Ni Macron, ni Gilets jaunes! – Par Michel Rose

Par Michel Rose*

Du petit feu à l’incendie… Rappelons-nous comment tout a commencé. Début novembre 2018, une morbihannaise, Jacqueline Mouraud, lançait un appel via le réseau social Facebook pour manifester sa colère face à l’augmentation des carburants et notamment du diesel. Une petite allumette qui allumait un petit feu de revendication. Qui pouvait alors imaginer que les flammes allaient vite se propager sur tout le territoire pour se transformer en un incendie incontrôlable ?

Le pouvoir en place a commis une double faute. Ne pas s’être rendu compte combien la hausse des carburants et notamment du diesel était un sujet sensible pour tous les gens qui utilisent leur voiture par nécessité. Parce qu’ils doivent se déplacer pour aller travailler, pour effectuer leurs achats, pour emmener leurs enfants à l’école et aux activités de loisirs (sportives, culturelles…), pour eux-mêmes s’insérer dans une vie sociale autre que celle liée à leur travail.

Le ressentiment de se voir pénaliser une fois de plus parce qu’on habite « loin de la ville et de ses lumières » était activé pour faire sortir toutes les frustrations accumulées depuis des années.

Seconde faute : ne pas avoir su éteindre rapidement ce qu’il était encore possible d’éteindre en renonçant aux taxes nouvelles qui élevaient le prix des carburants. Double faute qui allait entraîner le pays dans une crise sociale aux conséquences encore imprévisibles.

Un président hors-sol…

L’élection présidentielle de mai 2017 a engendré un bouleversement inédit dans la vie politique française. Et je ne pense pas qu’on en ait réellement analysé les causes et mesuré les conséquences ! Le parti du président sortant réalisant un score misérable et le principal parti d’opposition affaibli par un candidat englué dans un scandale politico-financier ont été relégués aux cinquième et troisième places. Alors que derrière le candidat du ni droite ni gauche arrivé en tête avec 24,01% des voix, se pointait Marine Le Pen et au quatrième rang Jean-Luc Mélenchon. Et à eux deux ils cumulaient plus de 40% des voix, soit environ 14,6 millions d’électeurs ! Au second tour Emmanuel Macron l’emportait avec 66,10% des voix (20 millions d’électeurs) contre Marine Le Pen 33,90% (10 millions d’électeurs)

Le Président dans les rues de Laval – image Twitter

J’ai toujours pour ma part dénoncé la démarche bonapartiste d’Emmanuel Macron, arrivé au pouvoir suprême via une sorte de parcours hors sol politique, n’ayant jamais réellement vécu ce qu’était la réalité d’un mandat d’élu. Il s’est cru capable de résoudre problèmes et difficultés se présentant à lui grâce à sa seule volonté personnelle et à la faiblesse de l’opposition parlementaire.

Il n’a pas su mesurer combien son attitude hautaine, son apparent surmoi, ses petites phrases provocatrices, son ignorance du monde associatif pouvaient à la longue générer un sentiment de rejet à son égard chez bon nombre de français.

Gilets jaunes : populisme et poujadisme

Le mouvement social dit des gilets jaunes rappelle à certains égards les « révoltes » menées dans les années cinquante par Pierre Poujade et dans les années soixante-dix par Gérard Nicoud (CID-UNATI). Tous les deux avaient en commun cette rage contre l’État et ses grands commis, ainsi que les politiques qui mangeaient sur le dos des « petits » (commerçants, artisans, agriculteurs…). A noter que parmi les 56 députés élus à l’Assemblée Nationale sous la bannière de « Union et fraternité française » de P. Poujade figurait un certain… Jean-Marie Le Pen.

Sur la forme, que des citoyen.ne.s s’unissent et s’identifient en portant une chasuble jaune pour exprimer leur colère et leur mécontentement face aux gouvernants de leur pays, rien de plus normal dans un pays démocratique. Que des citoyen.ne.s se rassemblent pour réclamer des mesures en faveur de plus de justice sociale et fiscale, pour une évolution de nos institutions, rien de plus normal dans un pays démocratique.

