Santé mentale : «ces maladies qui font peur » – Par Jean-Bernard Briere

Par Jean-Bernard Briere*


Mal comprises, santé mentale et maladies psychiques sont aussi méconnues dans notre société. Ce sont des maladies qui font peur dès que l’on parle de schizophrénie, de psychose, de «troubles bipolaires» et d’autres troubles du comportement.

Pourtant, celles-ci sont classées au 3ème rang des maladies les plus fréquentes, après les cancers et les maladies cardiovasculaires. Plus de deux millions de personnes souffrent de troubles psychiques sévères, trois millions de personnes les accompagnent (ce sont les « aidants ») et 30 % des malades vivent dans la rue ou sont en précarité.

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Dans les années à venir, selon L’Organisation mondiale de la Santé, une personne sur quatre souffrira au cours de sa vie de troubles psychiques, qui comptent parmi les principales causes de morbidité et de mortalité. Plus de 8 % des salariés, soit trois millions de personnes, sont victimes au cours de leur carrière professionnelle d’un problème de santé mentale (« burnout», troubles de l’anxiété, dépression…). Il s’agit de la première cause d’invalidité et la deuxième cause d’arrêt de travail dans notre pays. La Mayenne n’échappe pas à ce constat : plus de 9826 personnes prises en charge par un établissement de psychiatrie, dont 1580 personnes dans un établissement de psychiatrie à temps complet (sources de l’Observatoire Régional de la Santé des Pays de la Loire).

Mais le plus inquiétant, c’est l’augmentation du nombre d’enfants atteints de troubles du comportement (taux en constante progression) et l’apparition des cas de schizophrénie déclarée dès l’âge de 13 / 14 ans. A quoi cela est il dû : dépistage plus précoce, contexte social, environnemental, perturbateurs endocriniens … ?

Il faut éviter absolument d’en arriver là…

À l’échelle mondiale, environ 20% des enfants et des adolescents sont concernés par ces perturbations psychiques et psychologiques. Dans la moitié des cas, ces troubles se déclarent avant l’âge de 14 ans. En France, un enfant sur huit présenterait des troubles psychiques. L’UNAFAM (Union Nationale des Familles et Amis de personnes malades et/ou handicapées psychiques) a mis en place un dispositif spécifique permettant d’accueillir les parents en leur apportant information, aide et soutien. En effet, les familles sont souvent démunies face à ces situations et elles ne comprennent pas ce qui leur arrive. La plupart du temps, la personne malade est dans le déni et cela ne favorise pas une prise en charge rapide. L’hospitalisation sous contrainte est alors obligatoire et cela entraîne encore plus de souffrances des deux côtés, source de fréquentes tensions au sein des familles, qui ont du mal à communiquer avec le personnel soignant.

Par son expérience, l’UNAFAM joue son rôle dans la «pair-aidance» auprès des familles. Elle est là pour rassurer, orienter, aider à comprendre la maladie par des formations et des actions qui contribuent à la de-stigmatiser [Psyclyclette : « Tour de France » de 2000 km contre les idées reçues ; SISM : Semaines d’information sur la santé mentale].

Ces maladies font peur au grand public, mal informé par les médias et les politiques qui ne parlent de la schizophrénie, ou des troubles bipolaires qu’avec des termes inadaptés ou à tout propos. A-t-on pour habitude, par exemple, de préciser au sujet du conducteur responsable d’un accident de la route qu’il pouvait être atteint d’un cancer du colon ?!

La psychiatrie et la pédopsychiatrie françaises sont en souffrance : dans la Région des Pays de la Loire, la densité de médecins spécialistes en psychiatrie est de 17 pour 100 000 habitants (pour une moyenne nationale de 23 pour 100 000) mais, depuis 2012, cela tend légèrement à se réduire. En Mayenne, cette densité est de 11,4 pour 100 000 habitants ; c’est nettement inférieur à la situation nationale [Source DRESS : Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques, NDLR], malgré une progression de 1,2 % entre 2012- 2017.

Aussi de gros chantiers nous attendent dans les domaines de la connaissance des maladies psychiques et de leur prévention, mais aussi dans l’amélioration des soins, sans oublier l’important travail d’information et de communication en direction des familles et du grand public.


*Jean-Bernard Briere est président de la Délégation en Mayenne de l’UNAFAM (Union Nationale des Familles et Amis de personnes Malades et /ou handicapées psychiques)


Photo de Une : dessin réalisé par un patient en séance d’Art-Thérapie

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