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Défendre les services publics en Mayenne par leur nécessaire maintien en milieu rural, craindre la réforme des Institutions et son impact négatif sur la représentation parlementaire dans le département, mais aussi parler de « déménagement du territoire » en Mayenne en raison des politiques menées au niveau national, voilà pour résumer ce que nous dit Yannick Favennec qui a volontiers accepté de s’exprimer, sur ces thèmes et d’autres, dans un entretien accordé à votre journal en ligne. Le député UDI de la Mayenne rattaché au groupe « Les Constructifs » à l’Assemblée Nationale répond à nos questions à l’occasion d’un forum-débat sur la ruralité organisé à son initiative à Carelles* en Mayenne, le Jeudi 19 Avril 2018. La ruralité que Yannick Favennec entend défendre, comme il dit, « bec et ongle ».

L’entretien

- Leglob-journal : « Ruralité : variable d’ajustement des politiques publiques nationales ? » c’est l’intitulé de ce Forum-débat, que voulez-vous démontrer ?

Yannick Favennec : Il est important de comprendre qu’une variable d’ajustement doit être passagère et équitable. Si les territoires ruraux peuvent accepter de participer, de temps en temps, à la nécessaire solidarité nationale en étant la variable d’ajustement de certaines politiques publiques, il est essentiel que cette situation ne soit pas à sens unique et permanente. Or, nous le voyons bien, quels que soient les gouvernements en place, l’habitude a été prise de retarder, voire sacrifier, certaines politiques publiques à l’égard des territoires ruraux pour en favoriser d’autres ailleurs.

Le dernier exemple, c’est celui de l’école. Quand le président de la République, propose de mettre douze élèves par classe dans les zones d’éducations prioritaires, je trouve cela formidable pour ces territoires, mais nous voyons bien que cette mesure se met en place au détriment des écoles en milieu rural. En effet, il faut bien aller chercher les enseignants quelque part, et comme il n’y a pas de création de poste, l’État vient les chercher dans le monde rural. Or, contrairement à la promesse du président de la République, en juillet 2017 au Sénat, de ne plus fermer de classes en milieu rural, la rentrée scolaire prochaine sera caractérisée par le plus grand nombre de fermeture de classes dans nos territoires ruraux.

En Mayenne, ce sont ainsi vingt-cinq classes qui vont être fermées en septembre prochain. En matière d’éducation, nous le voyons, utiliser nos écoles comme variable d’ajustement pénalise nos territoires et plus particulièrement nos enfants. Il est important que les pouvoirs publics aient à l’esprit que derrière cette utilisation des territoires ruraux comme variable d’ajustement des politiques publiques, il y a des femmes et des hommes qui méritent d’être respectés, il y a des atouts qui méritent d’être valorisés, il y a des acteurs qui méritent d’être soutenus.

La variable d’ajustement ne peut s’inscrire dans la systématisation et la permanence au risque de devenir de la discrimination. Je tiens à préciser que mes propos de ne vise pas à opposer le monde rural et le monde urbain mais, au contraire, à les associer dans une même dynamique, dans une même solidarité, pour contribuer ensemble à la réussite de la France, car ils sont complémentaires.

- Leglob-journal : Pensez-vous qu’on puisse dire que l’on assiste à un phénomène de « déruralisation », comme on a pu parler de désindustrialisation dans les années 90 en France ?

La déruralisation est un terme qui signifie désertification des régions rurales, en particulier, le départ des agriculteurs. En ce sens, oui il y a malheureusement de moins en moins d’agriculteurs, parce que la profession est en crise et que les réponses apportées ne sont pas à la hauteur des enjeux de l’agriculture.

En revanche, depuis quelques années, il y a un vrai retour à la campagne d’une autre catégorie de population qui aspire à un mode de vie plus naturel, à une certaine qualité de vie propre au monde rural. Or, certains acteurs publics et privés n’ont pas saisi l’ampleur de ce phénomène et campent dans une posture de métropolisation discriminante pour les territoires ruraux et pénalisante pour leurs populations.

Le député Yannick Favennec sur un vieux tracteur, quelque part en Mayenne

- Leglob-journal : La ruralité a toujours été un de vos chevaux de bataille. Vous en avez fait même une marque de fabrique de votre image de député en Mayenne. Pourquoi la ruralité est-ce si important à vos yeux d’homme politique ?

