« C’est l’action des protecteurs de l’environnement qui est mise en cause… »

Intimidation. Vengeance? Roger Godefroy qui a porté plainte, pense au monde agricole. Celui qui a milité pendant 10 ans avec FE-53, la Fédération de l’Environnement en Mayenne, a été l’objet d’un dépôt – non signé – pour l’empêcher de sortir et d’entrer chez lui. Plusieurs tonnes de vieux pneus ont été déversés devant le portail de sa maison à Arquenay. Un acte non revendiqué. Une réponse à son action de défenseur de la nature. Une « intimidation classique d’un milieu qui ne reconnaît que la loi du plus fort » écrit Europe Écologie Les Verts dans un communiqué. « Qu’est-ce que cela veut dire?  » s’interroge au delà de l’agression dont il est victime l’ancien co-président de le FE-53.

Grand Entretien avec Roger Godefroy


Leglob-journal : Qui est visé, selon vous, à travers cet acte ?

Roger Godefroy : A travers cette agression, c’est la Fédération de l’Environnement (FE) qui est bien sûr visée et aussi toutes les associations qui militent pour la protection de l’environnement. C’est un acte courageux, bien évidemment : il est anonyme !

C’est un véritable commando qui s’est mis en place pour déverser en face de mon portail au moins sept-huit, peut-être dix tonnes de pneus usagers d’origine agricole. C’est fait en bordure de route et cela crée un trouble à la circulation et on ne peut pas rester très longtemps dans cette situation. J’ai alerté un certain nombre d’autorités.

J’ai énormément de soutien du monde associatif, économique et même agricole, je dois dire… Un monde qui ne comprend pas qu’on puisse encore utiliser ces méthodes qui à travers cette façon de faire discrédite le monde agricole qui n’en a pas besoin.

Leglob-journal : vous pointez du doigt le monde agricole, mais est-ce qu’on est sûr de ça ?

Bien sûr l’enquête de police le déterminera puisque deux plaintes contre X ont été déposées hier auprès du procureur de la République : plainte que j’ai déposé étant l’agressé ; la Fédération nationale et régionale de l’environnement a également déposé plainte hier auprès du procureur de Laval. Donc bien évidemment, je soupçonne tout le monde et personne… Je n’ai aucune preuve, si ce n’est que ce sont des pneus à usage agricole, très anciens, usagers, sales, difficilement recyclable, évidemment. [Des traces de grosses remorques agricoles ont été relevées par les enquêteurs.]

Les pneus bennés devant le portail ont ensuite dû être poussés sur le coté – © leglob-journal

Leglob-journal : En remontant et en cherchant dans vos dix ans de militantisme en faveur de la protection de l’environnement en Mayenne et depuis la porcherie d’Arquenay, qu’est-ce qui a pu, selon vous faire en sorte qu’on vous en veuille, vous avez une idée ?

C’est un faisceau de présomptions possibles. A travers tous les dossiers que j’ai pu suivre à la Fédération de l’Environnement… Et ce n’est pas remettre en cause un modèle, car chacun bien évidemment a le droit de produire comme il veut. C’est ça la liberté et encore aujourd’hui. Vous savez, je n’ai jamais fait d’agri-bashing… Arquenay, la porcherie-maternité cela fait dix ans ! Bon, je sais que les rancunes sont tenaces, mais je n’ai pas de rapports conflictuels avec les agriculteurs qui sont proches de chez moi, en tous cas je ne le pense pas…

Bien sûr les enquêteurs vont s’orienter vers les dossiers que j’ai pu suivre plus récemment. J’ai accompagné l’association locale de l’Huisserie dans le cadre de l’implantation d’un méthaniseur ; j’ai déposé à l’enquête publique en mairie comme chacun pouvait le faire, mais moi j’ai signé de mon nom, j’ai signé ce que j’écrivais ; je ne l’ai pas fait anonymement… Je l’ai fait pour défendre les riverains qui étaient manifestement sous le choc de ce qui allait leur arriver, et je l’ai fait humainement pour les aider.

Leglob-journal : Vous nous aviez déclaré récemment que vous aviez pris du recul avec FE- 53 parce que vous aviez le sentiment qu’on vous en voulait et que vous subissiez des pressions ?

Oui, [On sent Roger Godefroy gêné, NDLR]… mais pas à proprement parlé de grosses pressions personnelles… C’est d’ailleurs la question que me pose les enquêteurs ; je n’ai jamais reçu de menaces par exemple, jamais d’échanges directes avec des porteurs de projets quels qu’ils soient sur une différence d’appréciation… Jamais… jamais depuis dix ans!

Toutes mes implications et mes actions se sont faites à travers d’enquêtes publiques et en accompagnement d’associations et aussi à travers des communications presse avec toujours les associations locales. Donc, je n’ai pas de liens directs. Encore une fois, à travers cette agression, c’est un symbole : je suis peut-être une figure représentative de ces associations de défense de l’environnement. C’est l’action des protecteurs de l’environnement qui est mise en cause. Et là, c’est diriger contre des personnes, d’abord.

« Il faut fleurir la connerie »… d’où les jonquilles © leglob-journal

Leglob-journal : Vous avez eu des pressions politiques ou économiques ?

Non, je n’ai pas eu de pressions politiques ou de pressions économiques. Je ne connais personne de la FDSEA, je ne connais personne de la Chambre de Commerce et d’Industrie, je ne connais personne de la Chambre d’agriculture… Si vous voulez, je n’ai rencontré aucun corps intermédiaire sur les actions que j’ai menées depuis dix ans. Alors pourquoi, aujourd’hui et pour quelle raison ?

C’est très vaste… Lactalis… Bien sûr, c’est un dossier sensible… J’ai rencontré à l’époque des gens de Lactalis qui m’ont demandé d’aller m’expliquer… Séché, oui, j’ai aussi travaillé sur ce dossier… mais je ne peux pas dire que j’ai eu des pressions, cela ne se passe comme ça…

Leglob-journal : C’est beaucoup plus diffus, n’est-ce pas ?…

Oui, c’est beaucoup plus diffus… Mais c’est pour cela qu’on m’atteint directement. Moralement mon épouse et moi, nous sommes atteints parce que c’est un acte tellement courageux qu’on se demande s’ils ne vont pas le répéter et autrement ! Et puis maintenant, il faut enlever toutes ces carcasses de pneus. C’était aussi le choix de ceux qui l’on fait de créer un vrai problème, parce que des pneus usagers, il n’y a pas beaucoup d’acquéreurs sur le marché pour les enlever et les traiter. Donc, j’ai besoin de la Communauté de Communes par exemple, d’industriels qui veulent bien les prendre. C’est un peu compliqué et c’était le but recherché. Mais ça, c’est une question matérielle…

Nous sommes beaucoup plus préoccupés par l’agression en elle-même et ce qu’elle veut dire, ses causes et ses conséquences et ce qui se cache derrière. Nous ne sommes pas les seuls. Ça commence comme ça, aujourd’hui, et on ne sait pas où cela peut s’arrêter.

Entretien Thomas H.


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