Méthaniseur de l’Huisserie : le vote consensus du Conseil municipal

Comment continuer à concevoir l’installation d’une unité de méthanisation quand un Conseil municipal vote contre? Faudra-t-il que le méthaniseur sorte de terre malgré les oppositions? Et quelle sera l’attitude des autorités préfectorales qui décideront en dernier ressort ? Jeudi 6 décembre 2018 à l’Huisserie, le vote à bulletins secrets a fait apparaître un seul avis favorable, quatre bulletins nuls et vingt autres contre le méthaniseur «indésirable» que leglob-journal a abondamment évoqué dans ses colonnes. Un vote après un débat devant plusieurs dizaines d’habitants, inquiets et manifestement réfractaires.

Par Thomas H.


« Comment fait-on de l’écologie près de chez nous ?» a questionné d’emblée Eric Marquet, un conseiller municipal de la majorité de Jean-Marc Bouhours, membre notamment de la commission Finances et administration générale, et frère du promoteur du méthaniseur, Mickaël Marquet, le maire de Nuillé-sur-Vicoin.

Eric Marquet a voté. Pourtant sa proximité familiale d’avec le maire de Nuillé-sur-Vicoin pourrait, selon certains, poser moralement questions ; mais l’administration municipale est formelle : juridiquement aucune preuve de prise illégale d’intérêts n’existe, et il a donc été décidé de le laisser prendre part au vote. Bon avocat des douze agriculteurs à l’origine du projet, Eric Marquet a soulevé aussi ce qu’il a analysé comme une fin de non recevoir à trois reprises la non-possibilité de faire entendre la voix des promoteurs du méthaniseur au sein du Conseil municipal. Ce à quoi Jean-Marc Bourhours, le maire a rétorqué qu’ « il n’y a pas eu de demande écrite, seulement une demande faite oralement ».

Et puis, les porteurs du projet ont pu s’exprimer, selon lui, à plusieurs reprises et notamment en mars 2017 face aux adjoints. Alors…

La Préfecture en dernier ressort?

Cette remarque embarrassante évincé, un brin solennel, le maire et vice-président de Laval Agglomération a expliqué : « […] ce soir, le conseil va donner un avis et c’est le Préfet, en dernier ressort, qui prendra la décision. » Le dossier est suivi en Préfecture par le sous-préfet et tout consultatif qu’il est, l’avis de la collectivité sera forcément pris en compte, d’une manière ou d’une autre. Les autorités préfectorales, on le sait, ont déjà donné leur autorisation de permis de construire pour le méthaniseur avec la mention « Avis réputé favorable du maire » apparemment faute d’avoir reçu le positionnement de ce dernier avant la signature par le Préfet de l’arrêté. Avant le vote, c’est aussi l’ex-maire de l’Huisserie Christian Briand qui est monté au créneau prévenant en quelque sorte le Conseil municipal : « Il faut savoir qu’on a des gens qui décident pour nous […] même si on est contre par exemple à 90 % […] » Sous entendu : l’avis de l’assemblée communale n’est certainement pas prépondérante.

Que décidera la préfecture? on le saura dans plusieurs semaines. Elle devra tout de même engranger le positionnement officiel du conseil municipal et également les avis des 71 personnes qui ont déposé au total 134 pages de commentaires lors de la consultation en Mairie de l’Huisserie de l’épais dossier. Seule une a déclaré être favorable à cette unité de méthanisation ; «une usine à la campagne à 600 mètres des habitations», pour reprendre ce qu’on a pu lire dans le registre ouvert, et qui sera visible d’assez loin avec ses 11,4 mètres de hauteur.

Le dossier mis en consultation en Mairie de l’Huisserie pendant un mois du 5 novembre eu 3 décembre 2018

Écologie et énergies nouvelles étaient donc au cœur du débat. En terme justement de transition écologique, il s’est réalisé une espèce de consensus pour dire que le méthaniseur est utile mais pas là où il se trouve. « C’est un beau projet, a dit par exemple Anne-marie Janvier, une conseillère municipale de la minorité, mais le lieu n’est pas adéquat […] Je ne suis pas certaine qu’on pourra encore manger les poissons que l’on pêche actuellement dans la retenue d’eau de l’Amicale des Pompiers qui est juste à coté», a-t-elle ajouté. D’autres ont soulevé les 26 camions par jour, la pollution engendrée, la très grande proximité des habitations. Mais aussi le « trouble » qu’a mis en lumière le dossier déposé en Préfecture.

«Confiance altérée»

Jean-Marc Bouhours a expliqué lui aussi son positionnement avant le vote. «  Mon rôle de maire, c’était d’amener le projet de façon structurée en Conseil municipal, c’est ce que j’ai fait. Et puis, petit à petit, ce fut la déception, et la notion de confiance a été altérée. Il suffit de voir simplement dans le dossier, sur la carte de positionnement du méthaniseur, la mare et le chemin piétonnier qui ont, purement et simplement, été gommé… »

«Voulons-nous être acteur ou spectateur de l’écologie ?» a déclaré dans un ultime plaidoyer Eric Marquet, expliquant que le méthaniseur ne produira pas uniquement du gaz pour tous mais aussi de l’engrais naturel utile aux agriculteurs, à l’heure où l’on réclame moins de substances chimiques…Mais cela n’a pas suffi pour convraincre ; un seul bulletin favorable a été déposé dans l’urne en carton au moment du vote. Sans doute le sien.

Cet agriculteur qui fait partie des douze promoteurs du méthaniseur, une fois la séance du conseil municipal levée, confiait anonymement au Glob-journal qu’il avait assisté à une « parodie de démocratie », que « l’ex-maire a[vait] menti sur la totalité du projet juste pour plaider sa cause […]»et que «si le projet voit le jour, les habitants de l’Huisserie verront bien tous les efforts que nous aurons faits pour l’insertion du méthaniseur dans l’environnement… »

Positions tranchantes et paroles à l’emporte pièce et très souvent coupées, arguments et invectives des uns et des autres avant le débat sur le méthaniseur avaient créé une étrange perception du débat politique, avec la présence d’une fracture importante sur des sujets beaucoup moins clivants que celui qui allait venir. Et puis la distanciation s’est résorbée entre les deux camps adverses, majorité et minorité municipale autour du sujet méthaniseur, pour faire consensus autour du danger de l’unité de méthanisation. Tous ont dit en revanche, à leur manière et paradoxalement, être pour la défense de l’écologie et la préservation de l’environnement. Que ce soient les agriculteurs-promoteurs ou les habitants-élus.

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