Attention à l’infarctus chez les «malades» du sport … – Par Marrie de Laval

« La médecine va mal, mais les soignants débordent d’idées ! » L’Association de cardiologie de Laval, créée en mars 2016, annonçait au cours d’une conférence de presse et devant de rares journalistes, la mise en place d’une antenne de prévention des risques d’arrêts cardiaques auprès d’un public ciblé. Celui des sportifs et particulièrement les « marathoniens des écluses » qui s’élancent chaque année dans le cadre des Virades de l’espoir pour lutter contre la mucoviscidose. Tableau clinique et enjeux.

Alerte – accident cardiaque chez les « bien portants »

Par Marrie de Laval


Ce qui ressemble à une boutade n’en demeure pas moins vrai : «  trop de sport tue le pratiquant ! » explique un membre du SAMU mayennais présent à la conférence de presse organisée à l’hôpital dans une salle de réadaptation cardiaque, au niveau deux. A l’occasion du Marathon des écluses, dans le cadre des Virades de l’espoir qui luttent contre la mucoviscidose, il était tentant pour l’Association de cardiologie de Laval d’approcher les participants sur le terrain de la prévention. Le samedi 28 septembre au square de Boston il sera question de sensibiliser les coureurs venus chercher leur dossard.

En plus d’ «avoir la certitude de voir plus de 2000 coureurs se rendre sur place », il est important de toucher « leur famille, des curieux » explique le cardiologue Victor Mateus. « Notre rôle est de faire régulièrement et quelle que soit la méthode, ce que j’appelle des piqûres de rappel. Parce que les gens oublient, parce qu’ils ne se sentent pas concernés jusqu’au jour … […] malheureusement on s’aperçoit dans notre pratique que les gens ne savent pas toujours comment réagir lorsqu’ils sont confrontés à un problème aigu de santé. Malgré les spots publicitaires, les journaux, les actions locales… on voit toujours arriver des infarctus vu tardivement, des AVC survenus la veille, des arrêts cardiaques non massés ».

Lors de la conférence de presse, le 19 septembre 2019 – © leglob-journal

Alors, les membres de l’Association se relaieront, eux aussi, pour informer à travers des quizz et des modes d’emploi en faveur de la prévention des risques (hygiène de vie, avant et après l’effort). Avec leurs collègues de la Protection civile, du SAMU, ils feront la promotion de l’application pour smartphone avec « Sauv life ».

Sauv Life : une application au service des  victimes

L’application Sauv Life a été créée par le SAMU de Paris, via une association co-fondée par Arnaud Libert, actuellement présidée par le docteur  urgentiste Lionel Lamhaut, avec le soutien jusqu’à encore février dernier de la plateforme de financement participatif Ulule. Déjà déployée dans d’autres SAMU de France, elle est disponible gratuitement sur les plateformes de téléchargement Google play  et  App Store. Elle  peut être déployée localement par les services de secours (SMUR, Pompiers) en France. Ce sont ces services d’urgence recevant les appels de détresse qui sollicitent les volontaires disponibles.

C’est ce qui se passe en Mayenne, terre de désert médical, il faut bien le rappeler. Dans ce département même les pompiers ont dus mettre en place des structures de relais avec des véhicules légers d’intervention, en lien avec le SMUR, comme à Evron.

Quelques gestes qui signalent la survenue possible de l’infarctus – © leglob-journal

En vous inscrivant, que vous soyez un particulier ordinaire, sans formation dans le domaine, ou un professionnel de santé, vous vous engagez à intervenir dans un rayon de 10 minutes à pieds auprès d’une victime. Vous ne serez pas seul : un autre volontaire sera sollicité pour aller chercher un défibrillateur répertorié tandis que vous prodiguerez un premier massage cardiaque, en lien avec les secours.

Il est également possible d’être soi-même un lanceur d’alerte avec l’application reliée au numéro d’urgence, le 15. C’est un excellent moyen de réduire le temps de réponse avec des gestes appropriés pour véritablement sauver les personnes et limiter les dégâts occasionnés par l’absence d’oxygénation du cerveau.

Il faut bien comprendre que pour une victime d’un arrêt cardiaque, chaque minute sans soin lui fait perdre 10% de chance de survie. Après seulement trois minutes de manque d’oxygène, les lésions cérébrales sont irréversibles. Statistiquement, seuls 5% des victimes d’arrêts cardiaque survivent. Mais seulement 16% des français sont formés aux gestes de premiers secours contre 90% de la population des pays nordiques.

Toucher le public sportif présente également un enjeu majeur. Dans ce petit monde, « se dépasser » « aller au-delà de ses limites » fait partie des remarques bravaches mais un rien risquées. D’où la remarque d’un des intervenants : « le sport intensif tue ». Bref, quand le corps dit « stop!» il faut s’arrêter. « Tant pis pour la perf’ (performance) sinon c’est la perf’ (perfusion)… » Humour carabin.

Une association au service des personnels de soins d’urgences

Depuis mars 2019, l’application fonctionne sur le département ; autant dire dès sa mise à disposition au public. Grace à elle, trois personnes ont été sauvées pour 1500 inscrits sur l’application alors qu’en 2018, sur 298 victimes, neuf seulement en ont réchappé.

Quelques chiffres pour saisir l’importance du phénomène – © leglob-journal

Pour ce qui est de l’Association de cardiologie, créée en mars 2016, la motivation première est d’être à l’affût de tout ce qui améliore la réactivité et l’efficacité. Le docteur Mateus détaille : « L’Association de cardiologie de Laval a pour buts, entre autre, de permettre aux équipes, surtout paramédicales, de pouvoir partir en formation plus facilement. Il existe un budget hospitalier pour l’inscription aux formations ; des nuitées si nécessaire, le transport et les repas. Mais parfois le budget n’est pas suffisant. Alors l’association complète. Elle nous permet aussi de réaliser des interventions de prévention auprès des populations comme celle du Marathon des écluses en finançant les repas du midi pour les personnes présentent sur le site, ou la mise à disposition de stylos pour remplir les quizz… 

On utilise aussi l’Association pour faire faire des maillots pour les personnes qui courent le lendemain par exemple (avec les logos Sauv Life, celui de l’association, de la protection civile, etc.).

Le cardiologue poursuit : « Nous avons également pu financer du petit matériel pour la prise en charge des patients en cardiologie (tablette, petit matériel pour la réadaptation)… Ce ne sont pas toujours des choses très coûteuses mais parfois, lorsque l’on souhaite avancer plus rapidement que l’administration le peut, le passage par l’association est pour nous une solution. Les budgets hospitaliers sont malheureusement limités… »

La recherche de fonds pour bien pratiquer la médecine mais aussi la formation continue des personnels est un souci constant. Malgré les diverses réformes, les effets d’annonces des différents gouvernements, le même constat de manque de moyens financiers demeure. Hélas.

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