La mondialisation, phénomène de plus en plus contesté au niveau local

Ne pas la voir, en fermant volontairement les yeux, c’est un acte politique. Ne pas l’accepter, aussi. L’ignorer est un déni démocratique. La contestation se mondialise, pourrait-on dire. De Hong Kong au chili en passant par la Bolivie, l’Egypte, l’Irak, le Liban ou la France, les rues grondent contre les pouvoirs en place. Toutes les contestations, locales à l’origine, se lèvent pour une redistribution plus juste des richesses et davantage de démocratie.

La remise en cause du système

Par leglob-journal


Au Chili, déploiement militaire sur une place de Santiago – Photo leglob-journal

A Santiago du Chili, des millions de manifestants sont descendus dans la rue pour une hausse de quelques centimes du ticket de métro. Mais surtout pour contester un Président, élu et sixième fortune du pays. Trente ans après la dictature de Pinochet, des affrontements meurtriers ont eu lieu dans les rues de la capitale et des militaires en armes ont été déployés par la droite chilienne élevée à la culture militariste et répressive. Quand on chasse le naturel, il revient au galop. L’Egypte manifeste, elle aussi, contre un militaire de souche, un homme fort, trop fort. Le Président Al-Sissi ne laisse pas le pays respirer ; en Indonésie, depuis septembre 2019, ce sont les projets de nouvelles lois liberticides et de révision du code pénal qui sont conspués. En Catalogne, les décisions de justice rendues au nom de l’unité sont, elles aussi, remises en cause. Les magistrats et l’État espagnols sont main dans la main, considèrent les manifestants.

Hong-Kong fait trembler l’empire chinois. Les manifestants et la jeunesse ne veulent pas de cet avenir que leur dessine Pékin et conteste son dirigisme autoritaire et sa volonté de mainmise forcenée. La démocratie et la liberté que les habitants de Hong Kong revendiquent en masse ne passent pas par une loi sur les extraditions et par une restriction des libertés. Une grande partie de la Bolivie refuse d’admettre aussi les résultats de l’élection présidentielle du 20 octobre 2019 ; c’est le cas également en Algérie, où la contestation refuse pacifiquement, après avoir « dégagé » le Président sortant en fauteuil roulant, de voir ses acolytes arriver au pouvoir. Le changement d’homme et de politique, comme revendication pour mettre fin au clanisme, voilà ce que est revendiqué par l’Algérien de la rue.

Le Soudan, la Guinée, Haïti ne sont pas épargnés, même si on en parle moins dans les médias, par ces mouvements de contestation qui fleurissent sur le globe, comme des épicentres de grogne plus important qu’ils ne semblent en apparence. Des révoltes populaires se sont faites jour dans ces pays pauvres où l’individu cherche, au fond, à regagner de la dignité. Pour les Soudanais, c’est la hausse du prix du pain qui a été le déclencheur de la colère. En Guinée, c’est l’envie de changer de dirigeant et le refus de voir un Président sortant, âgé de 81 ans, se représenter aux élections présidentielles Quant aux haïtiens, ils sont en révolte depuis la fin de l’été 2019 à la suite d’une pénurie générale de carburants.

Cristallisation de haines

Le carburant encore, en France, cette fois. Faut-il rappeler que c’est une hausse de quelques centimes du prix du gazole qui a été à l’origine de la plus longue crise sociale jamais enregistrée depuis 1968. Avec son lot de violences, sa cristallisation de haines et sa réponse : la répression presque systématique. Les Gilets jaunes : ses morts et ses blessés, et une France coupée en deux.

Une manifestation contre le « système »… « Briser l’oligarchie » dit le panneau

Dans tous les cas de figure, même si les origines ou les causes des crises, des révoltes ou des manifestations sont différentes, il y a un point commun : c’est le système. Il est visé par les « vrais gens » comme les appelle le secrétaire général de l’ONU Antonio Gutterres. Mais dans les médias qui relatent ces « événements », très peu relèvent qu’il est question de contester le pouvoir établi et aussi la mondialisation.