Yannick Favennec : Je suis le député d’un territoire rural et j’en suis très fier. Ma conception du mandat de parlementaire passe par une présence permanente sur le terrain, et c’est à partir de cette pratique que j’ai pu mesurer l’ensemble des problématiques du monde rural. C’est donc naturellement, bien loin d’une quelconque idée de marque de fabrique ou d’image, que je porte la ruralité comme un étendard à l’Assemblée nationale. Cela est d’autant plus important que les députés ruraux sont bien moins nombreux que les députés urbains.

De plus, malheureusement, cela ne va pas s’arranger avec la future réforme de nos institutions, et en particulier la diminution du nombre de parlementaires. Ainsi, selon toute vraisemblance, la Mayenne n’aura plus que deux députés et un sénateur à la suite de cette réforme. Les députés de terrain vont donc disparaître et devenir des députés hors sol, déconnectés de la réalité du quotidien de nos concitoyens et donc du monde rural. Aussi, je m’opposerai à cette réforme car elle est dangereuse pour la représentation de la ruralité au Parlement.

- Leglob-journal : Vous êtes moins présent sur la désertification médicale par exemple que votre collègue mayennais le Député PS Guillaume Garot. Pourquoi ?

Je ne vois pas sur quels arguments concrets vous appuyez votre affirmation qui est fausse. En effet, depuis que j’ai l’honneur d’être député de la Mayenne, je me bats par tous les moyens, pour lutter contre ce phénomène. Il y a la partie visible de mon action contre la désertification médicale, au travers des outils parlementaires. Je pense, notamment, aux questions écrites, aux questions orales, aux propositions de lois, aux amendements, au travail en commission, etc.

Il y également la partie moins visible parce qu’elle n’est pas forcément comptabilisée dans le travail parlementaire. Il s’agit d’actions « souterraines », de rencontres de terrain, de réunions de travail multiples et régulières avec les acteurs concernés et les élus locaux. Je rappelle par ailleurs que je suis conseiller régional des Pays-de-la-Loire et que j’ai contribué, par ce mandat, par exemple, au financement de maisons pluridisciplinaire de santé en Mayenne.

Par ailleurs, j’ai été très présent, lors de la discussion de la proposition de loi de la Nouvelle gauche, à l’Assemblée nationale, en début d’année, et je l’ai même soutenue, contrairement aux parlementaires socialistes qui, eux, n’ont pas eu la même attitude, lorsque qu’avec mon groupe parlementaire nous avions déposé le même texte un an auparavant. J’ai une conception très trans-partisane des moyens et des actions à mener pour lutter contre la désertification médicale en milieu rural et je suis impliqué en permanence dans ce combat.

- Leglob-journal : Vous étiez déjà allé en critiques contre votre propre famille politique, à savoir l’UMP, que vous avez finalement quitté. Rachida Dati, la Garde des sceaux de Nicolas Sarkozy fermait des tribunaux en France, il y a une dizaine d’années, et vous disiez que cela allait à l’encontre de l’aménagement du territoire. Rien n’aurait donc changé ?

Depuis l’âge de seize ans j’ai toujours été animé par les mêmes valeurs, des valeurs de centre-droit, et c’est parce qu’elles n’étaient plus respectées que j’ai quitté l’UMP afin de les défendre au sein d’une formation politique plus en phase avec ce qui a toujours été le terreau de mon engagement et de mon action.

Oui, sous Nicolas Sarkozy, il y a eu du déménagement du territoire, comme il y en a eu sous François Hollande et comme, force est de constater, il y en a avec Emmanuel Macron, parce que la ruralité a toujours été la variable d’ajustement des politiques nationales. Hier la justice, aujourd’hui l’école, demain... ? Je continuerai à me battre, bec et ongle, contre toute mesure qui contribuera à affaiblir nos territoires, parce que la ruralité, ce sont des potentiels extraordinaires, des savoir-faire reconnus et des acteurs compétents et dynamiques. Elle fait partie de l’identité de la France dont elle a construit l’histoire et contribue chaque jour à notre économie nationale. Elle fait partie de notre ADN.

Le député UDI-Constructif, ici à l’Assemblée Nationale, à droite sur la photo

- Leglob-journal : Aujourd’hui à l’UDI, vous êtes dans le groupe des « Constructifs » à l’Assemblée Nationale, soutenant Emmanuel Macron, mais vous montez encore au créneau avec d’autres députés contre les politiques de l’exécutif : fermeture en milieu rural de classes et d’écoles, de bureau de poste, de lit d’hôpitaux, etc. ?

