Gilets jaunes, ou l’ombre de Robespierre – par Gérard Prioul 

« Sur le registre du mouvement des Gilets jaunes (GJ), les très récentes contributions de Michel Rose puis de Michel Ferron dans cet honorable Journal sonnent à mes oreilles comme deux clairons de la même fanfare » nous écrit Gérard Prioul, syndicaliste et libre Penseur en Mayenne. Dans cette Tribune, au delà de ce qu’il appelle « la langue de bois médiatique », son auteur entend donc contrebalancer le discours communément entendu sur le mouvement social qui a entamé en France ses trois mois d’existence. S’inspirant de Robespierre, il réclame, en quelque sorte, « Justice pour les Gilets Jaunes ».

Par Gérard Prioul*


Réparons vite un oubli, que dis-je, une faute, constituée par le silence sur les violences qui ont provoqué pas moins de 10 morts, principalement parmi les GJ. Et je n’ai rien lu dénonçant les provocations, agressions et brutalités policières qui s’amplifient. Pas un mot non plus sur le lot de blessés par centaines et sur les dizaines de mutilés. Les deux contributions sont aussi étrangement discrètes sur la démarche liberticide du pouvoir, la loi donnant désormais la toute-puissance aux Préfets qui peuvent décider seuls d’appliquer des interdictions de manifester à l’encontre de citoyens ciblés par eux. Bravo pour les droits de l’Homme !

Plus encore, alors que la France vient d’être condamnée par l’ONU pour usage d’armes létales contre des manifestants, on s’affranchit du sens de la mesure en évoquant la « résurgence de hordes fascistes » pour justifier par avance un « recours à l’armée » contre tout risque dit « insurrectionnel ».

Parmi les réflexions sages valant conseils utiles en toutes circonstances, j’apprécie celle que prononça Simone Weil : « il faut toujours se méfier des évidences…». Il semble en l’occurrence que nos deux clairons prennent pour évidences ce qu’ils persistent à apprécier, sous le prisme déformant d’une pensée unique fatiguée, prétendument « républicaine».

Évidences et langue de bois médiatique

Sonnant comme un préalable, est affirmée indiscutable « l’évidence » d’une sorte de consanguinité entre GJ et fachos, extrémistes, populistes… L’un va jusqu’à prétendre sans nuance que dès le début de ce mouvement on sentait « la présence évidente du terreau néo fasciste ». Évidence qui le pousse à comparer le mouvement des GJ au soulèvement poujadiste des années 50.  Pourtant les deux phénomènes et les deux époques sont objectivement incomparables à maints égards, ne serait-ce que sociologiquement et politiquement. Alors, légèreté ? Ignorance ? Les deux à la fois ? Non : simple aveuglement par le syndrome de l’évidence !

Les deux clairons semblent ignorer totalement que leurs propos, leur description sociale et politique de ce mouvement et surtout les articulations de leur approche macro-politique du sujet, relèvent d’une pensée consensuelle à connotation politicienne. On approche du mot à mot, du copié – collé – répété en boucle par le gotha de la presse écrite et sur les chaînes d’informations en continu.

Une lecture croisée des deux textes précités renvoie leur similitude argumentaire avec la masse du déjà lu, entendu et rabâché à propos des Gilets jaunes. C’est un mépris de classe qui s’insinue sournoisement entre les lignes, au point qu’on peut lire : ce peuple – là « n’est pas Le peuple ».

De l’amalgame à la haine de classe

Ces gens des ronds-points qui votent peu ou mal, sont manipulés par des agitateurs masqués et au passé politique forcément trouble… donc des «extrêmes » , c’est « évident » puisqu’on ne sait quasiment rien d’eux ! Et puis franchement, ils ne sont pas beaux, ils sont mal habillés, n’ont parfois pas toutes leurs dents ; ils sont « vulgaires », « violents ». Ils ne savent pas parler le langage codé du consensus mou des salles de réunions.