Mais que ce mouvement se radicalise via des individus qui détournent l’objet initial de la mobilisation pour en découdre avec les forces de l’ordre, pour casser, pour insulter, menacer des élu.e.s de la République et des journalistes et in fine régler des comptes avec tout ce qui représente l’Etat, non ! Non à la violence, non aux manipulations des idées, non aux intimidations, non à la déstabilisation des institutions républicaines ! Et attention de ne pas jouer avec le feu pour l’opposition républicaine ! Certain.e.s sont tenté.e.s de se dire que ce moment est un juste retour de bâton contre Emmanuel Macron et son arrogance. Cela va lui faire les pieds! Mais en prenant garde de ne pas détourner les yeux et la tête face aux exactions commises lors des manifestations à Paris et ailleurs… Le désordre et le désir de certain.e.s de transformer la France en une énorme ZAD pourraient nous conduire à de néfastes conséquences pour notre pays. Alors mesdames et messieurs les élu.e.s de l’opposition républicaine, prenez vos responsabilités pour condamner toutes les violences, toutes les intimidations, tous les discours factieux qui ne peuvent mener qu’à la déstabilisation de notre démocratie républicaine.

Gilets Jaunes sur un rond point – © leglob-journal

Car ne soyons pas naïfs, certain.e.s enfilent des gilets jaunes pour se dissimuler puis instiller leurs idées populistes de droite et d’extrême droite. Ils rêvent de revanche, voire de renverser le pouvoir en place, de le conduire à se saborder avec une dissolution de l’Assemblée Nationale. Puis de ramasser la mise comme on l’a vu dans d’autres pays de l’Union européenne : Autriche, Hongrie, Italie…

D’ailleurs comment interpréter autrement ce soutien aux gilets jaunes de la part du duo de vice-présidents du Conseil italien : le populiste Di Maio et l’extrémiste de droite Salvini !

Un mouvement populiste hétéroclite

Un mouvement généré par un profond sentiment d’injustice. De la révolte contre la hausse des carburants, on est rapidement passé à la dénonciation d’injustices en tous genres, sociales, salariales, fiscales qui sont une réalité dans notre République « indivisible, laïque, démocratique et sociale » (article 1er de la Constitution du 4 octobre 1958).

Internet a permis le libre accès aux informations en tous genres – y compris les fausses informations et manipulations – avec une rapidité inégalée. On peut d’un clic connaître la rémunération mensuelle brut du président du Sénat, du défenseur des droits, d’une infirmière débutante ou d’un salarié au SMIC…. Respectivement : 20 679,29€ ; 15 725€ ; 1615€ ; 1521,22€.

Pour beaucoup, les écarts de salaires, de pensions de retraite, de revenus en général sont beaucoup trop élevés, voire indécents dans notre pays. D’autant que les impôts indirects comme la TVA ou la taxe sur les carburants touchent de manière égale les citoyens sans distinction de revenus. Quant à l’impôt sur les revenus le taux maximum d’imposition est aujourd’hui de 45% au-dessus de 153.783€ déclarés contre 65% en 1982 pour plus de 195.000 francs (29.727€). En une trentaine d’années (des années 80 aux années 2010), le plus fort taux d’imposition a baissé de 65 % à 45 % et le nombre de tranches a diminué de quatorze à cinq.

De plus apparaissent de temps à autre des informations sur des avantages, d’autres diront des privilèges, accordés au personnel politique comme ces frais funéraires pour les députés, sénateurs en exercice et à la retraite, à leur famille ; si un ancien député décédait son conjoint pouvait toucher jusqu’à trois fois la pension de retraite du défunt soit environ 8.400€. Depuis mars 2018 cette somme a été réduite à 2.350€. Mais il est néanmoins légitime de se poser la question du pourquoi de ce privilège d’un autre âge !

