Mon Europe des citoyens « porteurs de progrès » – Par Georges Garot

Né avec le Front populaire, ancien secrétaire national du PS chargé de l’agriculture et du monde rural, et premier mayennais à devenir Député européen, Georges Garot a bien voulu nous raconter son Europe. Ses premiers pas européens dans un mouvement de jeunesse, la Pac, l’Europe des 15, et l’élargisssement de cette institution qui n’allait pas s’arrêter de fédérer. Georges Garot raconte aussi ce qu’il appelle la « sortie de route de l’Union Européenne », dénaturant le projet hérité des « Pères de l’Europe ».

Souvenirs d’Europe

Par Georges Garot*


Né en 1936, je suis un citoyen qui a eu la chance de vivre plusieurs étapes d’engagement pour l’Europe. D’abord la réalisation, comme dirigeant européen de la JAC (jeunesse agricole catholique) en 1965, en Allemagne, d’un festival européen réunissant 20 000 jeunes de dix pays de l’Europe de l’ouest, pendant trois jours, sur le thème de «  La place des jeunes dans la construction européenne ». Ce furent mes premiers pas pour une Europe des citoyens … L’application de la PAC (politique agricole commune), comme agriculteur, avec un engagement militant pour l’évolution de celle-ci, afin qu’elle réponde mieux aux attentes de la société en matière de qualité des produits, de la prise en compte des équilibres naturels, de la meilleure répartition des soutiens publics aux agriculteurs

L’engagement politique enfin, à partir de 1974, pour prolonger, au sein d’une équipe, l’action de Robert Buron en Mayenne. Ce qui m’a conduit quelques 20 ans plus tard, à siéger durant sept ans comme député au Parlement Européen de 1997 à 2004. Toutes ces expériences ont sans doute façonné ma personnalité et je l’espère pu contribuer à faire avancer positivement des actions et des politiques dans le sens de l’intérêt général.

Avec Jacques Diouf le 27 mai 2002, le directeur général de la FAO – © Photo PE

Quel privilège de pouvoir découvrir, au travers de ces étapes successives, les peuples européens avec leurs cultures héritées de leur propre histoire, si proches mais toujours différents ! Quel atout d’apprendre à passer des compromis, dans la vie parlementaire, afin que chacun puisse être un «porteur de progrès» capable de générer des avancées réformatrices !

Quelle chance d’être acteur à un niveau où l’on peut percevoir, analyser, réagir face aux grands problèmes du monde : le sous-développement et les migrations, la faim, les fléaux sanitaires, le terrorisme, les guerres, les pollutions, les totalitarismes… !

En 2004, je quittais le Parlement Européen. C’était la fin de l’Europe des 15. Nous terminions cette mandature, mobilisés depuis deux années par la préparation de l’élargissement de l’Union Européenne aux pays de l’Est et de l’Europe Centrale libérés du joug soviétique. C’était un espoir pour ces peuples qui avaient été séparés par l’Histoire. C’étaient également des défis politiques et stratégiques à relever pour ouvrir un avenir à 500 millions d’habitants du continent, au plan de la paix, de la sécurité, du développement et de la démocratie.

« Quelle est la compagne indispensable d’un député européen? La valise à roulettes. Pour aller à Strasbourg, Bruxelles, répondre aux sollicitation des autres pays européens. En Allemagne, ici avec Joseph Daul l’actuel Président du PPE en costume cravate » et des représentants du groupe des verts et de la gauche unie (PC) – © Photo PE

Des perspectives et des déceptions…

Nous étions conscients que cette Union Européenne ne représenterait pas plus de 5 à 6% de la population mondiale en 2050 ; que dans cette mondialisation le poids économique et stratégique des pays émergents (Brésil, Russie, Inde, Chine) allait devenir très important ; que les USA laisseraient de plus en plus à l’Europe le soin de régler les problèmes dans sa zone d’influence ( le continent européen, le pourtour méditerranéen, voire l’Afrique) ; que beaucoup d’Etats où l’Islam est très présent auraient longtemps à connaître une situation complexe en raison de l’influence de l’intégrisme religieux, sans oublier par ailleurs la volonté émancipatrice latente de certaines populations. Bref, ces constats plaidaient pour le renforcement de l’Europe dans le présent et pour l’avenir !

