Pourquoi faut-il conserver la gare d’Évron – Par Fabrice Eymon

Le patron du groupe ferroviaire français a dévoilé les contours de la « nouvelle SNCF » et annonce que, dans le cadre du futur contrat social, des efforts seront demandés aux salariés sous statut. En attendant Guillaume Pepy agit aussi sur les usagers, tout en estimant paradoxalement qu’« il ne peut pas y avoir de SNCF à deux vitesses ». Vendredi 5 Octobre une manifestation est organisée à Evron pour protester contre la fermeture du guichet de la gare. La quatrième à être concernée. « Le seuil critique est dépassé pour les usagers » estime sur leglob-journal Fabrice Eymon, le Président régional de la Fédération national des associations d’usagers des transports Pays de la Loire.

Par Fabrice Eymon*

Et une de moins ! Evron : dernière victime collatérale de la politique régionale des transports co-pilotée par la Région et orchestrée par la SNCF. En Pays de la Loire, la disparition des gares est devenue une grande spécialité de la SNCF et peu importe pour elle que la gare d’Evron soit fréquentée (+10 % l’année dernière) ou qu’elle ait bénéficié d’investissements de la part de la collectivité, c’est la SNCF qui tranche. Elle ne fait pas dans la délicatesse, car elle a décidé de l’inutilité de conserver ces petites et moyennes gares ouvertes aux voyageurs !

Le guichet de la gare d’Evron que la direction de la SNCF de Nantes décide de fermer définitivement, est une décision prise dans le cadre des recherches « d’économie sur les charges de distribution demandées par le Conseil Régional des Pays de la Loire ». Déjà en 2010, la fermeture de la gare de Château-Gontier, laissait penser à la FNAUT que celle-ci pouvait en annoncer d’autres puisqu’ après Château-Gontier ce fut Mayenne en 2017 et maintenant Evron.

Cette gare qui actuellement pour quelques heures encore est la seule gare en Mayenne, autre que Laval, sur l’axe Le Mans / Rennes et bénéficiant de la présence d’un agent, disparait à son tour. Au Pays d’UBU, la SNCF est reine !

Pour la compagnie des chemins de fer, il s’agit d’adapter l’offre à la demande, en invoquant le fait que de plus en plus de voyageurs font leurs achats sur le web, ou sur les distributeurs de billets… en gare ! Mais que faire d’autre quand les guichets sont fermés ! Que peut bien faire un usager quand la SNCF ferme elle-même les gares, que de se tourner vers internet !

La SNCF adopte une politique très nihiliste. Elle prépare le choc de la concurrence en faisant le grand vide. Et le service public en pâti une nouvelle fois car la société nationale dont l’actionnaire majoritaire est l’Etat, ne se soucie ni de la fracture numérique dans les territoires ni des populations en difficulté. Une étude récente de Kéolis indique en effet que deux tiers des personnes maitrisent mal ou pas du tout internet et les outils numériques (nouveaux téléphones portables, etc. ) et que seulement un tiers les maitrise correctement.

La SNCF ponctionne donc sans difficulté le budget des ménages pour mettre en place une politique de désertification des services dans les territoires quand bien même la demande existe. Elle contribue à se couper de la population et à perdre son lien de proximité, à complexifier et déshumaniser l’usage du train, à en faire un usage « hors sol ». Si le train a perdu de son attrait auprès de la population française, on le doit à l’entreprise « qui devait nous faire préférer le train ».

Pour imposer le i-billet et l’achat des titres de transports par internet, la SNCF ferme ses points de vente !Mais la raison de ces économies qui se traduisent par la fermeture des gares par exemple, a une raison profonde ; la Région dans le cadre de la nouvelle convention TER, a demandé à la SNCF, 100 millions d’économies.

Et comme l’air du temps se situe dans l’innovation, les nouvelles mobilités, l’info connecté et la digitalisation en marche plutôt que dans les bonnes vieilles recettes traditionnelles, la SNCF pousse, du fait des changements d’ouverture des bureaux de ventes, et de la suppression des guichets, les usagers vers le digital. Et dans ce contexte, l’autorité organisatrice, le Conseil Régional, confirme les objectifs, ainsi que la future gamme tarifaire TER orientée vers le digital et la dématérialisation des titres de transport ne prenant pas en compte le souhait des usagers.

Fin 2016, les ventes dites « physiques » (guichets, agences de voyages et groupes, automates) représentaient 71,2% des ventes TER Pays de la Loire contre 28,6% de ventes dites « digitales » (internet TER et Voyages, abonnements annuels). Mais l’objectif de porter la digitalisation à un taux à hauteur de 50% dans l’actuelle convention TER semble dresser un sort funeste aux gares régionales qui disparaissent progressivement ne laissant plus que les gares nationales gérées par Gare et connexion.

