La municipalité de L’Huisserie cherche « Toubibs » désespérément 🔓

A L'Huisserie, le maire Jean-Pierre Thiot pendant le conseil municipal où le rapport de la CRC a été rendu public - © leglob-journal.fr
Le maire (Horizon) Jean-Pierre Thiot pendant le conseil municipal où le rapport de la CRC a été rendu public – © archive leglob-journal.fr

Comme par hasard, à quelques semaines du premier tour des élections municipales, Jean-Pierre Thiot le maire de L’Huisserie, candidat à sa réélection, fait démarrer sur le site internet de la commune une opération marketing sur les réseaux pour recruter des médecins. On serait tenter de dire : « Enfin ! » .


Par Thomas H.


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Force est de constater avec cette affiche que le maire n’a pas envie d’arriver en campagne avec un bilan négatif concernant la gestion du centre municipal de Santé (CMS). Alors vite, on met en avant ce qui « ressemble à du bricolage et de la poudre aux yeux » commentent ceux qui n’y croient pas.

Jusqu’à présent les « conditions d’installation » n’étaient donc pas « facilitées » , contrairement à ce qui est inscrit dans le petit rond vert sur l’affiche où l’on peut lire « conditions d’installation et conditions avantageuses« . Les trois médecins qui étaient jusque-là salariés du centre municipal de Santé (CMS) et qui ont dû partir apprécieront.

Cet appel à recruter sonne un peu désespéré pour la municipalité ; mais aussi pour le groupe VYV Pays de la Loire qui peine apparemment à faire accepter son modèle à la profession. Fin 2025, une réunion a eu lieu avec six médecins, mais aucun n’a donné suite…

Sur l’affiche, on voit une photo d’un « toubib » souriant et jeune. Il est donc possible d’en déduire que la ville de L’Huisserie recherche surtout des médecins hommes et d’un âge pas trop avancé, mais en revanche pas de médecins femmes. Ce qui est accentué par la formule « salariés recherchés » qui n’est pas écrite de façon féminisée… Or la loi est claire. Celle du 13 juillet 1983 fait « obligation aux employeurs de ne plus utiliser d’annonces d’emplois exclusivement rédigées au masculin, mais de mentionner les deux genres, d’indiquer que l’emploi est offert aux candidats des deux sexes […] que l’offre s’adresse dans les mêmes conditions aux candidats des deux sexes« 

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Posté sur le site de la ville de L’Huisserie en Mayenne – Capture écran

Ce qui est interdit sous peine de poursuites c’est donc de « faire figurer dans les offres d’emploi des références liées à l’origine, au sexe, à l’âge, etc. […] Ces principes sont inscrits dans le Code du travail (article L. 1132-1), mais aussi dans le Code pénal (articles 225-1 et 225-2). » peut-on lire ici.

Ce genre d’annonce intervient en plus bien tardivement. Car fallait-il attendre que tous les médecins qui ont travaillé à L’Huisserie soient contraints de partir sous l’impulsion de la municipalité qui souhaitait ne plus les conserver au motif qu’ils coûtaient trop cher.

Après le départ au 1er décembre 2024 du Docteur Diop Cheikh-tidiane qui avait été promu « coordinateur » du Centre municipal de Santé (CMS) de L’Huisserie, ce fut le tour du Docteur Thierry Allico de jeter l’éponge dans la foulée.

Ces deux démissions, ces deux départs en cascade alors que tout deux souhaitaient rester en poste, ont été un choc pour la population. Et un bien mauvais signal envoyé. Cela sonnait comme de la « Non assistance à personne en danger » de la part de la municipalité…


Le Docteur Diop en conversation avec Edouard Philippe à lL'Huisserie - image leglob-journal.fr

Le Docteur Diop, « coordinateur des médecins » en conversation avec l’ex-Premier ministre Édouard Philippe lors de sa venue à L’Huisserie en Février 2024 visitant le CMS – © leglob-journal.fr

Mais ce que les habitants de la ville de la première couronne de Laval ne savaient pas à l’époque, c’est que Jean-Pierre Thiot avait en fait intimé l’ordre aux médecins en place de redevenir libéraux pour qu’ils puissent continuer d’exercer dans ce Centre municipal de Santé créé sous la municipalité dirigée par Christian Briand. Un espace dédié aux soins qui, comme son nom l’indique, avait choisi de salarier des médecins qui ne souhaitaient plus exercer en libéral.


« Objectif atteint »


Au cours d’un conseil municipal mémorable, Jean-Marc Bouhours, l’élu de la minorité et précédent maire avait lancé « Mesdames et messieurs de la majorité : votre objectif est atteint, vous pouvez être fiers de vous, vous avez démantelé le centre de santé, vous allez pouvoir faire des économies sur le dos des patients… ».

Depuis, voilà le bel outil que le CMS où exerce toutefois des professionnels libéraux (infirmier-es, angiologue, podologue, orthophoniste, etc. ) vide de médecins généralistes. La prédiction s’est réalisée. La dernière professionnelle en place a vu son contrat non renouvelé pour éviter au bout de deux contrats à durée déterminée d’être CDI-sée comme l’oblige le code du travail… Le temps de la vacance des deux médecins, et pour épauler celle qui va partir en avril 2026, un vacataire effectue entre 6 à 8 jours par mois moyennant « 850 € la journée soit 8500 € TTC » … Même si cela est conforme au barème de la profession ne serait-il pas pour autant payé trop cher ?

