Condamné en Mayenne, le prêtre pédophile est « assigné en résidence »

Des cierges dans une église - pixabay

Il avait 78 ans quand il a été à nouveau condamné par le tribunal correctionnel de Laval en 2017 à quatre ans de prison avec sursis, pour agression sexuelle sur mineur. La presse à l’époque n’avait pas donné son identité. Aujourd’hui, huit ans plus tard, celui qui est toujours prêtre mais ne peut plus exercer vit « assigné à résidence » dans sa maison située au Nord de la Mayenne.


Par Thomas H.


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« Assigné à résidence chez lui et interdit de toutes missions pastorales… nous explique Firmin Lamy, le chargé de communication du diocèse de Laval qui ne cherche pas, comme ce fut le cas auparavant, à cacher la réalité... Est-ce qu’il reste prêtre ? Oui, vous savez, on ne peut le réduire à l’état de laïc… » . « Réduire« , le terme semble inapproprié, y compris pour le chargé de communication qui le reconnait. Comme si les ecclésiastiques étaient au dessus des « simples » laïcs…

Le Père Huchet, à présent inscrit au FIJAIS, le Fichier judiciaire automatisé des auteurs d’infractions sexuelles ou violentes, a longtemps exercé son office en contact avec le public. Ses agissements ont été dénoncé en 2013 par un jeune homme qui avait porté plainte des années plus tard.

Face la victime, la personne qui se présente à la barre du tribunal était ce prêtre qui « l’a[vait] baptisé mais qui lui a[avait] aussi infligé des agressions sexuelles de janvier 1997 à décembre 1999″ énumère à l’audience le Président du tribunal, le ton grave … La victime avait alors entre 8 et 11 ans. Le président du tribunal correctionnel avait estimé que devant la gravité des actes commis, ces faits auraient dû être jugés aux Assises. Mais la justice a préféré correctionnaliser…

Raymond Huchet vit depuis sa sanction prononcée contre lui à Saint-Berthevin-la-Tannière. Dans la maison justement où l’enfant avait subi les agressions sexuelles. « Il peut célébrer une messe chez lui, in private, mais pas dans une église« , nous explique Firmin Lamy le porte parole du diocèse. Sa mission pastorale existe toujours mais « elle ne peut se faire qu’en toute discrétion » . Ordonné prêtre en Juin 1965, le curé a officié dans plusieurs églises de Laval avant de prendre sa retraite en 2005. Ce n’est qu’en 2017, après des actes dénoncés en 2013 que l’ecclésiastique a été condamné en correctionnelle…


« Une exception qui ne doit pas continuer »


Comme pour le préserver, une fois condamné à quatre ans de prison avec sursis et laissé libre, il a exercé des fonctions bénévoles auprès du diocèse de Laval. Le prélat d’avant Monseigneur Dupont, Thierry Scherrer a cru bon de le mettre à l’abri dans la maison diocésaine à Laval. « Les choses dans le diocèse étaient connues, raconte un prêtre qui l’a côtoyé, mais pour autant il n’a pas été rejeté… Je pense que cela s’est fait clairement mais assez discrètement. A l’époque on en parlait pas beaucoup, vous savez, de ces affaires-là… Il a toujours été entouré dans le diocèse, et quand il a été mis à l’index, il a toujours eu des liens avec des prêtres du diocèse… » Le chargé de communication raconte : « Dans la maison diocésaine, il était aux actes de catholicité, c’est un service bureautique… Cela consistait à enregistrer administrativement les actes de baptême notamment… » Il n’avait donc plus de contact, comme c’était le cas avant sa condamnation.

