرین ستوده

Femme, avocate investie dans des dossiers sociaux et politiques sensibles et iranienne attentive aux droits des femmes, Maître Nasrin Sotoudeh remplit tous les critères pour subir les foudres du régime iranien. Alternant les arrestations, les procès, les emprisonnements et les grèves de la faim depuis 2010, elle connaît depuis toujours le soutien des organisations internationales. C’est que pour survivre face à un régime théocratique, il faut de solides appuis, au risque d’être ballottée entre des camps politiques aux ambitions géostratégiques très éloignées des causes qu’elle défend. Heureusement, cette médiatisation permet aussi de relayer son combat pour les droits de l’Homme, des minorités ou des opposants politiques menacés, auprès de l’opinion publique internationale.

Actions, portrait et témoignage

Par Marrie de Laval


#freenasrin | Nasrin Sotoudeh – © AFP

Le Barreau de Laval après l’avoir nommée membre d’honneur est devenu pour une semaine – en coordination avec le CNB (Conseil national des barreaux) – le porte-voix et défenseur de Nasrin Sotoudeh auprès d’organisations internationales mais aussi auprès de son pays, l’Iran . Il s’agit de réclamer sa libération et la levée de sa peine : 148 coups de fouets, ce qui pourrait entrainer une mort certaine.

Le bâtonnier de Laval, maître Cesbron, avec l’ensemble de ses homologues, a la volonté de relayer et de participer aux actions demandant la libération de sa consœur de 55 ans. Avec la présidente du CNB (Conseil National des Barreaux) Christiane Feral-Schuhl, l’ensemble des barreaux de France relaie l’action ; la mise en ligne d’une pétition et l’envoie par chacun des avocats de l’ensemble des barreaux de courriers adressés à l’Iran lui-même, via son ambassade à Paris, mais aussi à l’ONU, et au Conseil de l’Europe. Ce dernier, créé en 1949, regroupe 47 états dans les 28 membres de l’Union Européenne, et a pour mission de faire respecter la Déclaration Européenne des Droits de l’Homme avec la Cour Européenne des Droits de l’Homme.

Depuis le mois de mars 2019, il s’est agit d’une réelle montée en puissance dans l’action de soutien à cette avocate par les professionnels du droit. Après sa nomination comme membre d’honneur dans de nombreux barreaux, l’affichage géant sur la façade du CNB à Paris, une pétition mise en ligne pour réclamer sa libération, l’ovation debout des députés français, voici la saturation des messageries. Un flot continu de courriels, par la mise en place d’un relais de barreau en barreau, vise à démontrer l’ampleur et la constance du soutien des avocats en France à leur consœur iranienne. Cette mobilisation concerne aussi d’autres pays.

La branche dure

2009 a vu, en Iran, le retour de la branche dure des politiques iraniens, sur fond de rapport de force avec les États-Unis pour cause d’embargo à la suite du dossier du nucléaire iranien. Toute contestation ou révélation de dysfonctionnements dans la société iranienne fait encourir à son auteur-e un risque de condamnation, par exemple, pour «atteinte à la sécurité nationale ».

Avant même d’exercer, depuis qu’elle a entamée  des études pour devenir avocate, Nasrin Sotoudeh est devenue « suspecte » car trop investie dans des causes sensibles. Elle a dû attendre huit ans après l’obtention du diplôme d’avocat pour enfin pratiquer son métier. Et elle a embrassé la cause des enfants et des femmes ainsi que celle de « dissidents » de toutes sortes.

L’avocate Nasrin Sotoudeh a travaillé au ministère du logement puis pour la banque d’État Téjarat traitant de dossiers défendus à la Cour de Justice de la Haye. Elle exerce enfin comme avocate en 2003 et a été en relation avec l’emblématique avocate exilée Sirin Ebadi. Bref, c’est une femme remarquable, condamnée pour son activité professionnelle !

Éric Cesbron, le Bâtonnier de Laval –
Archives © leglob-journal

Avant que ne tombe sa première condamnation en 2011, les grandes organisations internationales (Human Rights Watch, Commission Internationale des Juristes, Ligue iranienne de Défense des Droits de l’Homme, Union Internationale des Avocats, Organisation mondiale contre la torture, Amnesty International) se démenèrent pour obtenir sa première libération.

Toujours dans un soucis de soutien et pour récompenser son travail, Nasrin Sotoudeh est distinguée en octobre 2012 en se voyant décerné le prix Sakharov (1921-1989), du nom de ce physicien nucléaire soviétique d’origine russe, militant pour les Droits de l’Homme, les libertés civiles et la réforme dans son pays. Un prix décerné par le Parlement Européen.

En 2017 et 2018, comme Nasrin Sotoudeh défend de jeunes iraniennes coupables d’avoir enlevé publiquement de façon militante et ostensible leur tchador, elle est de nouveau inquiétée. Pour la soutenir à distance, les Instituts des Droits de l’Homme des barreaux de Bordeaux, Paris, Bruxelles et Rome en collaboration avec l’Institut des Droits de l’Homme des avocats européens (IDHAE) lui décernent le prix international des Droits de l’Homme Ludovic Trarieux en septembre 2018.

« Ces actions paraissent dérisoires, plaide maitre Cesbron, pour autant, elles permettent à Nasrin Sotoudeh et ses avocats de se sentir soutenus. Cela leur permet de continuer. C’est la même chose pour les avocats menacés en Turquie. »

Cette cause est juste !

Comment ne pas adhérer à des démarches contrant les violences faites aux enfants, aux femmes, aux minorités de tous horizons ? Ces thèmes imprègnent la Déclaration des Droits de l’Homme, texte fondamental de notre constitution et pilier de nos démocraties.

Les avocats entourant le bâtonnier de Laval tenant la photo de Nasrin Sotoudeh – © Bâtonnat Laval

Ce soutien est juste et trouve un écho en Europe, au moment même où nos propres convictions sont remises en cause jusque sur notre territoire par certains de nos nationaux et que des textes restreignant nos libertés sont votés au Parlement malgré les protestations et les recours formés par une partie de nos parlementaires.

« Nous assistons à une mise en coupe réglée de la profession d’avocats dans le monde depuis quelques années. Cette remarque est toute autant valable en France avec le projet de loi justice que nous avons déjà dénoncé avec vous« . conclu maître Cesbron. « C’est pourquoi nous sollicitons les parlementaires du département » explique-t-il. Car finalement rien n’est réellement et définitivement acquis. Tout doit être consolidé en permanence, car nos droits et nos valeurs ne tiennent que par une vigilance de tous les instants.

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