Résistant au Glyphosate, le colza OGM Monsanto planté «de façon inopinée»…

Dans le Grand Ouest, cela concerne 2000 hectares. « Des semences génétiquement modifiées [Résistantes au glyphosate, NDLR] ont été détectées, une quantité infime, (estimée à 0,005%) dans trois lots de semences de colza commercialisés en France par la société Dekalb [Bayer a racheté Monsanto qui avait racheté Dekalb en 1998, NDLR] » peut-on lire dans un communiqué de Bayer-Monsanto publié le 6 février 2019. Il précise que le colza planté l’a été sur « 8000 ha» dans l’hexagone. Cela représente «environ 700 agriculteurs » qui ont vu, ou verront, leur colza planté en phase de croissance, détruit dans les parcelles avant que la floraison n’intervienne en mai.

Par Thomas H.


Comment ces semences OGM en provenance d’Argentine, selon un responsable Bayer-Monsanto pour la région Bretagne-Pays-de-Loire, ont pu « de façon inopinée » se retrouver au sein de plusieurs lots de semences Dekalb non génétiquement modifiées ? Mystère. Bayer-Monsanto répond tout de même, officiellement qu’« En l’absence de l’identification précise de la cause du problème à ce jour, nous suspendons la production de semences de colza en Argentine, d’où provenaient les semences en question, et alors que cette zone est normalement indemne de production de semences de colza OGM, afin de se recentrer sur une production européenne. » Sage précaution.

En France où l’on cultive environ un million d’hectares de colza, la culture des semences OGM est interdite. C’est pour cela qu’« immédiatement après avoir été alertées, Dekalb a coopéré avec les autorités et pris les mesures nécessaires pour informer les distributeurs concernés et rappeler les sacs de semences de ces lots, dit le communiqué. Une partie des semences de colza ayant déjà été semée, la Direction Générale de l’Alimentation (DGAL) a requis la destruction de ces surfaces. Notre effort a dès lors porté sur la mise en oeuvre des mesures appropriées de destruction, selon un protocole respectant les demandes des autorités, en lien avec nos interlocuteurs concernés. »

2000 hectares dans le Grand Ouest

Dans l’Orne, ou « plusieurs centaines d’hectares sont concernés » selon un conseiller agricole en production végétale par ce fâcheux concours de circonstance, « la contamination OGM a été de l’ordre de 0,005 % dans les semences non OGM… » Ce que confirme d’ailleurs la multinationale Bayer-Monsanto.

« Ce n’est pas fréquent« . Selon lui : « ça arrive que des semenciers demandent de détruire des lots. Dans l’Orne cela représente plusieurs centaines d’hectares. ». Des doses de semences OGM infimes, mais la Direction générale de l’alimentation a fait tout de même joué le principe de précaution commente un expert.

Les colza « incriminés », capable grâce à son gène implanté de résister au glyphosate, ont donc été détruits en octobre-novembre raconte le conseiller agricole, « bien avant la floraison qui a lieu en principe en mai, donc pas de risque. D’autant que la fertilisation éventuelle à lieu en Juillet».

Sur le terrain, cet agriculteur de l’Orne à la retraite dont nous tairons l’identité à sa demande, déclare au Glob-journal s’être fait, en quelque sorte « piégé dans cette histoire ». Il raconte : « mes huit hectares sont maintenant sans culture ; il n’y aura donc pas de récolte, parce que le colza n’était pas aux normes, en raison de cette présence de graines OGM ! Et de toute façon, il aurait été invendable… »

Un beau champs de colza mayennais – © leglob-journal

L’agriculteur s’interroge aussi sur ce qu’il va bien pouvoir mettre en culture à présent. L’an dernier les huit hectares avaient permis de récolter 90 quintaux de blé. Et sur la parcelle, « il est maintenant interdit de labourer, ce qui pourrait enfouir la semence qui est restée en terre et qui peut se réveiller beaucoup plus tard… » Le «piège »!…

Le prestataire qui travaille pour le compte de cet agriculteur retraité lui a parlé d’indemnisation, d’autant que la mise en jachère devrait durer selon lui un couple d’années.

L’agriculture à la retraite avance le chiffre de « 2000 euros l’hectare, au moins ! Mais j’espère qu’on obtiendra plus !… » ajoute-t-il.

De ce point de vue, la Coordination rurale parle « d’ une indemnité forfaitaire non négociable de 2 000 euros/ha, qui ne couvre pas dans certains cas l’intégralité du préjudice déjà connu ». Le protocole d’accord en vue de l’indemnisation l’organisation syndicale a pu le lire.

Sur son site, la Coordination rurale s’est étonnée aussi « du délai considérable intervenu entre la découverte de cette pollution, officiellement le 28 octobre dernier, et l’absence d’informations que la DGAL (Direction générale de l’alimentation) aurait dû fournir aux agriculteurs ». Au téléphone, un adhérent Confédération paysanne n’hésite pas à parler d’ « omerta ».

«Compréhension et compensations»

Par ailleurs, pour le syndicat agricole, le protocole d’indemnisation «transactionnel tripartite impliquant également le distributeur de semence et proposé par Monsanto aux producteurs  réserve des surprises ». La Coordination rurale met en avant plusieurs points. « Il n’existe dans [le protocole] aucune information sur ce qui oblige les agriculteurs à détruire leur colza, à savoir que celui-ci contient des OGM. »

La Coordination rurale avance aussi que « la signature de ce protocole dégage Monsanto de toute responsabilité ». Selon Jean Jaquez, qui est chargé du suivi Céréales et grandes cultures, « cette clause empêche les agriculteurs de déposer tout recours contre Bayer-Monsanto en cas de dissémination aérienne en provenance de sa parcelle vers une autre appartenant à un agriculteur qui pourrait, se sentant lésé, se retourner contre le premier. Les agriculteurs doivent avoir cette situation à l’esprit » insiste-t-il.

« Quant à la Direction générale de l’alimentation (DGAL) [elle] n’y est citée que comme susceptible d’exercer un contrôle sur les parcelles. » Enfin, la coordination rurale « s’étonne aussi que cette même DGAL, service de l’État compétent et responsable de ce sujet, mandate Bayer-Monsanto et ses distributeurs auprès des agriculteurs pour gérer la destruction de ces futures récoltes ».

De son coté, Bayer-Monsanto se déclare conscient du problème généré, et
« comprend les difficultés engendrées pour les agriculteurs concernés et souhait[e] travailler avec l’ensemble des acteurs de la filière afin d’accompagner dans la durée les agriculteurs, tant via des mesures compensatoires que pour le retour à la normale des parcelles concernées. »
Comprendre, souhaiter, travailler, compenser, réparer mais aussi : prévenir.

1 thought on “Résistant au Glyphosate, le colza OGM Monsanto planté «de façon inopinée»…”

  1. Excellent article.
    Il nous interroge sur la place des grands semenciers dans notre agriculture et du pouvoir inexistants de nos agricultures.
    Il est temps qu’une prise de conscience des agriculteurs se fasse pour pouvoir reprendre le contrôle de leurs semences.
    Ce grand syndicat agricole qui donne des leçons aux consommateurs pour acheter de la viande française suite au 150 kg de viande d’animaux malades venant de Roumanie : qu’il commence par voir ce qu’il se passe dans les coopératives.

    Un citoyen.

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