Pourquoi avait-il été admis au diocèse après être passé devait le tribunal correctionnel ? Pouquoi cette faveur ? « Simplement pour ne pas heurter son intégrité, explique Firmin Lamy et parce qu’il avait été prêtre sur le terrain et que n’ayant plus rien après sa condamnation comme mission cléricale à observer, il avait été jugé que cette fonction de bénévole dans un bureau, au diocèse, c’était une sorte d’état tampon, une sorte d’état de transition …« 


Déjà condamné à deux reprises


Le casier judiciaire du prévenu portait en 2017 au moment des faits reprochés par la justice, déjà deux mentions l’une pour « attentat à la pudeur » et l’autre d’ « agression sexuelle » en Mayenne. Des agissements pour lesquels il avait été condamné en 1999 et 2003. « Déjà en 2000, il n’avait plus de ministère… raconte le prêtre qui l’a bien connu, vous savez c’est une grande souffrance pour les victimes et en même temps , – je ne lis pas dans les consciences et les cœurs -, c’est aussi une grande souffrance pour ceux qui en sont les auteurs… Et le curé d’ajouter : Je ne juge personne ! » .


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« Je peux vous dire que les prises de décisions sont plus fermes… Mais les évêques avant Monseigneur Dupont ont toujours prévenu la justice… » – Firmin Lamy


En Décembre 2024, soit sept ans après avoir été officiellement condamné et avec l’arrivée du nouvel évêque de Laval nommé en janvier par le Pape François, la donne change. Selon Firmin Lamy : « Monseigneur Dupont n’a pas souhaité que cette exception continue et il l’a assigné à résidence chez lui dans le nord du Département. » Finie la faveur ! Le nouvel ecclésiastique en charge de toute la communauté catholique en Mayenne, « veut selon son porte parole être un exemple de probité » , et estime que « l’Église doit être une maison sure et que tout le monde doit s’y sentir bien… Il y a eu certainement un avant et un après CIAS (Commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Église), et avec tout ce qu’on connait depuis, une vraie prise de conscience… » avance Firmin Lamy qui officie en Mayenne depuis deux ans comme porte-parole du diocèse.

Pour lui, l’Église s’est adaptée : « Je peux vous dire que les prises de décisions sont plus fermes… Et il ajoute aussitôt comme pour dédouaner tous ceux qui ont été nommés en Mayenne : Mais les évêques avant Monseigneur Dupont ont toujours prévenu la justice…« 


« Honte et pardon… »


« Je reconnais les faits avec honte, car je découvre que j’ai fait beaucoup plus de mal que je ne le soupçonnais et je demande pardon » avait déclaré le prévenu à la barre du tribunal judiciaire avant de se voir infliger quatre ans de prison avec sursis. Il avait fait profil bas devant les magistrats du tribunal correctionnel, reconnaissant ce qu’il avait commis et demandant « pardon » il avait obtenu une sentance qui lui évitait l’incarcération.


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A Saint-Berthevin-la-Tannière… – leglob-journal.fr

A Saint-Berthevin-la-Tannière dans la maison où les agressions sexuelles avaient eu lieu pendant deux ans selon la victime qui avait témoigné contre lui, et où il vit depuis avec ses moutons, le Père Huchet est absent ce jour-là quand leglob-journal.fr va à sa rencontre pour essayer de savoir le pourquoi de ses actes et si il avait depuis compris pourquoi il avait été un prédateur… Pas de chance, il est en déplacement à Ernée.

Au téléphone de leglob-journal.fr qui l’appelle, il déclare quand on le questionne sur comment il vit depuis sa condamnation : « Cela me gène toutes ces affaires qui sont médiatisées… Non… je ne vous en dirais pas plus… » . Refusant de s’exprimer plus avant, l’ancien homme d’église devait raccroché après avoir observé un silence lourd de signification… Pourtant si ces affaires sont « médiatisées » comme il dit, c’est bien parce qu’il en est, lui et bien d’autres, à l’origine. C’est bien parce que sa culpabilité a été reconnue… Ce jour-là, il avait tout oublié : son implication sur les victimes qui doivent se reconstruire, sa responsabilité aggravée par sa fonction de prêtre et sa condamnation à de la prison assortie du sursis… ⬛


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