Pendant les fêtes de fin d’année sur un rond-point

Tout cela participe à une défiance généralisée à l’encontre du personnel politique, des élu.e.s accusé.e.s de « profiter du système » et de se payer grassement, alors que les petites gens, actifs et retraités, galèrent pour boucler leur fin de mois ! Le terreau du populisme, du poujadisme, voire de l’antiparlementarisme est tout trouvé mais il faut bien le reconnaître, ce sont les politiques de tous bords qui l’ont eux-mêmes généré… S’ils veulent que le sentiment d’injustice s’atténue dans notre pays, il leur faut sérieusement balayer devant leur porte en réduisant leurs indemnités, leur train de vie et en faisant disparaître tout ce qui peut ressembler à des privilèges détenus par eux seuls .

Mais qui sont les gilets jaunes ?

Avant d’être Gilet jaune, on a forcément un parcours d’individu politique, comme tout citoyen, où l’on a effectué des choix lors des différentes élections : on est allé voter ou on n’y est pas allé, on a voté blanc ou on a choisi un(e) candidat(e) parmi d’autres… Il aurait été intéressant que les médias ou les sociologues s’intéressent un peu plus en profondeur aux parcours professionnel, d’engagement social et politique de celles et ceux qui ont émergé comme leaders du mouvement. Ce qui me dérange profondément, c’est que le gilet jaune avance masqué en affirmant « je suis gilet jaune, cela suffit pour m’identifier et me reconnaître« . Mais non ça ne suffit pas ! Votre mouvement est éminemment politique puisque vous vous attaquez et remettez en cause le Président de la République, les élu.e.s, les organisations tels les partis politiques et les syndicats… « Nous sommes indépendants et apolitiques, a-t-on entendu, c’est notre credo et notre force ! » Oui mais et j’en reviens à ma remarque initiale : on a forcément un passé politique qu’il ne faut pas masquer et assumer en toute transparence.

Le Nouvel Observateur, L’OBS comme on dit maintenant, a repris une enquête du journaliste Roman Bornstein effectué pour la Fondation Jean Jaurès afin d’analyser le contenu des groupes Facebook des Gilets jaunes. Enquête très instructive qu’il faut lire pour mieux comprendre la nébuleuse Gilets jaunes.

« A ce jour, aucune enquête journalistique poussée n’a été publiée sur le passé militant et l’univers idéologique de ces deux individus. (Eric Drouet et Maxime Nicolle). Dans la précipitation du direct, plateaux télé et stations radio ont ainsi tendu leurs micros à des invités dont ils ne savaient rien.

Ce faisant, ils ont exposé la fragilité de tout un système médiatique qui, dépassé par les réseaux sociaux, a collectivement renoncé à jouer son rôle de filtre journalistique et montré la facilité et la rapidité avec laquelle un petit groupe de parfaits inconnus pouvait désormais s’imposer à l’agenda politique national. Pour en savoir plus sur les deux leaders, il faut donc là encore se rabattre sur leur activité sur Facebook. Premier constat : ils ont effacé leurs publications antérieures au début de la mobilisation. »

Plus loin on peut lire « Indépendamment des colorations idéologiques personnelles, les groupes Facebook des « gilets jaunes » ont permis de dégager une série de revendications.

Les leaders de ce mouvement ont ainsi relayé une liste de propositions issue d’une consultation en ligne menée auprès de 30.000 personnes. Le 29 novembre, médias et députés ont ainsi été informés de 42 « directives du peuple ». Pour les situer politiquement, Le Monde a procédé à une comparaison de ces propositions avec les programmes des candidats à l’élection présidentielle de 2017. Les deux tiers sont compatibles avec le programme de Jean-Luc Mélenchon, et la moitié des propositions sont partagées par Nicolas Dupont-Aignan et Marine Le Pen.

Au-delà de la personnalité des leaders, de leur passé politique, de leurs activités militantes, de leurs votes antérieurs et de leurs propositions, il est frappant de constater l’ambiance générale très inquiétante qui se dégage des conversations que mènent entre eux les « gilets jaunes » sur Facebook. Si, individuellement, ils ne viennent pas tous de l’extrême droite, ils s’y dirigent collectivement.