 

 

Dans tous les cas, que ce soit la fermeture des gares ou la réduction des horaires, il n’existe pas de concertation, pas de dialogue, si bien que la Région quelque fois n’est même pas informée à temps et de toute manière, elle laisse faire.

 

Alors qu’en Suisse des gares périurbaines sont un pilier des politiques intermodales et des transports ferroviaires car elles sont desservies par un nombre conséquent d’arrêts avec des aménagements adaptés, en Pays de la Loire, les Pôles d’Echanges Multimodaux, actuels et en devenir, doivent proposer une offre de services, outre l’information sur les Transports collectifs et touristiques, la billetterie, la location et les services vélos, le covoiturage, les prises voitures et vélos électriques, les services en gare (poste, colis, commerces, appels taxis, bureaux…) comme cela se fait déjà dans d’autres Régions et ponctuellement en Pays de la Loire.

Comment la Région va-t-elle pouvoir lancer sa politique d’intermodalité ?

Cette présence des services publics de proximité est essentielle afin que sur les territoires d’un département fort de 300 000 habitants, il y ait de véritables points d’informations sur la mobilité. Mais voilà pour améliorer la connaissance du multimodal et accompagner la démarche vers son usage, la SNCF avec l’accord implicite de la Région commence par retirer le seul professionnel « des transports » du site en vidant la gare de tous personnels ! La SNCF n’est pas à une incohérence commerciale près. Que ce soit la faiblesse de la fréquentation liée à des aménagements inadaptés (cheminement piétons défaillants, arrêts et correspondances mal coordonnés, services et informations absents, confort inexistant [abris, toilettes, etc.], automates défaillants…) ou que ce soit une fréquentation importante, le sort des gares est déjà scellé : c’est la fermeture !

Comment la Région va-t-elle pouvoir lancer sa politique d’intermodalité sans pouvoir s’appuyer sur des points d’ancrage sur l’ensemble du territoire ligérien, sauf à avoir un réseau « morpion » ? La Région manque-t-elle à ce point d’ambition ? Rappelons qu’elle gère officiellement depuis le 1er septembre, les réseaux d’autocars ex-départementaux. Comment peut-elle transmettre, communiquer, faire la publicité de sa politique alors que bien souvent la SNCF s’oppose à mettre de l’information multimodale dans les gares !

Les décideurs ne sont pas non plus à une incohérence près, puisque la gare d’Evron a vu sa fréquentation augmenter de plus de 10% entre 2016 et 2017, que le site a bénéficié d’aménagements urbanistiques (place de la gare) et des travaux d’accessibilité sont programmés, dans un future proche. La fermeture est même annoncée avant même que les solutions alternatives et pérennes soient connues et mises en place. Là aussi en fonction de la « résistance locale » les solutions retenues diffèrent. Et la fuite estivale annonçant la fermeture a été présentée sans concertation, à peine quatre mois (5 avril 2018) après que le Comité de ligne de la Mayenne se soit déroulé dans cette ville.

Les usagers avaient pourtant marqué d’une part leur attachement à cette gare et d’autre part leur inquiétude quant à sa fermeture. Des questions restent néanmoins en suspens et en particulier sur la responsabilité de la Région. Car cette décision est l’application concrète de la nouvelle convention TER (Région-SNCF) favorisant à tout prix la dématérialisation des titres de transport et en réclamant des économies qui se font au dépens des territoires.

La gare d’Evron : un bel écrin mais une coquille vide !

Les usagers attendent autre chose que des mesures gadgets (autocar-électrique). Ils veulent des trains à l’heure, une meilleure offre de transport bien supérieure à ce qu’elle est ; un « vrai » cadencement plus en conformité avec le rythme de travail et d’étude des usagers. Ce n’est pas la nouvelle convention qui améliore les choses puisque les services de proximité disparaissent, ignorant royalement la fracture territoriale et numérique et pénalisant les usagers comme par exemple la suppression de la période bleue.

La FNAUT s’élève donc contre cette décision préjudiciable et contraire aux intérêts des habitants. La Fédération nationale des associations d’usagers des transports dénonce la perte d’un service public de proximité qui rayonnait bien au-delà du pays d’Evron et qui rendait vraiment service aux usagers.


*Fabrice Eymon est Président régional de la Fédération national des associations d’usagers des transports Pays de la Loire.

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