Confinement Covid-19 et réflexions sur une ville morte – par Nicolas Chomel

Quand Didier Pillon et ses colistiers en campagne pour les élections municipales annonçaient « avec François Zocchetto, nous avons réveillé Laval, maintenant nous allons la transformer…», je me suis dit que, soit ils considéraient les Lavallois comme des endormis profonds, soit l’équipe sortante était composée de piètres réanimateurs.


Par Nicolas Chomel


Aujourd’hui, avec l’épidémie de Coronavirus et, traversant (pour un motif légal) les rues de la ville déserte, comme endormie donc, je m’interroge : est-ce que Laval et ses habitants pourraient sortir transformés de leur ralentissement forcé et de leur confinement ?

Les règles imposées par le gouvernement depuis ce lundi soir 16 mars restreignent les déplacements au stricte nécessaire : se rendre sur son lieu de travail seulement si c’est indispensable, faire des achats de première nécessité, se rendre chez son médecin, à la pharmacie ou à l’hôpital et faire de l’exercice physique (marche, vélo, etc.) à moins de 500m de chez soi. La conséquence est frappante. Les rues sont quasi désertes, il n’y a presque pas de voitures, les transports en commun (TUL) roulent à vide, tout est étrangement calme et lent et c’est, somme toutes, assez agréable.

La rue principale de Laval, la rue de la Paix, la « bien nommée » – © leglob-journal

On peut donc se prendre à rêver, le confinement s’y prête, que cette période de ralentissement forcé ait quelques conséquences sur nos habitudes de vie et nous donne envie de changer la ville. Car cette épidémie passera, comme toutes celles qui l’ont précédée (qu’on pense une minute à la grippe de Hong Kong de 1968-1969 qui fut beaucoup plus meurtrière avec 31 226 morts en France en deux mois) et comme l’a dit Emmanuel Macron, il y aura un avant et un après.

La première chose qui frappe c’est l’absence de voitures et le silence ainsi que la qualité de l’air que cette absence procure.

Le virus se joint au dérèglement climatique pour nous rappeler avec force qu’il faut drastiquement réduire nos déplacements motorisés et qu’il est temps de sortir de la civilisation de l’automobile pour revenir à des modes de transport collectifs beaucoup plus efficaces en nombre de personnes déplacées, plus rapides et moins nuisibles (bruit, pollution, consommation d’espaces pour le parking, etc.).

La solution du tramway, rapide, non polluant et à grande capacité, reste posée, ainsi que l’augmentation du réseau de bus (en couverture territoriale et en fréquence) et la création de véritables voies pour piétons et cyclistes.

La deuxième chose qui s’impose en période d’épidémie et donc de restriction des déplacements c’est la proximité des commerces de première nécessité, alimentaires en particulier et leur taille restreinte qui limite les concentrations de foule. Les files d’attente sur les parkings des supermarchés et le contingentement des clients pour garantir les distances de sécurité entre eux, révèlent de façon criante l’inadaptation de ce type de commerce. Et c’est sans parler du risque de contamination que courent les personnels des magasins qui, confinés à l’intérieur sous des ventilateurs qui accélèrent la diffusion virale, voient passer sous leur nez des milliers de clients par jour, ou les personnels des centres logistiques du commerce en ligne dont l’activité explose du fait du confinement et qui sont, eux aussi, concentrés dans leurs entrepôts.

Les clients espacés les uns des autres de plus d’un mètre pour aller acheter le pain – © leglob-journal

La situation, bien que plus difficile qu’à l’accoutumée, est beaucoup plus sereine dans les boulangeries, les boucheries ou les épiceries de quartier dans lesquelles les clients viennent à pied avec leur cabas à la main.

Puisque la santé et les soins médicaux sont, en cette période, l’un des motifs autorisés de sortir de chez soi, le manque de médecins de ville apparaît en pleine lumière, exacerbé par l’augmentation du nombre de malades et l’inquiétude légitime qu’elle génère. Résoudre ce problème des déserts médicaux devient urgent et, sans attendre la remise en cause de la sacro-sainte liberté d’installation des médecins qui sont pourtant payés à 90% par la Sécurité sociale, les communes ont la capacité d’agir en créant des centres de santé avec des médecins salariés.

Enfin, last but not least comme disent nos voisins britanniques, le coronavirus vient donner un coup à une idée qui est très chère à nos élus locaux et aux dirigeants d’entreprises qui les inspirent : l’attractivité. Évidemment, cette capacité que développent les « territoires » (c’est-à-dire communes, les départements, les régions) à séduire et à attirer vers elles les foules en se faisant concurrence les unes les autres (au frais des contribuables) ne vise pas en priorité les ouvriers et employés qui manqueraient à l’appel dans les entreprises locales.

La politique d’attractivité vise les touristes et les professionnels très qualifiés, cadres et professions libérales. Or, l’exode des parisiens propriétaires de résidences secondaires vers leurs lieux de villégiature qu’a provoqué la déclaration de Macron lundi soir, a contribué à diffuser le virus dans des lieux jusque-là épargnés. Les iles d’Yeu, d’Oléron ou de Groix risquent de payer chère leur attractivité. Pour une fois, notre Mayenne peut se réjouir que lui colle à la peau le proverbe « pour vivre heureux, vivons caché »…


La gare TGV d Laval vide de passager – © leglob-journal

Blague à part, en espérant que cette épidémie s’arrête rapidement et avec elle le nombre des victimes sanitaires et économiques, gageons que l’équipe municipale qui sortira des urnes du deuxième tour, quelle qu’elle soit, saura en tirer les enseignements pour que les habitants de Laval, confinés mais pas endormis, puissent voir leur ville se transformer de sorte qu’à l’avenir elle les aider à faire face à une crise peut être plus grave encore.


Adhérez et faites un don

Vous avez commenté cet article :

  1. Problème pratique : qu’adviendra-t-il des listes électorales pour le 2d tour s’il y a des décès de candidats ?

Commenter cet article