Quelle population en 2040 en Mayenne? – Analyse

Alors que le département de la Mayenne comptait officiellement 317 006 habitants recensés au 1er Janvier 2013, quatre ans plus tard, le voilà qui, péniblement, culmine à 307 940 habitants… Une perte de près de 10 000 habitants révélée par le recensement de 2017. Fort de cette tendance, essayons de nous projeter et de nous interroger. Dans ces conditions, quelle population en 2040 pourrait connaître le département de la Mayenne? Dans 20 ans, la population mayennaise atteindra-t-elle le record de 1861, année où il a été recensé 375 153 habitants? 

La Mayenne sur la pente descendante

Par Thomas H.


Dépasser 375 000 habitants en Mayenne? Ce n’est pas évident car le département de la Mayenne semble sur une pente descendante avec ses 307 940 habitants comptabilisés en 2017. L’INSEE, l’Institut National de la Statistique et des Études Économiques, prévoyait en 2013 une hausse de 40 000 habitants d’ici à 2040. Ce n’est donc pas assez pour dépasser le score historique de la fin du 19 ème siècle.

L’analyse de l’INSEE  indiquait en effet que la population mayennaise pesait moins de 10 % de celle des Pays de la Loire et serait « affectée négativement par les flux migratoires » d’ici à 2040. 

Selon les experts, il s’agit d’un phénomène d’arrivées et de sorties. En 2012, le département comptait 307 453 habitants. Cinq ans plus tard, l’hémorragie est significative puisque 47% des communes ont perdu en population, et la capitale de la Mayenne, Laval, est repassée sous la barre des 50 000 habitants… Selon le N° 1 de l’Éducation Nationale en Mayenne, « la baisse démographique scolaire dans ce département rural date de 2013« . On peut donc, hélas, parler de croissance démographique en dents de scies et modérée.

Modéré, c’est bien le terme qui convient pour caractériser en général l’attrait qu’enregistre la Mayenne. Ce sont les flux migratoires qui seraient en cause disent les analystes. Pour exemple et si l’on regarde dans un passé immédiat, entre 2007 et 2010, pour 4 500 départs vers l’Ille-et-Vilaine, la Mayenne a reçu 3 500 habitants entrants de ce département. Là aussi, il s’agit d’une histoire de déficit. C’est la même chose avec des départements moins attractifs que l’Ille-et-Villaine et Rennes qui attirent par ses commerces et ses activités culturelles. Sur la même période, 3 500 Mayennais se sont installés en Maine-et-Loire, et 2 900 Angevins seulement ont rejoint la Mayenne. Un phénomène de « fuite » en quelque sorte, identique à celui connu dans le domaine de la santé hospitalière.

Problème d’exéat et d’inéat

L’un des éléments du casse-tête, c’est encore, et entre autres, la difficile équation à trouver ce qui pourrait aboutir au maintien des jeunes en Mayenne ; ce territoire que l’on se plaisait, il y a quelques années, selon le mot d’une Préfète se voulant diplomate, à qualifier de département « à taille humaine ».

Les jeunes de 15 à 25 ans sont bien difficiles à sédentariser. La communauté de communes du Pays de Château-Gontier, collectivité territoriale située au sud du département s’y était essayée, grâce à des programmes de l’Union Européenne. L’Europe est souvent décriée, mais les subsides intéressent. L’idée, c’était de profiter de subventions de Bruxelles pour mener des actions ciblées en faveur des jeunes. Est-ce que cela a été suivi d’effets? Difficile à évaluer. 

D’autres collectivités territoriales, il y a plusieurs décennies à l’arrière, ont eu, elles aussi, des actions volontaristes pour favoriser notamment l’implantation de grandes écoles d’ingénieurs en Mayenne permettant des études qualifiantes pour des étudiants originaires de la Mayenne. Ces grandes écoles, qui font peu parler d’elles, sont aujourd’hui bien implantées sur le Campus universitaire à Laval et comptabilisent nettement moins d’étudiants que l’IUT, par exemple.

