La N°2 sur la liste du RN à Laval : « Je suis sur le ring et je prends des coups ! »

Odile Menant, la numéro deux sur la liste à Laval du Rassemblement National (RN), était bénévole jusque-là pour L’Autre Radio, et personne ne savait qu’elle était du parti de Marine Le Pen… Jusqu’au jour où elle s’en est entretenue avec des responsables de la radio associative. Depuis, elle n’est plus à l’antenne et ne le sera plus. Écartée de l’émission quotidienne de Bernard Laurent « Autrement dit », elle a souhaité, de son propre chef, ne plus collaborer à L’Autre radio. Récit.

Quand le Rassemblement National exclut…

Par Thomas H.


C’est un laconique «Je ne suis plus L’Autre Radio !… » qu’elle lance au téléphone. Odile Menant, dans un sourire, se présente ensuite comme « artiste et  écrivain ». Elle a écrit plusieurs ouvrages, le dernier s’intéresse à Louis XVII, et ce qui se serait passé s’il avait échappé à la prison du Temple…A la radio, elle animait l’émission hebdomadaire intitulée « qu’est-ce qu’on attend pour être heureux ? », (tout un programme ?) ainsi qu’une chronique de trois minutes dans l’émission méridienne quotidienne Autrement dit de Bernard Laurent. [De midi 15 à 13 H., NDLR]

«  Je l’ai virée tout de suite, explique le producteur-animateur radio. L’entretien a duré une heure ; vous comprenez, la numéro deux du RN, la deuxième élue à Laval après le second tour des élections, serait hébergée par L’Autre radio ? c’est impensable ! Ma tolérance s’arrête à l’intolérance ! » dit-il calmement.

Contactée par leglob-journal, la N°2 sur la liste RN relate : « J’ai été traitée de fasciste [Crypto-faschiste selon Bernard Laurent, NDLR], de nazie et c’était la première fois qu’on me traitait de Maurice Papon ! Ça m’a rendue malade… » La « discussion » avec Odile Menant, au sujet de son appartenance au RN révélée, en compagnie du responsable des programmes de L’Autre Radio Joël Flambard a été pour le moins tendue. Attentif à l’antenne, ce dernier ne trouve rien à redire contre Odile Menant : « Tant qu’elle ne parle pas de politique... ».

Bernard Laurent, lui, ne déroge pas : « J’ai pris la décision de l’exclure de mon émission comme je peux le faire en tant que producteur ne souhaitant pas donner de tribune à une future probable élue du RN à la mairie de Laval. L’Autre Radio est une association et elle risque à terme de se faire piéger quand il s’agira de voter en conseil municipal de Laval les subventions aux associations, c’est là, un des problèmes !» Odile Menant a souhaité, après cette épisode, ne plus continuer à contribuer à L’Autre Radio. Elle l’a fait savoir officiellement dans un courrier adressé au responsable des programmes qui a pris acte.


Odile Menant à droite de Jean-Michel Cadenas tête de liste RN à Laval- Photos RN

Longuement, après avoir été « virée », elle relate au téléphone, ce qu’elle appelle son « chemin de pensée » : « Je veux aller jusqu’au bout de mes idées. Républicaine, citoyenne, j’ai les yeux grand ouverts. Et naturellement avec les yeux grand ouverts, je suis allé au RN… C’est un parti républicain !… »

A 66 ans, Odile Menant qui a vécu à Montpellier avant la Mayenne, nous confie comment elle en est venue à épouser les thèses du RN. «  J’ai une certaine idée, calme et sereine, du vivre-ensemble. Je déteste les conflits, la haine… Je vivais depuis longtemps dans un endroit à Laval, appelé Les Horizons, une résidence dans le quartier Hilard, où j’ai été heureuse pendant de nombreuses années… Et puis, il y a eu de plus en plus de population immigrée… J’ai été à plusieurs reprises agressée, j’ai d’ailleurs déposé une main courante et on m’a dit qu’on ne pouvait rien faire… »

« Je me suis trouvée en danger »

Odile Menant raconte sa « prise de conscience » : « J’ai été confrontée à des gens qui n’aiment pas ma façon d’être, celle d’une femme seule avec un chien… Alors à 66 ans, j’ai fini par me dire « où est ma place ? » Et je me suis trouvée en danger dans mon cadre de vie, car la façon dont je vivais ne plaisait pas ! » La « prof de théâtre » relate aussi cet épisode pour justifier ce qu’elle estime avoir vécu, une sorte de mal-être aux Horizons. « J’ai été sommée, par exemple, de retirer la croix que je portais autour du cou parce qu’un élève s’est plaint officiellement… Ce sont des attaques personnelles, vous savez… donc j’ai quitté l’appartement des Horizons. J’ai dû fuir !… » Et puis Odile Menant qui en rajoute, regrette aussi « la disparition des crèches dans plein de petits villages. Nos champs de liberté se sont réduits petit à petit. Cela a été le début de l’ouverture de mes petits yeux..