Yannick Favennec :Je suis un député constructif et non godillot. Je ne suis pas un député de la République en marche, mais un député libre et indépendant. C’est la raison pour laquelle, je ne suis pas un inconditionnel du président de la République. Aussi, quand les textes qui sont présentés au Parlement vont dans le bon sens, je les vote. Cela a ainsi été le cas pour la loi de moralisation l’année dernière, mais aussi pour la réforme ferroviaire actuellement en discussion. Lorsque les textes ne vont pas dans le bon sens, je ne les vote pas, comme pour l’augmentation de la CSG. Hier, comme aujourd’hui, je n’hésite pas à monter au créneau lorsque les textes vont à l’encontre de l’intérêt de la ruralité, et donc de la France.

Oui, je suis contre les fermetures de classes en milieu rural parce qu’elles sont envisagées, non pas sur la base d’une logique territoriale, mais à partir d’une logique technocratique et comptable. Ce sont des logiques à court terme et stériles. Je rappelle que je suis également très engagé en faveur de la défense de l’hôpital de Mayenne parce qu’il est un outil moderne avec un personnel de qualité, et qu’il permet de lutter contre la désertification médicale. J’avais en son temps obtenu des subventions de l’État lors de sa construction.

Quant à La Poste, je suis encore intervenu récemment auprès de son Président pour dénoncer le désengagement territorial du groupe opéré sans aucune concertation avec les élus locaux. Je comprends la nécessité de modernisation de La Poste, mais « modernisation » ne signifie pas « disparition ». Aussi, les acteurs du territoire doivent être pleinement associés à tout projet ayant un impact sur le quotidien des habitants.

- Leglob-journal : Pas de représentants à ce forum de la Sarthe et du Maine-et-Loire par exemple, qu’est-ce que cela veut dire ? Faut-il en déduire que ces deux territoires ne sont pas concernés par le phénomène de « déruralisation » ?

J’organise ce débat en tant que député et non comme conseiller régional des Pays-de-la-Loire. J’ai invité deux de mes collègues parlementaires, de l’Eure-et-Loir et d’Ille-et-Vilaine, parce qu’ils sont comme moi très préoccupés par l’avenir des territoires et très investis en faveur de leur défense et de leur promotion. Nous nous connaissons bien, nous avons l’habitude de travailler ensemble et nous avons tissé des liens d’amitié et de confiance.

Philippe Vigier, rapporteur de la commission d’enquête parlementaire sur les déserts médicaux et Thierry Benoit, porte-parole du groupe UDI sur la future loi agricole, partagent avec moi cette conception du mandat de terrain.

- Leglob-journal : A ce Forum-Débat participeront un député de l’Ille-et-Vilaine, de l’Eure-et-Loir et vous de la Mayenne, autrement dit, des élus de la Bretagne, de la région Centre-Val-de-Loire et de celle des Pays-de-la-Loire... Ces trois régions différentes qu’est-ce que ce rapprochement signifie en filigrane ?

Ce rapprochement signifie que la problématique rurale touche toutes les régions de France. Il ne faut pas y voir autre chose et certainement pas de ma part une volonté de fusionner ces trois régions. Je m’étais d’ailleurs opposé à cette réforme improvisée et bâclée de fusion des régions décidée sur un coin de table par l’ancien président de la République.

Le carton d’invitation pour le Forum-débat

- Leglob-journal : Enfin, sur quoi pourrait déboucher cette rencontre ?

Comme à l’occasion de chaque forum-débat que j’organise, j’attends des échanges, des propositions pour avancer ensemble dans la bonne direction. Certes, j’ai une vision pour agir dans l’intérêt des territoires ruraux, mais je suis le représentant de citoyens à qui je donne régulièrement la parole afin d’être en permanence au contact de leur réalité.

C’est pourquoi ma pratique du mandat de député passe, à la fois par des rencontres individuelles ou par petit groupe avec les citoyens, les élus locaux, les acteurs de terrain, mais aussi par des échanges de plus grande envergure à l’occasion de réunions thématiques. Dans ces moments-là, la parole est différente et je constate toujours qu’une émulation créatrice au service du monde rural émerge du débat. Bien évidemment, je porterai ensuite à l’Assemblée Nationale, les propositions constructives qui pourront servir l’intérêt de nos territoires.

* Carelles, c’est le village du département de la Mayenne où chaque année au creux du mois de Juillet le député du Nord Mayenne honore de sa présence l’élection festive de Miss Mayenne.


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Yannick Favennec, « député non godillot » et en lutte contre la déruralisation

Publié le: 16 avril 2018
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