Organisation de la contestation près de Fougères – © leglob-journal

Qu’est-ce qui autorise à le craindre ? D’abord, ils en ont déjà le vocabulaire : beaucoup d’outrances, d’insultes, de comparaisons animalières, de diabolisation de l’adversaire et un refus absolu du compromis. Ensuite, et c’est essentiel, parce que mis bout à bout leurs discours cochent l’ensemble des cases du rejet de tout ce qui fait un système républicain et démocratique. Il y a d’abord la haine d’un pouvoir illégitime malgré le vote qui l’a installé. On veut entrer dans l’Elysée pour renverser un président qui a été élu, on veut marcher sur l’Assemblée nationale pour la dissoudre, on veut supprimer le Sénat, car « le peuple c’est nous ». Il faut également évoquer la haine des institutions, des contre-pouvoirs et des corps intermédiaires. On dénonce une justice de classe, aux ordres, on applaudit aux vidéos de violences contre « la police politique de Macron », on traite les syndicats de parasites vivant sur le dos des adhérents, on appelle à la suppression de partis politiques constitués d’élus forcément corrompus et menteurs qu’il faudra mettre au smic. »

Une Vème République d’un autre âge !

Voilà ce que j’écrivais en février 2017, en pleine campagne électorale présidentielle : « Curieux peuple français ! Les ci-devant citoyens ont coupé la tête du Roi Louis XVI mais ils élisent un monarque républicain à échéance régulière. Dans la plupart des autres démocraties européennes, l’exécutif est assuré par un chef de gouvernement issu d’élections législatives. En France nous sommes riches d’un exécutif bicéphale composé d’un président et d’un Premier ministre. Chacun possède son cabinet, ses propres conseillers et collaborateurs, son protocole…ce qui ne favorise pas la diminution des frais de fonctionnement de la République !« 

L’un de nos contemporains éclairés a écrit il y a plus de 10 ans : « Nos institutions souffrent d’un mal profond : l’hyperpuissance du président. Il est le véritable chef du gouvernement, pour ne pas dire le gouvernement à lui seul, dans la pratique actuelle de l’Élysée. Et, depuis le quinquennat et la succession des élections présidentielles et législatives, il est le chef réel de la majorité présidentielle à l’Assemblée. La séparation des pouvoirs n’est qu’apparence. De surcroît, ce pouvoir sans pareil n’est assorti d’aucune responsabilité. J’appelle ce régime la monocratie : le pouvoir d’un seul dans la République. (…)«  (Robert Badinter, Le Monde, juillet 2008).

Il nous faudrait en fait boycotter l’élection présidentielle, et ainsi refuser le mirage – ou le miracle- de l’homme ou de la femme providentiel.le qui veut faire croire qu’avec lui ou qu’avec elle « c’est sûr, ça va changer ! Je m’y engage ! ». On éviterait ainsi toutes les désillusions et déceptions proportionnelles à la somme des promesses et engagements non tenus par les candidats une fois élus ! »

Pas un président n’a eu le courage, même pas F. Mitterrand et F. Hollande, de s’attaquer à une vraie réforme constitutionnelle afin de sortir de cette monarchie républicaine qui étouffe la démocratie. Sortir du scrutin uninominal à deux tours qui est profondément injuste et constitue une représentation nationale non conforme à la véritable réalité politique du pays. Mettre en place une vraie proportionnelle afin que l’élection des députés corresponde réellement au choix premier des électrices et électeurs. Ensuite, comme dans la majorité des démocraties parlementaires, le chef de l’État qu’ils soit républicain ou monarque, désigne un chef de gouvernement chargé de constituer un gouvernement soutenu par une majorité parlementaire. Comme cela existait d’ailleurs avant 1958 ! Au risque, vont dénoncer certains, d’une instabilité gouvernementale qui a mis à terre la IVème République et de possibles alliances contre-nature populo-fasciste (Italie) qui peuvent faire craindre le pire pour notre République.

