«Vivre parmi les pollutions électromagnétiques» – Par Luc Leroy

Luc Leroy est géobiologue dans le Sud de l’Ille-et-Villaine à Redon. Géobiologue, c’est un métier qui n’est pas répertorié officiellement en France. Pourtant, on fait de plus en plus appel à lui. Notamment dans le monde agricole. Électrosensibilité des hommes et des animaux, perturbations électromagnétiques, courants de fuite, passages d’eau, failles géologiques, onde de forme éolienne, rien n’échappe à celui qui est chargé de faire l’étude des lieux et de traiter les répercussions au quotidien de ces phénomènes de pollution sur le vivant. Luc Leroy était à Craon en Mayenne, le mardi 13 Novembre 2018, pour une conférence devant plusieurs centaines de personnes à l’initiative de la MSA de la Mayenne. Leglob-journal l’a rencontré.

Entretien avec Luc Leroy


Leglob-journal : Géobiologue, il semblerait en fait que ce soit un vieux métier ?

Luc Leroy : Oui, on s’est toujours intéressé aux perturbations qui peuvent gêner l’humain ou l’animal. Ce sont des perturbations électromagnétiques, des courants de fuite, des passages d’eau, des failles géologiques, tout ça nos ancêtres savaient plus ou moins ; ils les ressentaient et positionnaient les maisons et les bâtiments pas n’importe comment ; ils avaient ce que j’appelle un ressenti qui leur permettaient de travailler ça.

Leglob-journal : Mais vous, Luc Leroy, vous ne travaillez pas au jugé ?

Alors, si les deux. Moi, je ne dis pas « au jugé », je dis au ressenti. C’est-à-dire que notre corps à la capacité de perception de certaines choses, comme le faisaient les sourciers ; sauf que, comme on a perdu cette capacité – on la tous hein, mais faut la travailler : c’est comme faire du vélo – après en tant que géobiologue qui travaille, par exemple, beaucoup notamment en élevage nous avons des outils de mesures de « courant de fuites », de qualité de prise de terre, etc.

Leglob-journal : Vous travaillez essentiellement sur les élevages mais pas uniquement… Quand il y a un pylône, avec des lignes à haute tension, vous pouvez intervenir en tant que géobiologue ?

On va pouvoir en effet faire des mesures, mais malheureusement il y a des moments où on a pas la possibilité de résoudre le problème, alors on règle les petits soucis qu’il y a sur la ferme ou la maison pour que cela se passe au mieux. Mais, il faut chercher ; il y a des fois c’est très simple et d’autres, où c’est beaucoup plus compliqué. En élevage laitier par exemple, les gens ont des problèmes de production et de qualité du lait. C’est un indicateur.

Leglob-journal : Et pourtant la majorité des industriels disent que tout ce qui est ondes électromagnétiques, cela n’influent pas sur l’humaine et l’animal, alors ce n’est pas vrai selon vous ?

Les éleveurs peuvent témoigner du résultat des ondes électromagnétiques sur le troupeau. Nous , on va pas mesurer notre taux de fécondité, ou de mortalité ; on ne produit pas de lait, ni de viande…alors qu’en élevage on mesure tout ça. On sait très bien qu’il y a du cannibalisme, ou des problèmes de cellules et de qualité du lait, donc on peut dire effectivement depuis qu’on a mis un robot de traite ou bien depuis qu’il y a l’antenne de téléphonie pas très loin, voilà on me dit  :  » j’ai des problèmes de ceci ou de cela… »

Sur une carte IGN faisant apparaître une faille géologique, « on voit que l’éolienne mal placée entre en résonance créant une onde de forme » – © leglob-journal

Leglob-journal : Maintenant avec votre expérience, – au départ c’était de l’empirisme -, vous constatez des influences négatives de la part de ces antennes ou pylônes ?

Pour moi ce qui est important ce n’est pas l’antenne de téléphonie qui est à remettre en cause, ce n’est pas l’éolienne, ou bien le transformateur EDF, tout cela nous en avons besoin…Moi je remercie EDF, et la téléphonie pour les progrès réalisés…Par contre, il ne faut pas mettre tout ça n’importe où… Si on met une antenne de téléphonie sur un passage d’eau ou bien sur une faille géologique, là il va y avoir une résonance qui va se faire avec le sol qui va entrer également en résonance avec l’exploitation qui peut être à un kilomètre.

Leglob-journal : Vous parlez de rivière souterraine conductrices des ondes électromagnétiques, mais est-ce que cela peut être les châteaux d’eau qui deviennent conducteurs?

