Un bien petit groupe pour un enjeu majeur – Par Marrie de Laval

300 personnes rassemblées à Laval pour dire « ça suffit ». Face à des actions inacceptables (dégradation de tombes et de mémorial, de devanture de magasin, de figures nationales) et des propos (injures antisémites) tombant sous le coup de sanctions pénales il est, sans aucun doute possible, nécessaire de manifester son indignation. Pour autant, s’il est souhaitable que la société civile dite « silencieuse » exprime sa réprobation, une telle démonstration ne suffit pas, même s’il est facile de s’en contenter, selon les principes de la « com’ », qui consiste à montrer et à répondre quand il est souvent trop tard. Choses vues et entendues à Laval.

Radioscopie d’un rassemblement

Par Marrie de Laval


Politiquement, par le succès et l’ampleur de cette démonstration, chaque camp pourra dorénavant compter ses partisans et ses soutiens. Et la tendance en Mayenne n’est pas flatteuse. Car 300 personnes, estimées, sur le parvis de la mairie de Laval, à l’appel des partis de gauche et d’associations, c’est si peu au regard de l’importance du sujet et malheureusement symptomatique de notre époque où plus rien n’a vraiment d’importance, collectivement, sauf lorsque l’on est directement concerné.

Mais existe-t-il une distinction à opérer entre les Hommes pour leur offrir notre soutien quand leur nature même est source de ségrégation ? NON ! Le pasteur Martin Niemöller, en 1942, alors qu’il était interné à Dachau, un des camps de concentration nazi, l’a très bien exprimé :

« Quand les nazis sont venus chercher les communistes, je n’ai rien dit, car je n’étais pas communiste.
Quand ils sont venus chercher les sociaux-démocrates, je n’ai rien dit, car je n’étais pas social-démocrate.
Quand ils sont venus chercher les syndicalistes, je n’ai rien dit, car je n’étais pas syndicaliste.
Quand ils sont venus chercher les Juifs, je n’ai rien dit, car je n’étais pas juif. Et quand ils sont venus me chercher, il n’y avait plus personne pour protester. »

Éduquer et mobiliser

Visiblement, seuls les plus anciens s’inquiètent. Il faut admettre que les plus jeunes, sauf à être sensibilisés par l’histoire de leurs familles, ne prennent pas forcément bien conscience de l’air du temps. C’est trop « vieux », puisque cela figure dans les livres d’Histoire ! C’est donc du passé, n’en parlons plus, vivons l’instant. C’était aussi le cas à Laval.

L’ E-DU-CA-TION, voilà par où pêche la mobilisation de toutes les générations. Et pourtant, la prise de conscience existe, comme avec cette adolescente entraînant à Laval, dans les 300, une plus petite, lui expliquant ce qu’est l’antisémitisme et jusqu’à quel point la haine élevée en doctrine peut provoquer des atrocités. « Il ne faut pas oublier ce qui s’est passé, lui disait-elle, de peur que cela revienne, sous une forme ou sous une autre, avec d’autres justifications ».

Un peu avant le début des discours, devant la mairie de Laval – © leglob-journal

Et pourtant, la transmission des savoirs est si simple par le biais de nos aînés, si prompts et ravis de raconter ! Telle cette retraitée qui n’hésite pas à me confier que fille de rabbin, elle et sa famille fréquentent plus assidûment les cimetières pour vérifier que les défunts de la famille reposent encore en paix dans différents lieux consacrés en France. Elle s’étonne même d’avoir été récemment traitée d « italienne », preuve que pour elle, il est « banal, ordinaire, habituel » d’être injuriée comme « juive » mais pas comme cisalpine. Elle a malheureusement et véritablement intégré l’injure confessionnelle et ne comprend pas, en conséquence, la référence nationaliste.