Or cette construction européenne a évolué vers une « sortie de route » : le projet de Constitution Européenne proposé par référendum en 2005 n’a pas abouti et par la suite les conséquences économiques et sociales de la crise financière mondiale de 2007-2008 ont mis à mal les ambitions européennes. Au lieu d’un renforcement de la solidarité entre les États Membres, des tensions et des clivages apparaissaient entre la Grèce et l’Allemagne, la France et le Royaume Uni sur la façon de gérer la rigueur et la relance économique…

Tous ces évènements ont ainsi déstabilisé les citoyens européens et dénaturé le projet hérité des Pères de l’Europe, relayé par Kohl-Mitterrand et Delors, fondé sur la paix, la démocratie et le développement partagé. Aucune voix publique n’a su d’ailleurs incarner, à leur suite, un authentique leadership !

« Rassembler les soutiens, discuter, négocier pour obtenir une majorité en faveur de vos rapports ou de vos amendements : les rencontres de couloir, politiques et humaines ont toutes leur importance : ici avec mon homologue Olivier Duhamel » – © Photo PE

Il y a lieu même de reconnaître, aujourd’hui, que les forces intérieures qui préconisent, à l’inverse, le repli sur les Nations ont gagné du terrain (euroscepticisme – populismes, Brexit…). S’il s’agit là d’un phénomène dépassant nos frontières (USA – Chine – Brésil – Russie- Turquie) il n’en reste pas moins que le contexte intra-européen est très préoccupant.

Heureusement le pire n’est jamais sûr !

Dans la négociation sur le Brexit les 27 pays de l’UE sont restés, jusque là, unis face aux britanniques bien empêtrés dans leurs incohérences politiques. Un autre élément positif tient au fait que les partis nationalistes semblent avoir évacué de leur programme le projet d’abandon de l’Euro.

Il est clair, alors, que les prochaines élections européennes du 26 mai seront très importantes. Dans ce contexte où les tentations de repli national sont plus fortes et peuvent entrainer des États à freiner la progression de la construction européenne, il est primordial que le prochain Parlement Européen soit majoritairement porteur d’ambitions à la hauteur des grands défis de notre époque, notamment :

  • la transition écologique avec des objectifs de justice climatique et sociale. Cette priorité doit avant tout être au service de l’humain. Il convient de sortir du moins disant environnemental et social, de réorienter la recherche, l’économie, la finance, la fiscalité, la production d’énergie, vers la création et le partage de richesses durables.
  • la relance de l’Union se fondant juridiquement sur des « coopérations renforcées » permettant des avancées en respectant les rythmes des différents Etats. Changer les traités risquerait de traîner en longueur sans assurance d’entérinement.
  • la sortie du déficit démocratique actuel en suscitant une plus grande participation des citoyens.
« Au Parlement européen, on travaille beaucoup avec les écouteurs sur les oreilles. Quand dans l’hémicycle un orateur s’exprime avec une voix puissante et force gestes, dans vos écouteurs vous recevez la traduction par une voix féminine, douce et monocorde. Pas d’effets de tribune! » – © Photo PE

Vers une Europe plus proche

A cet égard nous avons la chance d’avoir une Maison de l’Europe en Mayenne ( MEM ) qui s’adresse à tous les publics, exerçant une mission d’intérêt général de sensibilisation, d’information, de formation des citoyens, de développement des échanges entre européens.

Je ne suis plus aujourd’hui un acteur politique – place aux jeunes – mais j’entends toujours investir l’énergie qui me reste dans le soutien aux associations qui œuvrent pour le développement de la conscience européenne, l’engagement des citoyens, afin que la société civile devienne progressivement le pilier manquant de cette construction de l’Europe. Puis-je me permettre, en guise de conclusion, d’inviter les mayennais animés de convictions européennes à nous rejoindre dans le soutien actif, bénévole, voire financier à cette MEM qui vient de fêter ses 25 ans ?


*Georges Garot, ancien député européen, fut également président de la Maison de l’Europe en Mayenne.


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2 thoughts on “Mon Europe des citoyens « porteurs de progrès » – Par Georges Garot”

  1. Merci à Georges GAROT pour le travail accompli et poursuivi par Guillaume Garot envers et parfois contre tout. Il ne faut pas céder à la désespérance mais inlassablement insister et résister .

    1. C’est exactement le parler vrai que nous répétons à longueur de journée à la maison de l’Europe d’Albertville et de la Savoie.
      Merci Monsieur Garot, il faudrait plus de communications de cette qualité relayee par les médias plutôt que les fake news et le rabâchage populiste, plutôt que les rixes verbales et stériles entre les têtes de listes qui dégoûtent les électeurs potentiels.
      Merci Monsieur Garot, cela fait du bien de lire votre Europe qui est aussi la nôtre.

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