« Ô rage ! Ô désespoir ! Ô vieillesse ennemie ! » – Par la CFDT et FO 53

Des élus départementaux interpellés par la CFDT-Retraités alors que Force Ouvrière rend public une enquête sur les conditions de travail dans quatre EHPAD à Laval. La première initiative « demande aux conseillers départementaux d’exercer les prérogatives qui vous sont dévolues par la loi ! » L’union Territoriale des Retraités de la Mayenne parle aussi de « fortes préoccupations quant à la situation des personnes âgées en risque de dépendance ou déjà dépendantes ». FO, fort de son initiative de sondage des personnels met en avant le chiffre de « 4 minutes pour donner à manger» à un pensionnaire et la présence de seulement « 3 agents pour 188 résidents, la nuit ».

Offensives syndicales en faveur des anciens

Par la CFDT-Retraités et FO


« L’Action Sociale étant la mission principale dévolue au Conseil Départemental », la CFDT sollicite l’attention des élus concernant les personnes âgées. Une situation qu’elle juge « depuis de très longues années préoccupante. Des réponses ont été apportées mais sont toujours insuffisantes. Aujourd’hui, la population et les personnes chargées de répondre aux besoins des personnes âgées considèrent la situation inacceptable, au vu des possibilités de notre pays (6e puissance économique au monde). »

Dans son enquête, FO avance que «  72% du personnel ne sont pas satisfaits de leurs conditions de travail. Si l’on ajoute les 23% des conditions de travail « correctes », cela montre bien l’inquiétude des agents lorsqu’ils viennent travailler quotidiennement. »

Aller « travailler à reculons »

Les maisons de retraites ont longtemps été des lieux « à part » dans la société où les « laisser pour compte » sont trop souvent malmenés parce qu’ils n’ont plus droit à la parole publique. FO et la CFDT-Retraités s’emparent du dossier. Il était temps. Cette dernière ajoute à l’endroit des élus départementaux qu’ils auraient dû s’auto-alerter et être à tout le moins conscient des difficultés, car « ces dernières années, des personnels ont rendu publiques, de différentes manières, leurs impossibilités de mener à bien leurs missions : parution de livres, tant de personnels de direction que de soignants, témoignant de leur souffrance d’être dans l’incapacité de mener à bien leurs missions (…), interventions dans les médias sous forme de reportages, d’interviews, de témoignages… Toutes ces interventions, ajoutées aux difficultés des écoles formant les professionnels à recruter des élèves, témoignent du malaise profond et disent que ces situations ne sont plus supportées. » Pour FO, « 66% du personnel viennent travailler à reculons et par obligations. Et le syndicat questionne : Comment s’épanouir dans son travail si l’agent est obligé de venir ? Et il ajoute, il faut avoir envie de venir travailler pour s’épanouir autant sur le plan professionnel que personnel. » 

La CFDT dans sa lettre aux élus avance aussi l’aspect législatif, et remarque à ce propos que « La loi ASV [Adapatation de la société au vieillissement, NDR] mise en place en janvier 2016, voici plus de 2 ans, a amorcé un début de réponse mais est si insuffisante, qu’une nouvelle loi est en préparation, nous dit-on, pour la fin de l’année. » Quant aux « projets du Département, proposés au CDCA [Conseil départemental de la citoyenneté et de l’autonomie, NDLR] lors de son Assemblée Plénière, sous la dénomination « plan MAY’AINES », sont certes plein d’ambitions mais font peu de place à l’urgence de la situation actuelle des personnes dépendantes ou en perte d’autonomie.Nous partageons totalement l’idée que la prévention doit être menée dans tous ses aspects. C’est une nécessité pour permettre un vieillissement dans les meilleures conditions, tant humaines que financières. Cependant la situation actuelle des personnes âgées concernées par la perte d’autonomie ne peut attendre. »

Les quatre établissements en question sur Laval – © Photo FO leglob-journal

La CFDT, syndicat dit réformiste et accompagnateur des mesures prises tant au niveau national que local et peu enclin à critiquer, sort un peu de ses prérogatives et n’hésitent pas à monter au créneau : « L’évaluation de la situation, effectuée par les services du département pour la détermination du GIR, [Groupe iso-ressources correspondant au niveau de perte d’autonomie d’une personne âgée, NDLR] n’est pas propice à une mise en place d’un plan d’aide efficient.

Pour [nous] l’évaluateur ne doit pas être le payeur. Trop souvent, le plan est prévu à minima en raison du coût financier. Les conséquences sont importantes, tant pour la personne aidée que pour l’intervenant(e). A cela s’ajoute la situation des aidants dont chacun sait que le risque de décéder, avant l’aidé, est très important tant la charge est lourde. La loi ASV l’a reconnu, mais une réelle prise en compte reste à faire. La revalorisation tant attendue du taux horaire annoncée par le département passant de 19€50 à 21 € est manifestement trop faible et reste inférieure à celle des départements limitrophes. »

Des EHPAD « cocotte-minute »

Dans les EHPAD, « La situation devient difficile » dit simplement la CFDT quand FO explique que « Près de 3/4 des agents ayant répondu[au questionnaire] considèrent que leur travail a eu des conséquences sur leur état de santé : stress important, insomnies, dorsalgies, lombalgies, irritabilité, tendinites. »

La CFDT fait aussi ce constat d’ « un manque de personnel tant soignant que d’hébergement-restauration-animation. Le manque de personnel, dit-elle,a ses conséquences sur les personnes en dépendance et sur les salariés- certains postes restent vacants ou en turn-over importants entraînant une surcharge de travail. Une meilleure reconnaissance doit être apportée en urgence, y compris au niveau salarial, et une politique de formation ambitieuse doit notamment être mise en place. »

De ce point de vue, Force Ouvrière estime que ce qui revient souvent dans les réponses des personnels tant titulaires que contractuels c’est « le manque de considérations de la direction envers les agents, un sentiment d’avoir mal fait son travail. Le rythme de travail est également trop élevé pour la plupart des agents ayant répondus. Et 66% des agents [ont] répondus [avoir] déjà ressenti l’envie de pleurer sur leur lieu de travail ? »

La CFDT constate aussi plus généralement « un manque de place sur Laval, ce qui a pour effet de diriger les personnes vers d’autres localités dans le département. Cet état de fait ne tient pas compte de la proximité des lieux de vie antérieurs qui doit être respecté. » Sauf à « créer des ruptures préjudiciables à la personne. »

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