La foule n’est pas le peuple !

Dans un remarquable article paru le 10 décembre 2018, Olivier Costa (directeur de recherche au CNRS, directeur des Etudes politiques au Collège d’Europe-Sciences Po Bordeaux) rappelait que « la foule n’est pas le peuple« . En effet en s’autoproclamant représenter « le peuple » les Gilets jaunes excluent de fait celles et ceux qui ne sont pas Gilets jaunes et donc ne pourraient eux aussi se réclamer être « le peuple« .

Les 80.000 ou 100.000 ou 150.000 Gilets jaunes ne sont pas plus le peuple que n’importe quel autre groupe de Français s’affublant d’un foulard rouge ou d’un bonnet rose ! Le peuple, c’est l’ensemble de la Nation ; il ne se découpe pas en tranches de saucisson au bon vouloir de tel ou tel groupe ! Cette confiscation du mot peuple par les gens portant une chasuble jaune est particulièrement détestable et source de divisions pour créer des affrontements entre les citoyen.ne.s d’un même pays. Et où retrouve-t-on ces appels au peuple pour bousculer le pouvoir en place, voire le renverser ? Comme par hasard chez les deux pôles de la sphère politique française : le Rassemblement National et la France Insoumise.

Quid du collectif et de la coopération !

Le discours des Gilets jaunes s’appuie sur quelques revendications et slogans liés au pouvoir d’achat, au référendum dit citoyen, au « Macron démission« … Le « Nous ne céderons rien » qui sonne comme un ultimatum rédhibitoire d’enfant buté face à son éducateur est une impasse qui conduit mécaniquement à établir un rapport de forces voulu et instrumentalisé par des extrêmes qui rêvent de faire chuter cette démocratie du compromis politique qu’ils détestent. Ils sentent que la bête est blessée, qu’elle est en état de faiblesse et qu’il faut donc continuer à la poursuivre pour l’affaiblir encore davantage afin de la mettre à terre.

Une république de la diversité

Que les Républicains se réveillent avant qu’il ne soit trop tard ! Le jusqu’auboutisme, l’intolérance, les insultes, le chantage, les violences d’une minorité active et déterminée ne sont pas acceptables dans notre démocratie. Il nous faut réhabiliter les vertus de l’écoute mutuelle, du dialogue, de la co-construction, de la coopération et du collectif. Toutes les constructions humaines sont fragiles, des plus petites aux plus grandes, de la cellule familiale aux civilisations établies, de notre parcours personnel aux sociétés installées…. Les exemples récents et contemporains ne manquent pas, de la chute de Carlos Ghosn à l’effondrement de l’URSS…

Depuis une trentaine d’années, la société des individus a remplacé une société de groupes qui agissaient collectivement pour défendre des idéaux liés à une société plus juste et plus fraternelle. Je ne me suis jamais réjoui de la chute du PCF dans les années 80, ni du faible taux de syndicalisation en France (moins de 10% des salarié.e.s) et donc de l’affaiblissement de ces contre-pouvoirs indispensables au bon fonctionnement d’une démocratie sociale.

Nous en payons aujourd’hui les conséquences puisque ce ne sont pas les organisations représentatives des travailleurs qui ont secoué le pays pour réclamer davantage de justice sociale, fiscale, de pouvoir d’achat. Ce sont des individus qui ont, par la force nouvelle des réseaux sociaux, aggloméré des frustrations, des revendications diverses liés à leur vie personnelle de tous les jours. Toute cette « colère » aurait très bien pu passer par le filtre des syndicats ou d’associations militantes, mais cela n’a pas été le cas, le mouvement se caractérisant par une défiance généralisée à l’égard des « organisations » au sens large du terme.

