Grand débat : le pouvoir, fort de la demande, va passer à l’offre…

EDITORIAL – Des mots et des bas. Certains disent qu’il y a eu plus de bas et qu’il faudrait plutôt écrire maux plutôt que mots… Depuis l’avènement du nouveau mouvement politique né sur les réseaux sociaux et qui s’est mis en marche avec l’arrivée aux commandes du jeune Président, le pays semble fragmenté. Il y a ceux qui profitent de la mondialisation, et les autres qui protestent, ignorés par ceux qui ne disent rien ou qui semblent s’en moquer.

Le Président pompier

Par Thomas H.


Une France déstructurée. Le pays a mal. Sa cohésion n’a plus rien de sociale. Fracturé, le pays avance sur une seule jambe, celle de droite et cela ne fait pas consensus. Il y a ceux qui depuis Novembre s’échinent à dire qu’ils ne sont pas d’accord avec cette politique qui les étouffe, réclamant plus de démocratie et de représentativité ; de l’autre, tout ceux qui les regardent. Indifférents ou pas, ils savent, coincés dans une équation à plein d’inconnues, qu’on ne peut pas s’en prendre à l’ambulance sauf à faire le jeu du parti de la politique du pire. De ce point de vue, est-il possible encore de prendre parti, ouvertement, pour une contestation dont beaucoup reconnaisse cependant l’utilité, sans se faire mettre dans une catégorie? Comme si le vieux syndrome de la pensée unique avait trouvé de nouveaux ressorts.

C’est flagrant à travers cette crise, cette « jacquerie », appelons-là comme on veut, qu’il est possible toutefois de qualifier d’ « historique », même si le temps long de l’observation nous manquera effectivement pour le constater. Le mouvement de contestation rentrera peut-être dans l’Histoire de France, au pire sous la forme d’une brève avec une image jaune dans les livres scolaires.

Il pourra être décrit comme un mouvement spontané et peu structuré qui s’est vu donner aussi, aux cotés des 10 milliards d’euros annoncés par le Président au nom du pouvoir d’achat, une réponse répressive et sécuritaire sur le tard. Il y avait d’abord eu l’état d’urgence. Il y a maintenant cette loi de circonstance, qui aboutira à restreindre la liberté de manifester selon les défenseurs des libertés publiques. L’Article 10 de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen, en fait un véritable pilier de la société démocratique. Cette liberté fondamentale de manifester risque bien d’être entravée par la nouvelle loi «anticasseurs» qui donne plus de pouvoirs encore au Préfet et instaure un délit de dissimulation du visage dans une manifestation où des violences ont été commises. A moins que le Conseil constitutionnel ne conteste son évidente inconstitutionnalité.

« Professionnels en politique »

« Le grand changement qu’a apporté En Marche !, c’est de considérer qu’il fallait avoir des gens qui ne soient pas des professionnels de la politique, mais des professionnels en politique », a confié récemment au journal Le Parisien Sibeth Ndiaye, la porte- parole du gouvernement.

Mais « des professionnels en politique » à quel prix ? Et des professionnels venant surtout de l’Entreprise, un monde si éloigné des valeurs de la Politique. A quel prix? Celui du tâtonnement et de l’apprentissage de la chose politique? En donnant l’impression parfois de naviguer à vue et d’être enfermer dans une bulle au périmètre restreint, composée d’amis et de proches qui aiment, et admirent de façon inconditionnelle. Cela s’appelle «amateurs». Les amateurs sont soumis à l’affect. Être amateur indique toujours une préférence particulière pour quelque chose ou quelqu’un.

Mais la politique ne se travaille pas de cette manière. Elle doit s’intéresser au plus grand nombre et agir pour le bien commun en oubliant justement l’affect. Dans le passé, le personnel politique donnait l’impression que son discours était emprunt de « bien commun », fixant le cap, dessinant les perspectives, amenant le peuple vers du mieux. Il donnait l’impression qu’il était au service du plus grand nombre. Aujourd’hui, ce même discours politique semble flatter surtout une partie restreinte de la population, donnant le sentiment de se désintéresser de l’ensemble que constitue la communauté nationale. Le retour de l’ISF, par exemple, abandonné de fait.

Et maintenant ?

Avant, pour éteindre un problème au national, il était créé une simple commission. Aujourd’hui, l’exécutif a mis sur le tapis la même vieille ficelle. Mais il s’est agit d’une super-commission appelée Grand débat. Peut-être a-t-il été pensé que le mouvement de contestation de la rue allait s’essouffler, pendant ce temps long et intense de cogitation intellectuelle, pour finalement s’éteindre. Mais tel n’est pas le cas ; ceux qui sont dans la rue n’ont pas été débattre. La parole a pu circuler, certes. Ce fut sur la plateforme du gouvernement Granddebat. fr, souvent une France éduquée, plutôt aisée, et qui vote qui s’est exprimée selon une enquête du Monde. On a pu se rendre compte, sur le terrain que majoritairement ce furent des hommes, des retraités, qui ont fait le déplacement. Tous les français n’y ont pas pris part. Les jeunes actifs de 30 à 40 ans ont été les grands absents. Qu’en sera-t-il des mesures annoncées par le N°1 ?

Alors qu’il reste perçu comme le « président des riches », à lui tout seul, et au prétexte du Grand débat, le chef de l’État a aussi fait le job, sur les télévisions et des heures durant, de la promotion de sa politique d’austérité qui ne veut pas dire son nom. Moins de dépenses et de présences publiques et plus de sacrifices. Mais si le pouvoir qui fait l’offre ne tient pas compte de la demande, – comme il l’a déjà dit : « en rien renoncer au cap mais changer de méthode » -, ce remue-méninges institutionnalisé pourra, et c’est l’écueil, parfaitement déboucher sur un abîme de frustrations rentrées. Avec son lot de nouvelles crispations, autant du coté du pouvoir que de ceux qui contestent son « autisme ».

Commenter cet article