Les châteaux d’eau, c’est un peu différent. C’est vrai que si des antennes de téléphonie sont installées dessus l’édifice, on peut avoir une eau qui va se perturber. L’eau, il faut le savoir, c’est un condensateur ; l’eau, elle bouge, elle est vivante, donc les molécules d’eau vont se transformer, et elles ne vont plus forcément être très correctes. Les antennes sur les châteaux d’eau, ce n’est pas l’idéal… C’est comme le micro-ondes dans votre cuisine. L’eau, une fois chauffée au micro-ondes, elle perd de ses qualités.

Leglob-journal : Quels sont les problèmes que vous rencontrez le plus souvent ?

La plupart du temps quand les gens nous appellent, c’est parce qu’ils ne dorment pas bien dans leur maison, ou bien que l’élevage a un souci. C’est un souci plutôt en interne. Ils ont un radio-réveil et il laisse la wifi la nuit, le compteur Linky, mais en fait ils ne se rendent pas compte qu’ils sont électrosensibles… Donc, dans ce cas là, la wifi cela peut se couper, on peut se passer de sn radio-réveil …

Ils ne se rendent pas compte aussi qu’ils ont des fuites de courant qui vont s’évacuer par la prise de terre dans le sous-sol par exemple. Donc, vous voyez, on commence par traiter tout ce qui est interne au lieu où les problèmes sont ressentis. Et le plus gros, il est interne au lieu , c’est souvent une faille géologique ou un passage d’eau qui seront sous la maison. Après, dans un deuxième temps, on va allez voir plus loin. Le réseau de distribution d’électricité par exemple, puis après la téléphonie et puis il peut y avoir autre chose.

Leglob-journal : Vous conseillez donc de couper par exemple la wifi ?

Oui la nuit, c’est important. D’abord parce qu’elle ne sert pas à grand chose et qu’on ne s’en sert pas. C’est une onde électromagnétique qui va vibrer à une fréquence importante ; il y a des gens pour lesquels cela ne va pas faire grand chose, mais sur un long terme, il y a des personnes qui deviennent électrosensibles, des gens qui vont avoir un sommeil agité, qui vont faire des cauchemars et puis qui vont peut être développer une immunité-déficience ou une pathologie. Si quelqu’un est déjà fragile et bien cela ne va l’aider à se ressourcer.

Leglob-journal : Vous n’êtes pas médecin, mais malgré tout, quels sont les maladies les plus courantes liées aux ondes électromagnétiques ?

La difficulté aujourd’hui, c’est qu’on ne peut pas dire : telle onde va jouer sur telle maladie. C’est clair, c’est impossible. Par contre sur quelqu’un qui est déjà un peu nerveux de nature, vous lui mettez une wifi dans le bureau qui est juste derrière, il ne va pas dormir, il va être agité toute la nuit. Et puis après un enfant qui dort pas, il va développer une pathologie. Ou un mal-être.

Leglob-journal : La ligne à Très Haute Tension (THT) qui passent en Mayenne et dans d’autres départements, cela a des impacts selon vous sur le vivant ?

La THT, j’ai pas mal travaillé dessus avec des collègues. Effectivement, et c’est toujours pareil, ce n’est pas la ligne elle-même qui est à remettre en cause, c’est la distance vis-à-vis des lieux, et c’est surtout son implantation par rapport au sous-sol. Avec les lignes à haute tension, on a un champ électromagnétique puissant, mais aujourd’hui, il y a des distance de respectées, mais ce qui n’est pas du tout pris en compte, et c’est là où on le regrette fortement en tant que géobiologues, c’est que nous allons avoir des pylônes qui vont être implantés sur des passages d’eau ou des failles géologiques. Et là il y a une résonance qui va pouvoir aller très loin.

Leglob-journal : Comment se fait la résonance par le passage d’eau ?

La difficulté que nous allons avoir dans ce cas de figure, c’est qu’il s’agit bien d’un travail de ressenti ; aujourd’hui nous n’avons pas les outils de mesure pour évaluer cette résonance. C’est juste le ressenti et les animaux qui vont nous montrer que dans tel endroit, ils ne veulent pas y aller parce qu’ils rencontrent un problème d’électrosensibilté. C’est ce que faisait les sourciers avec les baguettes ; c’est un travail, de ressenti.  Pour vous expliquez simplement, on pourrait dire que c’est une onde ; l’eau est un transporteur qui va acheminer cette onde. Cette vibration, nous l’appellons plutôt ça un « champ informationnel » qui va circuler sur ce passage.

Leglob-journal : Il faut être vigilant actuellement, à votre avis, avec tout ce qui nous entoure?

Le souci principal, c’est que nous n’avons pas assez de recul. La wifi, ce n’est pas vieux ;  la téléphonie, cela a vingt à trente ans ; l’amiante, pour prendre cet exemple, il a fallu 80 ans pour dire « Stop ! ». Et aujourd’hui, on est bien embêté par les retombées et là c’est la même chose.