Pour autant, ne nous illusionnons pas…

Le noyau haineux, quelle que soit l’époque, demeure. Seule son expression décomplexée et revendicative enfle ou reflue par la libération de la parole assumée ou non des seuls sympathisants. Et de la parole aux actes…

Or, depuis quarante ans comme les conditions économiques se dégradent, on assiste à une progression des votes d’extrême droite. Après avoir été un vote protestataire, chiffon rouge agité pour effrayer les élus, ce vote devient un choix délibéré « parce qu’on a tout essayé ». Il y a un effet boomerang face à des choix politiques et économiques dévastateurs en termes de cohésion sociale.

Mais le plus remarquable est venu de la reprise de La  Marseillaise par l’assistance avant de se disperser. Que des gens « de gauche » se réapproprient l’hymne national casse les codes. Depuis les trois guerres franco-allemande (1870, 14-18, 39-45), les mouvements dits « progressistes » entonnaient plus L’internationale  que l’air de Rouget de l’Isle, capté par les partis conservateurs. Pourtant, se sont les révolutionnaires de 1789, ces gens du peuple, qui, au nom de l’Égalité et de la Fraternité menacées par les monarchies d’Europe, avaient inventé la notion de souveraineté nationale.

Reste à savoir au nom de quoi, ils vont rattacher ce chant par ailleurs si controversé par le contenu de ses propos, dans ces mêmes rangs et courants de gauche. La République est en danger, agissons chaque jour, pour que ses valeurs puissent continuer à perdurer…

4 thoughts on “Un bien petit groupe pour un enjeu majeur – Par Marrie de Laval”

  1. Après avoir été qualifiés de « beaufs, de fumeurs de clopes qui roulent au diesel »,… une petite musique se répand maintenant dans les médias dominants selon laquelle l’antisémitisme serait au cœur des Gilets jaunes !

    D’abord selon le Ministère de l’intérieur, les actes antisémites en France sont en diminution de 8.5% depuis 18 ans et c’est tant mieux. Si l’explosion des actes antisémites en 2018 font les gros titres de la presse, il convient aussi d’analyser ces actes sur une période plus longue, tant ils fluctuent d’une année à l’autre. Il faut ainsi lutter impérativement contre ce terrible phénomène, sans pour autant tomber dans d’autres travers en balançant en pâture des chiffres sortis de leur contexte, ce qui est extrêmement discutable, voire contre-productif.

    Ensuite, sans être taxé d’antisémitisme, est-il permis de critiquer le choix des élites, de critiquer l’oligarchie financière ? Peut-il y avoir une critique farouche de ce qui est en train aujourd’hui de se manifester, qui est un creusement entre certaines élites favorisées qui défendent leurs intérêts de classe et une population qui se paupérise, qui a peur du déclassement ? C’est bien cette question qui se pose à nous dans la mesure où on a vu des intellectuels, des personnalités médiatiques expliquer que « non », on ne pouvait pas critiquer l’oligarchie sans réveiller l’antisémitisme, que les deux étaient liés !
    Le problème vient du fait qu’on a laissé le sentiment de l’injustice se développer comme une fatalité, comme une conséquence inéluctable de la mondialisation.

    Des propos et actes isolés détestables et sur-médiatisés ont peu se produire à l’issue des manifestations des Gilets Jaunes. Par contre affirmer que l’antisémitisme est le cœur des Gilets jaunes est nauséabond et relève de l’escroquerie intellectuelle. Et pour une bonne partie de la classe politique et médiatique qui joue les vierges effarouchées, le stigmate antisémite devient un moyen commode de renvoyer les gens qu’on n’aime pas comme les Gilets jaunes aujourd’hui dans le camp des beaufs racistes et pendant ce temps là on ne parle pas de dégradation du niveau de vie …

    Récemment, à l’initiative du Parti Socialiste, les partis politiques sauf le Rassemblement National ont appelés à manifester. Mais ce sont ces mêmes partis politiques, droite et gauche confondus, qui ont laissés depuis 40 ans se développer les territoires perdus de la République où prospère le communautarisme, terreau d’un nouvel antisémitisme qu’on ne veut pas voir, parce que issu de milieux proches de l’islamisme. Ce genre d’initiative ne sert qu’à se donner bonne conscience et ne changera rien.