Je voudrais rappeler ici que la somme d’intérêts particuliers ne constitue pas l’intérêt général car nous vivons en société organisée où l’intérêt général se construit en prenant en compte tous les paramètres liés à un projet afin que l’on soit bien certain qu’il servira la population entière d’un territoire et non une partie des citoyens. Il s’agit donc de réveiller notre citoyenneté pour débattre et construire du commun. Et non continuer à s’affronter de façon nihiliste car la violence est une impasse, un échec de la pensée !

Toutes les violences conduisent à l’échec : violences familiales, violences collectives, violences policières.

Elles sont toutes la résultante d’un manque de raison, d’un manque de dialogue et de compréhension mutuelle, de tolérance et de bienveillance envers son prochain, d’un manque d’éducation tout court. Il faut éduquer à se respecter, à dialoguer, à construire ensemble, pour « faire société« , pour vivre ensemble dans nos différences et non s’invectiver et se haïr !

Un monde bousculé !

Nos sociétés occidentales, de l’Europe à l’Amérique du Nord, ne vont pas bien. Elles se cherchent dans un jeu mondial bousculé par la modernité technologique et les nouvelles techniques de communication qui ont réduit la planète à un village où chacun.e connait presque tout de son voisin !

La révolution industrielle du XIXème siècle alliée à la colonisation ont légitimé la toute puissance de l’Europe et du sous-continent nord-américain. Toute puissance remise en cause depuis une cinquantaine d’années par d’autres pays qui ont gagné leur indépendance, d’autres pays qui ont émergé petit à petit comme puissances incontournables. Il nous faut maintenant apprendre à partager les productions agricoles, industrielles, de services et vivre dans une concurrence exacerbée qui de fait crée des tensions économiques, sociales et au final politiques au sein de ce vieux monde habitué à tout manœuvrer depuis tant et tant d’années…!

Nous sommes tous locataires provisoires d’une même planète mais des locataires logés à des conditions tellement différentes que beaucoup n’acceptent plus les logements mal équipés et insalubres qu’on leur impose. Ils réclament une légitime amélioration de leurs conditions de vie afin d’accéder eux aussi à un logement décent.

Quelle issue ?

La France est un petit pays faisant partie d’une communauté européenne vieillissante et qui n’a d’autre choix que de s’unir pour faire face aux enjeux économiques, sociaux, écologiques et politiques de demain. Ce n’est pas en se repliant sur soi, en développant des discours souverainistes et populistes que la France se protègera et répondra aux défis majeurs qui nous guettent. Et ce n’est pas non plus en désignant des boucs émissaires et en criant le plus fort que l’on créera les conditions pour que vive la « République indivisible, laïque, démocratique et sociale » promise dans notre Constitution.

D’un mal peut naître un bien dit l’adage. Le Grand Débat national est une porte ouverte à tous les citoyens du pays puisqu’il nous invite à débattre, à échanger, à consigner remarques et propositions. Refuser d’y participer ou faire la fine bouche sont des choix que l’on peut effectuer, le jeu politique est ainsi fait. L’adoption d’une posture du refus, de méfiance fait partie d’une possible stratégie pour dénoncer un supposé piège de l’adversaire. Les élu.e.s de mai et juin 2017 – Président de la République et député.e.s – auront ensuite à digérer et mouliner toutes ces contributions pour choisir, débattre et mettre en route de manière programmée des actions concrètes pouvant répondre aux besoins et attentes exprimés par les français.

Mais tout se tient dans notre puzzle socio-économique et avant de faire varier un curseur d’un côté ou de l’autre, il s’agira de bien mesurer toutes les conséquences engendrées en aval. C’est au pouvoir politique en place d’effectuer des choix, sans oublier d’associer en amont les forces représentatives de la société civile – syndicats, associations, chambres consulaires, conseils économiques, sociaux et environnementaux… – pour les expliquer et les justifier. Ensuite les échéances électives arriveront au fil du temps politique pour conforter ou sanctionner les responsables en place.


*Cette Tribune a été écrite le 23 janvier 2019, par Michel Rose qui se défini comme « militant associatif depuis 45 ans« .

Commenter cet article