De nombreuses questions peuvent être soulevées : pourquoi les commissions Santé autour de la problématique du CMS et présidées par la Première adjointe ne se sont que trop rarement réunies ? Pourquoi des « aides de la commune et un accompagnement à l’installation » comme on peut le lire sur l’affiche ne sont-elles pas intervenues plus tôt ? Pourquoi le maire en conseil municipal a-t-il éludé pour justifier le départ des médecins lorsque la question lui a été posée par un conseiller de la minorité ? Pour le maire, le CMS se résumait de la façon suivante : C’est l’ « histoire d’une excellente idée qui se transforme en fiasco économique…  » avait-il déclaré doctement.


« 11 600€ TTC pour le groupe VYV »


Plus d’un an s’est écoulé entre le départ du premier médecin et la sortie de cette affiche qui ressemble manifestement à un « appel a l’aide » . Entre temps le groupe VYV Pays de la Loire avait été mandaté par l’équipe de Jean-Pierre Thiot à hauteur de 11 600 € TTC pour s’occuper de trouver un modèle de gestion des généralistes qui soit viable au sein du Centre municipal de Santé. Apparemment sans le succès annoncé.

Parce que finalement quel médecin voudrait venir travailler à L’Huisserie comme généraliste sachant qu’il a été reproché à ceux qui étaient en poste d’être « payés trop cher » ? Dans un des bulletins municipaux le maire n’avait-il pas écrit : «Tout nouveau recrutement de médecin salarié qualifié ne fera qu’amplifier le déficit de fonctionnement [du CMS] car, désormais, réglementairement, c’est le niveau de salaire des médecins recrutés en 2020 avec des qualifications supérieures qui fait référence… »

Voilà qui ouvrait la voie au recrutement possible, le champ était à présent libre, sur des bases fixées par le groupe VYV Pays de la Loire sans que le nouvel arrivant puisse se référer aux salaires de 2020… Des modalités de rémunération circulent dans la commune à propos du modèle économique préconisé par le groupe VYV : « 26 € de l’heure pour 50 heures par semaine » soit « un salaire mensuel de 5200 € Net » ce qui correspond à une rémunération de début de carrière pour un médecin… Mais encore une fois qui voudra venir exercer s’il sait que le principal interlocuteur mandaté par le premier magistrat de la ville de L’Huisserie posera les bases du contrat d’embauche, forcément en deçà de ce qu’est en droit de prétendre un médecin généraliste ?

Dans son éditorial du dernier bulletin d’informations daté de Décembre 2025, Jean-Pierre Thiot écrit : « Nous maintenons l’objectif de transférer la gestion [du CMS] au groupe VYV Pays de la Loire, groupe spécialisé dans ce domaine, qui a établi un projet de santé pour notre centre de santé [Le mot municipal a disparu, NDLR] et un modèle économique (salaire, organisation temps de travail) pour les médecins. Maintenant, il reste à trouver trois médecins qui acceptent ces nouvelles conditions de travail » . Ce n’est pas gagné ! ⬛


le slogan du Glob-journal

1 commentaire sur “La municipalité de L’Huisserie cherche « Toubibs » désespérément 🔓”

  1. Cet article décrit avec justesse le contexte local et la dérive dramatique dans laquelle le maire et sa première adjointe ont conduit le centre municipal de Santé. Ce qui frappe le plus, c’est l’arrogance avec laquelle ils refusent d’assumer leurs responsabilités, préférant les rejeter successivement sur les élus des mandats précédents, puis aujourd’hui sur le dernier médecin en poste, accusé de ne pas avoir un « rendement » suffisant. Ce raisonnement est indigne : il est inacceptable de stigmatiser un professionnel de santé pour masquer ses propres échecs.

    Rappelons les faits. En 2020, trois médecins exerçaient au centre de santé. Ensemble, élus et praticiens portaient un projet ambitieux, notamment un partenariat avec les urgences de Laval. Ce projet a été abandonné par le maire, qui a pourtant choisi de renouveler les contrats des trois médecins en 2023. Personne ne l’y a contraint : cette décision devait être assumée. Elle ne l’a manifestement pas été.

    À plusieurs reprises, j’ai demandé que la commission Santé se mette réellement au travail : élaboration d’un projet de santé avec les médecins, définition d’une stratégie sérieuse pour recruter de nouveaux praticiens et renforcer l’équipe. La réponse de la première adjointe a été lapidaire : « rien ne vaut le bouche-à-oreille ». Chacun peut aujourd’hui en mesurer les conséquences. Entre mai 2023 et juin 2024, aucune réunion, aucun pilotage, aucun projet. Livrés à eux-mêmes, les deux premiers médecins ont quitté le centre, expliquant que « les élus ne savent pas quoi faire, ni quoi dire ».

    Dès 2024, j’avais pourtant alerté sur l’urgence de réécrire le règlement intérieur et le projet de santé. J’ai également contesté la présentation volontairement alarmiste du déficit du centre et demandé à plusieurs reprises un travail commun, transparent, sur les chiffres réels. Je n’ai obtenu ni réponse, ni clarification.

    Le simulacre actuel de recherche de médecins ne fait que confirmer l’échec du maire et de sa première adjointe dans la gestion de ce dossier tout au long du mandat. La situation du centre de Santé n’est pas une fatalité : elle est le résultat de choix politiques, ou plus exactement de leur absence.

    Jean-Marc Bouhours, conseiller municipal, maire de L’Huisserie (2014-2020)

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