Manifestation de jeunes à Laval en 2024 – Archives leglob-journal.fr
Qui se souvient que dans les années soixante à Laval a été conçu et installé un des tout premiers conseils municipaux de jeunes en France ? Ce fut une expérience originale et instructive d’exercice de la vie politique et de mobilisation de nouvelles générations que nos élus et responsables actuels gagneraient peut-être à regarder avec intérêt.
Par Jean-Pierre Maillard

Ce serait comme une modeste leçon de l’Histoire, un moyen plutôt paisible d’arrêter de s’écharper pour des raisons idéologiques ou des soucis de pouvoir, car si l’époque n’est plus la même et les conditions d’exercice de la démocratie et du droit de vote sont profondément différentes, les débats sont similaires et mettent structurellement les mêmes forces en présence et des concepts et objectifs tout aussi respectables et comparables.
Il se trouve que cette séquence, qui a disparu de la mémoire collective ici comme ailleurs malgré les compte-rendus de la presse locale, a été très bien documentée et analysée par un sociologue, Gérard Divay, docteur en sociologie de l’Université de …Laval au Québec, dans un Mémoire présenté en 1968 à l’Institut d’Études Politiques de l’Université de Paris, où on peut encore le consulter.
Ce travail, entièrement consacré à Laval mais qui cite d’autres expériences en Mayenne (en particulier à Château-Gontier et Saint-Denis-de-Gastines), portait sur une problématique générale – « Les jeunes et la vie municipale » – toujours actuelle, et particulièrement sur « l’expérience des Conseils municipaux de jeunes » à rapporter, sociologiquement et politiquement, au contexte national (français!) et local de l’époque (avant mai 68).
Cette expérience s’inspire explicitement et directement de celle de Sedan (Ardennes) qui a été retrouvée et documentée pour une thèse de sociologie (disponible en ligne), soutenue en 1997 à l’Université de Strasbourg par Michel Koebel sur Le recours à la jeunesse dans l’espace politique local. Cette thèse, consultable à distance, porte sur les conseils municipaux d’enfants et de jeunes qui se sont principalement développés depuis les années 80 en France, « après une apparition furtive dans les années 60 ».
Les premières expériences des années 60
Les premiers conseils de jeunes seront en effet complètement oubliés après mai 1968 et 1974 (l’âge de la majorité, donc du droit de vote, passe de 21 à 18 ans). Mais dans sa longue approche contextuelle historique, l’auteur évoque les premières expériences des années 60, dont Laval, et une tentative de fédération nationale (le Conseil National des Jeunes). C’est dans ce cadre qu’il se réfère au mémoire de Gérard Divay, déjà inaccessible à Laval à son époque, mais source précieuse sur le contexte de la « politique jeunesse » de l’époque.
On savourera donc les développements sur Laval, une ville en mutation, croissance démographique au milieu d’un département rural en dépeuplement, activités économiques, et vie locale entre force traditionnelle de l’Église et de la démocratie chrétienne concurrencée par le gaullisme. Le tout avec prise de conscience ouvrière et de la Chambre économique, etc.). Les jeunes à Laval (16-24 ans, activités de loisirs, revendications mais engagement limité, etc.) et la très conflictuelle mise en place du Comité des Jeunes finalement élu, en novembre 1966, avant son intégration au travail municipal puis son extinction progressive.
Le narratif détaillé et très documenté des différentes péripéties (en particulier municipales) des élections et des actions de ce conseil est sans doute à relativiser historiquement et politiquement mais n’en constitue pas moins une photographie objective (statistiques, questionnaires, sondages,interviews, procès-verbaux de réunions, citations, financements, etc. ), excellente du point de vue sociologique, des faits et du comportement des jeunes et des responsables institutionnels. Les initiatives controversées du maire, Francis Le Basser, la constitution des listes électorales, les atermoiements pendant la campagne de la presse locale et de différentes institutions, associations ou entreprises, bref tous les spectacles existent de ce que le désir démocratique ou les enjeux de pouvoir et d’ego peuvent encore engendrer de nos jours.
Ce document sur un tel sujet est le seul qui soit de première main et consacré à une étude locale approfondie, sur des données immédiates. Il devrait intéresser les historiens, les férus de politique et les survivants de cette époque. ⬛