« Cette distorsion de la société comme elle dit, chacun au RN la constate… » Pourquoi le RN ? « Parce que je peux me retrouver sereinement au coté de Jean-Michel Cadenas [Tête de la liste du RN à Laval, NDLR] qui est une personne qui va à l’encontre de la caricature de la haine. Je suis fière de mes idées. Je savais que cela pouvait me nuire, on verra bien… Je n’y ai jamais trouvé de fasciste, ou de nazi, ni de Maurice Papon… » Odile Menant replace soudain son discours au centre de ce qu’elle estime avoir vécu concernant L’Autre Radio : « Dans la dédiabolisation, j’aurai apporté ma pierre à l’édifice… D’un seul coup, on me coupe la voix ! »


Portrait Odile Menant par elle-même – Photo Odile Menant

« Écrivain, artiste » comme elle se définit au Glob-journal, elle dit porter dans « [s]on panthéon personnel, René Fallet, écrivain et homme de gauche. Céline est un de mes écrivains préférés, mais je ne cautionne pas ses écrits xénophobes et antisémites ». Bernard Laurent, le producteur-animateur de L’Autre Radio a pourtant relevé que sur la page facebook d’Odile Menant figurait la présence du nom de Geneviève Dormann, qui « se dit maurassienne, et qui a écrit dans le journal d’extrême-droite le Crapouillot N°80  » les juifs m’emmerdent… « , souligne-t-il. Ce n’est pas rien ! »

« La jupe »

Odile Menant file une métaphore vestimentaire pour expliquer « ce que mon pays rencontre »  : « vous savez un corps qui grossit est trop étroit dans une jupe qui se déchire de plus en plus, la France est cette jupe ! Je suis au RN pour agir de l’intérieur… » C’est clair… Et elle ajoute « je n’ai pas envie que le racisme existe, mais on est en train de le forger de nos propres mains. Je vis dans un monde que je reconnais de moins en moins ! Je me sens investie d’un devoir de dire que nous allons dans le mur. Je n’ai pas de solution miracle, mais il faut au moins qu’on entreprenne ce travail et le RN est, à mon sens, le bon endroit pour le faire! » Concernant le phénomène des migrants souhaitant fuir leurs conditions de vie en prenant des risques énormes pour eux-mêmes, elle rétorque « on ne peut pas accueillir toute la misère du monde… Pour eux, ni la Méditerranée, ni le périph’… » [Fin de la citation de Michel Rocard : « mais [on] l’Europe peut prendre la part de cette misère. », NDLR].

Avant cette dérive vers le RN, Odile Menant se définissait comme « une centriste molle. Je ne pensais pas que la politique pouvait changer quelque chose… » Elle se sent légitime, et a trouvé dans le RN « une certaine ossature de pensée, basée sur la rigueur » qui dit-elle, lui ressemble. « II faut gérer la ville de Laval en bon père de famille et agir face à l’insécurité montante et le ras le bol général ! ». Ses séances de tractage avec Jean-Michel Cadenas sur le marché de Laval en plein centre ville, entre le Palais de Justice et la cathédrale, l’aurait confortée dans l’idée qu’elle aurait raison : « Sur le marché, quand on aborde les Lavallois, d’abord nous n’avons pas de refus et dans 85 % des cas les gens s’ouvrent à nous et nous disent la même chose : insécurité et ras le bol ! » Le RN comptabilisé 13 % su Laval aux dernières élections, les Européennes.

Récemment, Jean-Michel Cadenas a rendu public sa liste avec la publication de tous les noms. Mais la photo (ci-dessus) ne représente qu’une partie des colistiers d’Odile Menant qui s’y trouve bien en deuxième position. Les autres ne sont-ils en fait que des noms ? Ou bien n’ont-ils peut-être pas souhaité apparaître sur la photo ? Ce que peut révéler cette simple phrase d’Odile Menant, quand elle nous a déclaré : « Je suis sur le ring et je prends des coups ! ».

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  1. Nulle censure ici. Pour être bénévole et intervenir sur l’antenne sur l’Autre Radio, il faut signer une charte indiquant que l’on respecte et partage les valeurs de la radio. Parmi ces valeurs, la tolérance et l’ouverture… Une cadre du RN n’y a donc logiquement pas sa place.

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