Objet de développement économique, elle oublie dans son déploiement forcené l’individu préférant les regrouper en une masse désincarnée et anonyme pouvant devenir dangereuse. Elle creuse les inégalités sociales. Elle a même réussi à créer une classe sociale supplémentaire. Auparavant, le sociologue parlait dans son observation du monde économique et des bouleversements qui en résultent, des pauvres et des riches. Maintenant, il faut bien qu’il ajoute la classe moyenne dont l’ascenseur social a cessé de fonctionner depuis des années. Une classe moyenne déclassée contre une classe aisée.

« Le contrat social menacé »

Pour le N°1 de l’Organisation des Nations Unies qui a pris la parole récemment, « Il est clair qu’il existe un déficit croissant de confiance entre les citoyens et les institutions politiques et que le contrat social est de plus en plus menacé ». C’est ce qu’il a déclaré en expliquant avoir adresser un message aux dirigeants des États membres de l’ONU depuis son siège à New York.

« Le monde est également aux prises avec les impacts négatifs de la mondialisation et des nouvelles technologies, qui ont accru les inégalités au sein des sociétés », a ajouté Antonio Gutterres, précisant que « même lorsque les gens ne protestent pas, ils souffrent et veulent être entendus ». C’est intéressant, car ne pas descendre dans la rue ne veut pas dire qu’on ignore ce que les oppositions vivent. Quant aux « forces de sécurité, [elles] doivent agir avec la plus grande retenue, conformément au droit international », a souligné en outre le secrétaire général de l’ONU. A marche forcée, la mondialisation oublie ceux qui sont tombés dans la fracture numérique, comme en France, par exemple, un pays pourtant développé. Les centres urbains des métropoles connectés délaissent les campagnes excentrées et le pauvre s’éloigne des centre-villes devenus trop chers, et inaccessibles.

A chaque fois, dans chaque pays, la contestation n’obtient pas forcément les réponses qu’elle est en droit d’attendre du pouvoir en place qui l’ignore. La liberté d’expression réclamée dans des pays qui en sont privés depuis longtemps, mais aussi de la dignité. Partout le sentiment de déclassement perdure, et les moyens pour survivre, – à défaut de vivre correctement -, ne viennent pas. Sans parler des richesses, parfois nationales comme le pétrole ou les minerais et les métaux rares qui sont accaparées, et dont les bénéfices ne sont pas redistribués.

A marche forcée, des réformes sont mises en avant… au nom du mieux vivre. En France, ceux à qui elles sont finalement destinées n’en voient que les effets négatifs et peinent de plus en plus à croire ceux qui les promeuvent. Le système génère de plus en plus de frustrations. Faudra-t-il qu’il soit, à défaut d’être remis complètement à plat, sérieusement remanié ? La question, là aussi, appelle une réponse. La plus rapide et la plus concrète possible.

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Ils ont commenté cet article :

  1. Mettre sur le même plan les manifestants de Hong Kong et ceux de l’Irak, c’est pousser un peu loin le bouchon de l’amalgame. On doute vraiment que la mondialisation soit la cible des premiers, comme des seconds.

    Quant aux gilet jaunes français, c’est négliger le fait que ce mouvement est né, au moins dans un premier temps, de la contestation des taxes sur le gasoil et des limitations de vitesse. Des préoccupations assez éloignées de la mondialisation… Le bruit et la fureur qu’ils ont constamment manifesté ne doit pas faire oublier qu’à quelques milliers (quelques centaines aujourd’hui), on n’est pas autorisé à parler au nom du peuple.

    1. Mondialisation d’un système de pensée. Il ne s’agit pas forcément, comme vous le laissez comprendre, d’une mondialisation purement économique… Merci pour votre commentaire.

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