Je n’égrainerai pas ici la longue liste des noms qui me reviennent en mémoire, mais n’est-il pas vrai que n’importe quelle crapule politique parmi toutes les crapules politiques prises la main dans le sac ces 30 dernières années (mais presque jamais condamnées) est infiniment plus présentable, plus agréable à voir et à entendre que le premier Gilet jaune venu ?

Comparé à un syndicaliste d’Air France ou à un Gilet jaune affrontant de ses seuls poings les boucliers des gendarmes, admettez qu’un Alain Juppé entrant au Conseil constitutionnel 20 ans après avoir pioché dans les caisses des HLM de Paris, ça a de la gueule non ? Surtout si vous lorgnez sur ce qu’il va nous coûter désormais !

Les esprits dominants, les sachants et les bien-pensants jugeaient en leur temps avec la même morgue les émeutiers de 1830, les barricadiers de 1848, les communards de 1871 et les « salopards en casquette » pour désigner les grévistes de 1936 ! « Salauds de pauvres » comme dirait l’autre !

Du Marquis de Lafayette à Adolphe Thiers et de Clémenceau à Jules Moch, en passant par les commis de Vichy, c’est toujours au nom d’un certain « ordre », républicain ou pas, qu’ont opéré les grands fusilleurs inscrits dans l’Histoire.

Le reste de la France regarde les Gilets Jaunes en spectateur…

Cet esprit que je qualifie de versaillais et que le sinistre Manuel Valls incarne aujourd’hui tout aussi bien qu’un Emmanuel Macron, perdure. Il constitue même un point dur de la rhétorique consensuelle que la droite bleue et la droite rose (j’appelle ainsi la nébuleuse « socialiste » adepte des thèses dites « sociales libérales » et autoproclamée aussi « gauche de gouvernement ») assument en partage sous cette Vème République poussive et finissante.

« Et si on en finissait avec ce bordel ? »

Luc Ferry n’a-t-il pas pris un train d’avance dans l’idée qu’on pourrait peut-être en finir à présent sans préjudice pour la démocratie, en tirant dans le tas sur les ronds-points et dans les manifs ? Et tant qu’on y est, suivant le désir d’Eric Ciotti, ne faudrait-il pas interdire les manifestations ? Et pourquoi ne pas jeter en taule et déchoir de leurs droits civiques tous les meneurs ? Justes requêtes puisqu’il s’agirait « d’extrémistes » fachos ou gauchos, de plus en plus « radicalisés » et donc dangereux !

De connivence informelle et bien rodée entre le pouvoir politique, principalement le ministère de l’Intérieur, et les principaux médias, s’opère depuis des semaines le funeste principe de généralisation – instrumentalisation par amalgame et manipulation de quelques faits. Certes, des personnes sont impliquées dans des actes et paroles avérés et parfois graves, mais le but médiatique de la manipulation est manifestement destiné à nuire à tous les GJ pour les isoler, les condamner.

Dans ce registre, en venant provoquer délibérément une bande de tarés bavant leur haine du juif en pleine rue, Alain Finkielkraut jouait gagnant facile et sans risque au vilain jeu de la confusion des genres. La média-sphère aura repris en boucle le fait que ces ahurissants propos anti-juifs ont été prononcés « en marge d’une manif de gilets jaunes ». Un provocateur attitré de la droite réactionnaire devient ainsi pour un temps la victime idéale d’un « antisémitisme montant »… le tour est bien joué, place à l’union sacrée contre le danger extrême. A bas les « extrêmes » donc, et mort aux gilets jaunes !

Mais alors c’est quoi ? Et c’est pour quoi ce mouvement ?

Le phénomène GJ n’est ni une jacquerie, ni une copie poujadiste. Ce n’est pas non plus un mouvement révolutionnaire au sens classique. Mais c’est tout de même un soulèvement populaire sur le continent européen, qui s’inscrit « à la française » parmi les premiers grondements du volcan post Maastricht. La poussée du magma aura des répliques nombreuses et plus fortes encore jusqu’à l’inévitable renversement de la table, pour une nouvelle distribution des cartes.

