Monique Molière lue…par Marie-Jo Cardineau

L’ombre pourpre du monde

de Monique Molière

Un livre lu par Marie-Jo Cardineau

Le livre commence en 1937 au moment où le front populaire est pris en tenaille entre les mouvements d’extrême droite de l’Action française et  l’idéologie de Charles Maurras. L’Espagne est à feu et à sang. Les alliances, les pactes  de non intervention se font et se défont et Hitler est au pouvoir depuis 1933 dans la plus stricte légitimité. Le III Reich installe tranquillement sa politique mortifère. Une période très trouble et anxiogène pour la communauté internationale.

ombrepourpreup.jpgC’est le destin des frères Ascher, Juan et Daniel, juifs d’origine polonaise que décrit Monique Molière. Chacun d’entre eux s’engage à sa manière dans l’action et la résistance. En Espagne où le sort de Juan sera définitivement scellé, quant à celui de Daniel, il le conduira à travers toute l’Europe en guerre.

Jacob  médecin installé à Paris est un sage, un humaniste qui adoptera avec son épouse Esther le petit Tristan, enfant né de l’union d’une jeune anglaise décédée et d’un allemand.

C’est avec une écriture « scénarique » où les dialogues sont vifs et incisifs que Monique Molière construit la toile de fond de son roman et met en scène ses personnages. Hormis Jacob, Esther et Tristan héroïques, parce que loyaux et fidèles à leurs convictions et à leurs origines, la plupart des protagonistes oscillent entre trahison, mensonge et double jeu.

Chacun utilise des chemins tortueux pour sauver sa peau et les idéologies étouffent la liberté et la responsabilité des hommes. Toutes les revanches et tous les coups bas sont permis. Les guerres distribuent largement des permis de tuer en toute légalité.

Monique Molière montre bien la soumission des hommes à leurs instincts les plus bas quand la subtilité des sentiments et des émotions n’a plus droit de cité et que l’humanité est ravalée à la bestialité.

Des images fortes, des dialogues musclés, crus et virils pour montrer que le pire ennemi est en soi. C’est, cependant, un hymne à la vie, à l’amour, à l’humanité, qui conclut le roman. A lire en se laissant porter par les images, que Monique Molière dessine avec jubilation, comme on regarde un film.

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