La démarche avait été menée par les politiques du moment pour essayer d’enrayer « l’exode ». Mais c’était aussi sans compter sur l’effet attractif “exogène”,  l’attirance de jeunes candidats aux études venus de l’extérieur du département. Peu de mayennais, en effet, furent comptabilisés au début parmi les promotions de futurs ingénieurs formés sur place. Les subventions publiques octroyées notamment par le Département de la Mayenne à ces écoles servaient donc à former, en fait, de jeunes adultes « étrangers » au département de la Mayenne qui n’y restaient pas une fois leur études terminées. Il y a quelques années, la Chambre régionale des comptes devait le souligner dans un des ces rapports critiques.

« Élargir ses horizons »

Selon les statisticiens de l’INSEE, les jeunes de 15 à 25 ans sont donc toujours à classer en Mayenne dans la case « déficit ». L’offre étudiante existe et se développe, certes, mais elle semble apparemment toujours insuffisante pour se comporter comme stabilisateur et contrer l’envie – bien légitime finalement – d’aller voir ailleurs et d' »élargir ses horizons« . C’est d’ailleurs un des dossiers récurrents pour les élus politiques, même s’ il a été un peu mis sous le boisseau ces dernières années. La problématique du manque d’attractivité refait en effet surface depuis quelques années ; en fait depuis que le Département s’est rendu compte de la baisse de la population, signal d’alarme.

A l’horizon 2040, constatent donc les analystes de l’INSEE, le nombre de naissances pourrait être plus élevé si les jeunes pouvaient plus facilement, encore, « apprendre et vivre au pays ». Mais ce n’est pas le cas, les analyses de l’Institut Nationale de la Statistique et des Études Économiques et leurs projections sont plutôt teintées de pessimisme. Le milieu rural se vide, les entreprises peinent parfois à trouver de la main-d’œuvre. Les jeunes rêvent d’un après Mayenne. Pourquoi ne parvenons-nous pas à les conserver? 

La population du département a dépassé le seuil symbolique des 300 000 mayennais, soit la population de la Corse, lors du recensement de 2008, avec une augmentation annuelle en Mayenne de 2000 habitants chaque année.

Le recensement de 2017 a fait état de près de 8000 habitants de plus par rapport aux seuil des 300 000. Mais c’est insuffisant selon les experts. S’il y a un flux migratoire de jeunes qui sortent du département de la Mayenne, problème jugé comme majeur, il y a dans le même temps, fort heureusement des nouveaux arrivants.

Mais revers de la médaille, ces « entrants » qui s’installent en Mayenne sont «un peu plus âgés en moyenne que la population déjà présente » ; il s’agit de personnes de plus de 60 ans, nous disent les observateurs attentifs de l’INSEE.

Les « nouveaux entrants » contribueraient à accentuer le vieillissement et accéléreraient donc le nombre de décès. Quant aux jeunes qui sont partis, et qui ne reviendraient pas, ils seraient autant de pertes sèches pour le développement économique.

La Mayenne serait donc, somme toute, ce qu’on appelle un «département vieillissant». C’est difficile à entendre, ce n’est pas très glamour et encore moins valorisant pour un département qui cherche à se montrer attractif.  Mais il ne faut pas se le cacher. Le problème récurent depuis des années du manque de médecins généralistes que la Mayenne peine à attirer est assez symptomatique.

Car ces jeunes qui partent ou qu’on ne parvient pas à retenir, c’est selon, pourraient développer bien évidemment le nombre des naissances, et donc favoriser un renouveau. Quant aux arrivées, essentiellement des « jeunes » retraités qui choisissent de « retourner au pays natal » et qui finissent donc leur vie en Mayenne, même s’ils consomment, sont actifs dans le milieu associatif, et fréquentent régulièrement le chemin de halage, il faudra les comptabiliser par la suite dans la fourchette des plus de 65 ans, inactifs et même parfois veufs. Autant de paramètres qui contribueraient indirectement à amoindrir le dynamisme démographique de la Mayenne à l’horizon 2040.

 

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