Les Gilets jaunes au pieds du mur…

Cela n’aura pas lieu qu’en France et a déjà commencé en maints endroits d’Europe et ailleurs. Car tout cela relève d’un authentique processus révolutionnaire en gestation, sur le long cours probablement. Violente ou pacifique, tantôt l’une et tantôt l’autre, sa forme est imprévisible. Comment se passera la prochaine explosion de la bulle spéculative mondiale ? Comment réagiront les populations dans le cadre des futurs chocs climatiques et des désordres économiques associés ?

Ceux qui ne voyaient au départ qu’une protestation contre les hausses de taxes et les 80 km/h se sont lourdement trompés… tout comme ceux qui persistent à réduire les GJ à des « hordes de beaufs manipulés par des fachos »…

Dans des formes innovantes, parfois inédites, ils ont formé le plus vaste réseau militant actif jamais connu depuis plus de 50 ans ; leur détermination et leur abnégation forcent le respect. Or, quand des milliers d’individus consacrent trois mois d’hiver à « se les geler » dehors, en se faisant parfois tabasser et gazer en masse par les flics les samedis, il faut à leur engagement d’autres ressorts que des préoccupations domestiques immédiates.

Les GJ donnent à voir la masse ciblée par les politiques antisociales qui se sont succédées en vertu de tous les bons prétextes. Ils sont conscients d’avoir été les sacrifiés désignés d’avance par ceux qui ont trahi, surtout les gouvernements dits de gauche. Ils se méfient désormais, jusqu’à la détestation totale, de tous les instruments et règles du pouvoir officiel qu’ils savent hostiles.

Non « Macron démission ! » ce n’est pas du « n’importe quoi ». C’est un mimétisme historique conscient, et cela signifie qu’ils ont compris à quoi tient la Vème République : un monarque en son palais. Donc, ils paraphrasent Saint-Just « pour que la République vive, il faut qu’Emmanuel meure » ! (référence au procès fait à Louis XVI).

Lorsque de nombreux GJ disent « les élus : tous pourris », ce qui est injuste et largement infondé, à quoi pensent-ils ? A ceux réunis en congrès à Versailles en février 2008 pour ratifier le traité de Lisbonne et qui ont ainsi trahi le vote référendaire des français de mai 2005 ? Ou pensent-ils « aux affaires » style Fillon, Cahuzac, et aux assemblées d’élus qui s’octroient ici ou là maints avantages et privilèges injustifiables, tandis qu’ils votent des lois et mesures accablantes contre les plus démunis ou en faveur de ceux qui ont déjà tout ?

Leur méfiance relative à l’égard des syndicats s’explique sous plusieurs aspects. Notamment par ignorance réciproque, les syndicats étant peu présents dans les PME, là où les Gilets jaunes sont majoritairement salariés. Aussi parce qu’il y a eu beaucoup de trahisons de la part de certaines centrales (CFTC, CFDT…) au nom d’un soi-disant « partenariat social» et « réaliste » avec le patronat.

Et dans les dernières années, les syndicats de lutte ont trop cherché à éviter l’affrontement de classe en laissant croire qu’on pouvait négocier encore. S’ajoute en dernier lieu le fait que toutes les directions confédérales, y compris la CGT, ont brillé par leur stupéfiante incompréhension aux premiers jours du mouvement des ronds-points. Ce retard syndical à l’allumage en certains endroits, a laissé pour un temps l’avantage aux propagandistes de la facho-sphère, qui fait aussi partie du peuple, avant qu’évoluent les revendications en convergence avec la culture syndicale.

Voici venu le moment de la jonction progressive entre Gilets jaunes et syndicats de lutte. Une des conséquences visibles de l’intérieur de la CGT, pour ce qui la concerne, est que son congrès confédéral du printemps prochain ne sera sûrement pas comme il aurait pu être. On attend un renforcement du courant de lutte de classe. Dans la conscience collective des salariés, il y aura bien un avant et un après le soulèvement des ronds-points et c’est en cela qu’il s’agit d’un phénomène social historique, donc de portée durable, ce qui n’est pas le moindre souci pour le grand patronat et la Macronie aux affaires.