Après, il ne faut pas non plus en avoir peur mais on peut facilement, au lieu de téléphoner en posant son téléphone sur sa tempe, utiliser des oreillettes – ce n’est pas par hasard si elles sont livrer avec le téléphone quand vous l’acheter – déjà on en prends moins dans le crâne. Il y a des scientifiques, comme le professeur Belpomme, par exemple qui a fait de grosses recherches dans le domaine, et là dessus c’est clair et net on sait les incidences que cela a sur le cerveau. Donc il suffit de prendre l’habitude des oreillettes pour téléphoner.

La plus grosse difficulté chez l’humain c’est de changer les habitudes. Arrêter la wifi la nuit, aujourd’hui toutes les boxes sont programmables la nuit, c’est-à-dire qu’on peut les arrêter le soir automatiquement. Et cela devient facile, car il n’y a plus rien à faire.

Leglob-journal : vous voulez simplement alerter ?

Oui, je suis optimiste, vous savez… Nous n’allons pas aller contre la modernité, par contre il faut être vigilant. L’onde wifi est mesurable par exemple, en revanche il y a encore beaucoup de chose qui ne sont pas encore techniquement mesurable aujourd’hui. Donc notamment l’Administration, etc. va nous dire que « ce n’est pas mesurable, donc il n’y a rien ! » Alors que c’est faux. Il y a des choses qui existe réellement.

Leglob-journal : Justement, il y a les industriels, les politiques, l’Administration… Qu’est-ce que vous leur dites à toutes ces personnes qui semblent freiner des quatre pieds, vis-à-vis de ceux qui disent souffrir de ces phénomènes ?

Votre question me permet de remercier vraiment la MSA, parce que cela fait des années qu’ils commencent à avancer sur le sujet, c’est leur rôle. Il y a des élus qui avancent aussi avec le temps. Il faut que cela mature. Et puis, il y a aussi les éleveurs qu’il faut remercier. Tous ceux qui ont eu des soucis parce que c’est eux qui peuvent témoigner des phénomènes qu’ils rencontrent sur le terrain. Même si on explique pas tout scientifiquement, il faut accepter que l’on ne comprenne pas tout et il faut chercher dans ce domaine là.

Leglob-journal : Est-ce que cela veut dire que les administrations et les politiques jouent un rôle de lobby vis-à-vis des industriels, sans le savoir ?

(Sourires) – Je vais vous dire que ce n’est pas mon rôle d’expliquer cela. C’est sûr qu’il y a derrière tout cela des enjeux de lobby, de finance, notamment dans l’éolien ; actuellement avec mes collègues géobiologues de l’association, on travaille sur l’éolien.  Il y a des enjeux financiers colossaux ! Après, on peut monter des parcs éoliens, ce n’est pas le problème, mais on se doit de les monter correctement. Une éolienne qui est comme une grosse aiguille d’acupuncture, si elle mal positionnée, elle va générer ce qu’on appelle une « onde de forme » qui va poser problème. En revanche, si l’éolienne est bien placée, on a des parcs éoliens qui marchent très bien.

Leglob-journal : Selon vous, il faut donc faire attention à notre environnement immédiat jonché de technologies nouvelles ?

Oui, et que chacun soit vigilant au quotidien. Attention à votre wifi, à votre téléphone portable, attention à éloigner votre radio-réveil quand vous dormez. Nous passons un tiers de notre vie a dormir la nuit ; un tiers de notre temps de vie en période de ressources et nous pouvons devoir vivre parmi les pollutions électromagnétiques collectives. Et puis après bien-sur, il faut bien que tout le monde avance et notamment les élus, les administrations sur la prise en compte de cette pollution qui ne se voit pas.

Leglob-journal : Vous avez conscience que votre discours gène ?

Oui, c’est certain, j’ai eu a subir des menaces de la part de l’industrie de la téléphonie… Je ne peux pas donner de nom car c’était anonyme… Mais je suis allé à la Gendarmerie pour porter plainte. Les personnes disaient que je racontais n’importe quoi, « des conneries ». Il ne s’est pas agit de menaces de morts, mais on m’a dit qu’on m’apprendrait à me taire… Moi, ce que j’ai envie de leur dire par votre intermédiaire, c’est que que je ne suis pas contre les antennes ; simplement, il y a des phénomènes qui existent et qui ont été enregistrés notamment par les éleveurs, eh bien tenons-en compte !

Leglob-journal : Si vous avez été menacé, c’est que vous êtes utile ?

Peut-être… (Sourires)


Propos recueillis par Thomas H.


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