    C’est en éduquant et en apportant des réponses politiques et économiques aux colères légitimes des populations qui souffrent de l’austérité qu’on empêchera que des fantasmes s’installent. C’est aussi en prouvant à ces populations que « non », on ne laissera pas l’oligarchie les écraser et qu’on ne laissera pas non plus les territoires perdus de la République se développer.
    Libre à chacun d’avoir son opinion sur le mouvement des Gilets jaunes, mais de grâce, cessons de les mêler à des vieux fantasmes dans lesquels ils n’ont rien à voir.

    Tableau de l’évolution des actes antisémites depuis 2000 : https://www.les-crises.fr/wp-content/uploads/2019/02/actes-antisemites-2018.jpg
    Extrait d’une tribune du Monde : https://www.les-crises.fr/wp-content/uploads/2019/02/macron-60.jpg

  2. L’hymne national appartient à la Nation dans toutes ses composantes et c’est bien volontiers que je l’ai chanté mardi soir lors du rassemblement pour dire non au racisme et à l’antisémitisme.
    La Marseillaise dont le texte est le tissu d’une histoire. C’est le chant de ralliement des volontaires de l’an II contre l’invasion des puissances étrangères qui voulaient casser la révolution Française et les idées d’émancipation qu’elle portait.
    Et puis, souvenons nous, le mercredi 22 octobre 1941, c’est jour de marché à Châteaubriant, les otages, partis du camp de Choisel en camions, chantent la Marseillaise pendant tout le trajet. C’est cela qui fera connaître le crime nazi dans la population. Les 27 otages avaient été désignés aux occupant allemands par le ministre de l’intérieur de Pétain, Pierre Pucheu qui les avaient choisis pour leurs engagements dans les lutes du front populaire.
    Ainsi la Marseillaise n’appartient elle pas plus à une famille politique qu’à une autre. Elle est l’hymne de la Nation. Pendant bien longtemps, au delà des frontières de notre pays, il a été repris par des combattants de la liberté qui inscrivaient leurs combats dans la lignée émancipatrice des Lumières.
    Alors E-DU-CA-TION oui, mille fois oui. Ce qui comprend l’étude et l’histoire.

    1. L’appel à manifester le 19 février a été relayé par un exceptionnel battage médiatique, dont les gilets jaunes étaient ostensiblement la cible collatérale. Les principaux ministres du gouvernement, CASTANER en tête, se sont investis sur un ton sonnant l’injonction à entrer dans l’union sacrée. Ils étaient présents en avant du cortège parisien.
      A y regarder de près, considérant la force médiatique de cette dramatisation généralisée, le succès populaire des différentes manifs a été de modeste à faible selon les villes et décevant parfois, comme à Laval. J’affirme qu’il ne s’agit pas d’un désintéressement populaire envers la cause qui était mise en avant. Les personnes absentes, ces nombreux militants auxquels je m’associe, ne sont ni endormis ni annihilés, mais ils refusent d’être manipulés dans l’instrumentalisation d’un sujet aussi grave que l’antisémitisme.
      Ce qui a fait problème, c’est principalement l’ambiguïté de l’initiative marquée par le surinvestissement opportuniste et politicien du gouvernement, obsédé par le souci d’amalgamer les GJ à des racistes. Cela a semé le doute et provoqué un réflexe de méfiance. Or, je pense que le fameux « peuple de gauche » est assez cultivé et politisé, ce qui lui permet souvent en dépit des pressions médiatiques qu’il subit d’apprécier la grosseur des ficelles surtout quand elles ont l’épaisseur d’un cordage marin.

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