Institutions et mœurs politiques inadaptées aux attentes populaires

Ni les manœuvres de Jupiter avec son « Grand Débat » pour se rallier la France raisonnable et consensuelle, ni les mécanismes institutionnels incluant ou non les partis et prétendus « corps intermédiaires », pas plus les joutes électorales, européennes comprises, ne sauraient constituer un quelconque élément de réponse et encore moins de solution.

La constitution française permet qu’un candidat inconnu, porté par la presse en format marketing, puisse être élu Président pour des fonctions de quasi monarque, en ayant obtenu seulement 18% des inscrits du 1er tour sur un vote donnant 76 % de suffrages valablement exprimés. La même constitution permet aussi qu’un parti qui fait 30 % des voix envoie plus de 300 députés à l’Assemblée Nationale, tandis que celui qui fait 15 % se contente de 25 sièges au mieux. Le système électoral français, basé sur les découpages arbitraires des circonscriptions et sur le refus de la représentation proportionnelle, façonne ce que Jean Jaurès appelait « un scrutin de voleurs ».

Manifestation pour le climat et points de convergence

C’est ce vol érigé en règle sacrée, dite « républicaine » et « démocratique » qui est rejeté et vomi par les gilets jaunes et pas seulement par eux, si l’on s’en tient à la montée généralisée de l’abstention. En termes de solution démocratique, la lucidité commande donc de ne rien attendre d’élections législatives anticipées, car elles reproduiraient la même non-représentativité des élus.

Si les Gilets jaunes avaient encore la moindre confiance en ce système, ne serait-ce qu’un brin d’illusion, ils ne s’accrocheraient pas si fort à l’idée du R.I.C. [Référendum d’initiative citoyenne, NDLR] en lequel ils voient, à tort ou à raison, une alternative démocratique par un retour au peuple.

Un changement radical de la politique du gouvernement est-il encore possible ? A cette question, je réponds non ! Aussi vrai qu’on ne fait pas d’une bourrique un cheval de course, Emmanuel Macron restera jusqu’à la fin de son règne le pantin de ses maîtres ; il n’a ni d’autre choix ni marge de manœuvre dans sa feuille de route tracée par le sommet de l’eurocratie. Rien d’essentiel ne se décide à Paris mais à Berlin via Bruxelles, là où l’internationale du patronat et les lobbies des multinationales dictent leurs codes, exigences, objectifs.

Les gilets jaunes ont compris cela ; ils savent aussi que l’U.E. ne peut faire partie des solutions car elle est selon eux un problème. Ils ont vu comment l’U.E. a traité les grecs lorsqu’ils ont tenté de se frayer un passage à gauche. Ils savent que la première réussite de l’U.E. est d’avoir organisé à l’échelle continentale une concurrence sauvage entre les travailleurs et les États. Sinon, comment expliquer le vote des ouvriers anglais pour le Brexit ? L’affrontement aura lieu aussi avec l’eurocratie et sa technostructure, et il sera rude.

Toutes les tendances de la droite française, dite « de gouvernement » à laquelle j’associe la droite rose formée par le P.S, sont imprégnées du dogme des traités européens. Elles les ont fabriqués, votés et imposés, par ruse ou parfois contre l’avis du peuple. Chaque parti « oui ouiste » est associé aux politiques dites « européennes » infligées à la France et à son peuple depuis des décennies. Voilà pourquoi les élections européennes de mai prochain se traduiront, à mon sens, par 2/3 d’abstentions, nuls, ou blancs. Et parmi les élus, il faudra encore compter presque 1/3 de députés de tous bords, en position critique ou hostiles à l’U.E.

Les politiques de convergences européennes vont droit dans le mur en chantant, et en toute conformité avec les textes sacrés des traités. Ces politiques antisociales et de privatisations des services publics accroissent les inégalités et le nombre de laissés pour compte. Gilet jaune : un statut qui, hélas, a de l’avenir !

Voilà pourquoi j’évoquais l’inévitabilité du lent processus révolutionnaire qui est en cours et dont l’issue sera ce que le salariat décidera d’en faire. Car le système capitaliste et ses appareils sont dans une impasse historique à l’échelle mondiale, d’où leur recherche de sorties par les conflits armés sous tous les prétextes.

Je crois pertinent ici de conclure en laissant le dernier mot à Maximilien Robespierre, comme un pied de nez à la fameuse « légalité républicaine » qui unit si bien les droites et la « gauche » : « Quand le gouvernement viole les droits du peuple, l’insurrection est pour le peuple le plus sacré et le plus indispensable des devoirs ». A bon entendeur !


* Syndicaliste et libre penseur, Gérard Prioul dédie cette Tribune à Patrick et Catherine, Gilets jaunes sarthois depuis la première heure.

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  1. LES GILETS JAUNES SONT-ILS PRÉCURSEUR
    D’UN GRAND MOUVEMENT SOCIAL ?

    Ayant discuté avec des gilets jaunes de la région et vu à Mayenne le film « j’veux du soleil » qui parle des gilets jaunes de divers endroits de France. Je voudrais donner mon analyse de la situation que je constate y compris en regardant tous les changements qui se sont produits et qui ont eu des conséquences importantes et parfois désastreuses sur la vie de chacune et de chacun à cause de la politique nationale pratiquée au cours des 40 dernières années. Une partie importante de la population de la France a été appauvrie et une minorité a pu s’enrichir énormément suite aux mesures politiques prises par les gouvernements successifs et surtout actuellement avec le bla-bla, l’enfumage et les mensonges avec la communication actuelle.

    Pendant les années qui ont précédé 1789, les archives nous montrent que les impôts, les charges et les conditions de vie ont été de plus en plus difficiles pour la majorité des habitants de notre pays et en fin de chaîne de la royauté Louis XVI en a payé de sa vie sur l’échafaud. Puis ce fut à l’époque beaucoup de changements et d’améliorations pour la population laborieuse des villes et des campagnes.

    Dans un canton rural du Nord-Mayenne où j’ai passé ma jeunesse dans une petite commune il y avait 2 classes primaires publiques et une classe primaire privée, trois cafés, deux charrons, un maréchal-ferrant, des charpentiers, un épicier, un curé et beaucoup d’agriculteurs. Entre mon village et le bourg de la commune il y avait 2 800 mètres et existaient 14 exploitations agricoles. Le nombre de voitures était de trois et tous les habitants se déplaçaient en bicyclette sur des routes non goudronnées. A partir des années 1955 la plupart des jeunes partaient et se faisaient embaucher dans les villes surtout en région parisienne. Certains allèrent faire des études dans les cours complémentaires, puis dans les lycées et pouvaient trouver à la fin de leur parcours scolaire un emploi à la poste, à la SNCF, dans l’enseignement, dans les administrations, des postes qualifiés dans les usines. Puis au cours des années la commune a changé : les classes primaires disparurent, les artisans prirent la retraite, les cafés qui étaient un lieu de réunion le dimanche fermèrent l’un après l’autre et maintenant les 14 fermes en forment une seule. La commune a tout perdu et maintenant c’est le chef-lieu du canton qui voit disparaître des lieux de travail et en 2017 il comptait 131 maisons inhabitées, à louer ou à vendre. Beaucoup d’anciens d’habitants passent leur retraite dans la commune avec des retraites inférieures au seuil de pauvreté (1035 euros). Ce qui explique des sympathies pour les gilets jaunes et de l’aversion pour le président des ultra-riches défendus par le président Macron. Ce président n’est pas le père noël. Actuellement le département de la Mayenne a souvent moins de sans emploi qu’ailleurs car les jeunes partent à Nantes, Rennes, Le Mans ou dans d’autres villes et restent parfois chômeurs dans leurs villes d’adoption. Une étude faite par un géographe à l’U.T.L. de Mayenne l’a prouvée il y a deux ans.

    Après mes études je suis allé enseigner dans un collège d’une ville de 20 000 habitants et pendant les vacances je dirigeais des centres de vacances d’enfants très défavorisés habitant la région parisienne (La Courneuve, Villetaneuse, Bezons, Pierrefitte). Dans les années 1964 après avoir fait le service militaire j’habitais dans le quartier Est de la ville où il y avait une population avec des revenus très divers. Dans le quartier il y avait beaucoup d’organisations locales qui permettaient aux habitants de se retrouver en réunion pour discuter de différents choses, par exemple des amicales de locataires, association de parents d’élèves, des groupes politiques ou religieux, des organisations d’aide aux défavorisés (j’avais créé le secours populaire, mis en place une amicale de locataires…..etc) Le quartier était vivant et beaucoup de personnes pouvaient se rencontrer soit au café, soit à la supérette, soit à l’entrée des écoles primaires et maternelles. Puis dans les années 1970 des lotissements furent créés dans une autre partie de la ville et petit à petit les familles qui avaient de bons revenus quittèrent le quartier pour aller dans ces lotissements. Beaucoup d’associations perdirent des responsables et la vie dans le quartier se déstructura et seules les familles les moins fortunées restèrent ne pouvant accéder à une habitation d’un lotissement. La ville eut deux collèges, l’un pour les enfants du centre-ville et des lotissements et l’autre regroupa les enfants des quartiers Est et du Nord où habitaient des populations aux revenus très modestes. On ne parlait plus de quartiers mais de zone Nord et zone Est. Plusieurs écoles fermèrent, la population scolaire d’âge élémentaire et maternelle de la ville tomba de 4 000 à 1 200. Des jeunes des communes environnantes furent scolarisés dans la ville vu que les foyers de vie ruraux disparaissent. C’est donc une sélection sociale qui s’opère. Les petits commerces disparurent et les grandes surfaces prirent la place hors de ces quartiers. En même temps beaucoup d’entreprises qui employaient entre 200 et 450 personnes disparurent. Le nombre de personnes n’ayant plus d’emplois ou un emploi précaire augmenta et « ce n’est pas en traversant la rue » que des emplois existaient.

    Souvent ces conditions dégradées ont entrainé une vie familiale éclatée avec un déchirement social et l’apparition de nombreuses familles monoparentales. Tout cela fut la conséquence de la politique menée ces 40 dernières années. Toutes ses personnes qui ont perdu leur emploi sans retrouver le salaire précédent constitua une population plus pauvre et constitua une population qui comprend, soutient ou devient gilets jaunes. Puis au cours des années la disparition de services publics, d’emplois industriels et agricoles favorisa une dégradation de la vie et beaucoup de professions avaient des salaires, des pensions ou des retraites qui ne permettaient plus d’avoir une vie digne avec des conditions de travail dégradées alors qu’une catégorie de personnes peu nombreuse vit avec des revenus très élevés et une vie luxueuse en ne comprenant plus la vie d’une majorité de la population. Ces « moins que rien », comme dit notre président, constatent que la minorité de technocrates et d’ultra-riches vit dans un autre monde. Ce qui crée un climat « révolutionnaire » et les gilets jaunes vont rejoindre des gilets d’autres couleurs, les fonctionnaires à qui on veut détruire leur statut, par celles et ceux qui ont une entreprise qui ferme ou délocalise, par celles et ceux qui auront avec la réforme une retraite de misère en travaillant plus longtemps. Les actions de luttes vont se multiplier sous différentes formes avec l’appui des syndicats. Est-ce que ces révoltes déboucheront sur un mouvement de grande ampleur ? C’est possible au vu de l’accumulation des revendications qui touchent la majorité des habitants de notre pays. La population comprend que la communication du gouvernement est de l’enfumage et pour beaucoup la révolution algérienne leur montre la voie.

    Le 1er avril 2019 – Henri Boudin 53110 Thuboeuf

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