Le président du département de la Mayenne Olivier Richefou a provoqué une onde de choc syndicale dans l’éducation nationale avec son « plan pour la sécurisation des collèges mayennais » annoncé sur la radio locale Ici Mayenne (13 janvier 2026) consistant à déployer l’installation de 128 caméras, pour filmer les entrées des établissements scolaires d’ici la rentrée 2026. En Mayenne, FO a dégainé le premier, suivi du SNES-FSU puis de Sud Éducation. Verbatim
Tribunes
Par le SNFOLC – « Nous avons saisi la rectrice et la CNIL »

Cette décision, prise de manière unilatérale par le président du Conseil départemental, Olivier Richefou, s’inscrit dans un contexte national marqué par une surenchère sécuritaire : annonces gouvernementales répétées, interventions des forces de l’ordre dans les établissements, fouilles de sacs à l’entrée des collèges et des lycées.
Les élèves évoluent déjà dans un climat anxiogène avant même d’entrer en classe. Ils seront désormais filmés et surveillés par des dispositifs de vidéosurveillance opérés par des agents « accrédités », sous l’égide des forces de l’ordre. Les jeunes ont besoin de sérénité et de moyens pour étudier, non d’un contrôle permanent par des caméras ou de fouilles policières. La mission de surveillance relève déjà des assistants d’éducation (AED), dont les effectifs sont notoirement insuffisants et dont les conditions de travail et salariales sont particulièrement précaires. Nous condamnons cette décision autoritaire et unilatérale du Conseil départemental, qui ne répond en rien aux besoins urgents des établissements scolaires, et constitue une nouvelle atteinte aux libertés.
Le président du Conseil départemental lui-même reconnaît qu’« il n’y a pas d’élément déclencheur ou de problème de sécurité » ayant motivé cette décision. Cette orientation sécuritaire aura pourtant un coût démesuré : 450 000 euros sont prévus pour le déploiement de ces caméras, sans compter le visionnage et l’analyse des images.
Dans le même temps, tous les collèges mayennais sont concernés par la présence d’amiante (un danger mortel pour les adultes comme pour les élèves), le parc informatique est largement insuffisamment financé et trop souvent obsolète, et des travaux d’isolation sont indispensables pour éviter que les salles de classe ne deviennent des étuves lors des épisodes de canicule.
Nous tenons à rappeler également que l’installation de dispositifs de vidéosurveillance n’a fait l’objet d’aucune consultation des conseils d’administration des collèges. Or, la CNIL précise que « dans un collège ou un lycée, la mise en place de caméras relève d’une décision du chef d’établissement, après délibération du conseil d’administration ». Nous tenons à dénoncer une réponse sécuritaire inefficace et anxiogène, qui ne répond ni aux besoins des personnels ni à ceux des élèves. Ce dispositif de surveillance ne fera en réalité qu’aggraver un climat déjà dégradé par une escalade autoritaire.
Aussi nous nous opposons à l’installation de caméras aux abords des collèges et interpellons la Rectrice ainsi que la CNIL sur cette dérive préoccupante, tout en poursuivant notre combat contre la réduction des crédits de fonctionnement et les suppressions de postes annoncées par le ministère, dans un contexte d’austérité budgétaire que le projet de loi de finances 2026 ne fera qu’aggraver. » ⬛
Par le SNES-FSU – « Il n’y a pas de quoi sourire, vous serez filmé.es »

(…) [Ces caméras], cela fait suite aux différents travaux de sécurisation des établissements scolaires, avec la mise en place de clôtures et de portails de sécurité. Le SNES-FSU 53 dénonce cette bunkerisation de nos établissements scolaires, transformant peu à peu nos collèges publics en des endroits ressemblant à des prisons (comme disent nos collégien.nes : « il ne manque plus que les miradors et les barbelés » […]
Une stigmatisation [aussi] de nos élèves, car selon M. Richefou : « nous savons tous que l’entrée des collèges, est un lieu de trafic » a-t-il déclaré. Qui est ce nous ? Un nous de Majesté ? Le Nous du doigt mouillé ? M. Richefou s’appuie sur le travail de nos collègues des forces de l’ordre ? Qu’il met ici en cause ? Qu’en pensent le directeur de la sécurité publique et la Préfecture ?
Alors, à part des trafics de bonbons ou de stylos 4 couleurs, il n’y a pas de grands trafics qui pourraient intéresser certains médias populistes. Ce dont ont besoin nos établissements, ce ne sont pas des caméras à tout va qui ne sont qu’un outil de surveillance… Outil d’ailleurs bien dérisoire car si il fait de nous toutes et tous des stars éphémères du petit écran en réduisant 100 % du droit à l’image des filmé.es, il est prouvé qu’il n’a pas un effet majeur de dissuasion (Eh oui M. Richefou les délinquant.es en cols blancs n’ont pas le monopole de l’intelligence et les petits voyous, pas totalement stupides, savent bien vite localiser les caméras, se retourner, porter capuches et autres artifices…).
La vidéosurveillance est non seulement coûteuse (nos impôts) mais par ailleurs utile à l’élucidation qu’en moyenne dans 0,3 % des situations (Désolé, on ne voit rien… l’individu inconnu des services n’a pas pris le temps de sourire à la caméra ! ).
Nous avons plutôt besoin de moyens humains, avec des vies scolaires plus fournies en assistant.es d’éducation. Comme vous le dites, la prévention est préférable. En effet, avec plus d’assistant.es d’éducation, on peut dialoguer et désamorcer la violence, bref éduquer. La caméra, elle, ne dialogue pas. Le tout sécuritaire, très en vogue chez certains partis politiques en ce moment, ne fait que renforcer la violence. Pour avoir interrogé des [responsables de] vies scolaires durant nos visites, ils n’ont que faire de ces caméras qui ne les aident pas dans leur travail. Toutes les vies scolaires manquent de moyens humains dans notre département, pas de caméras M. Richefou.
Utilisez plutôt le budget de notre département à construire des établissements agréables, à taille humaine comme pourrait l’être le projet Puech 2… » . ⬛
Par Sud Éducation – « Le désamiantage des collèges plutôt que des caméras »

Non à la vidéosurveillance généralisée devant les collèges mayennais ! Nous avons appris par voie de presse la nouvelle lubie du président du Conseil départemental : placer des caméras autour de chaque collège mayennais car comme le dit M. Richefou à la radio : « nous savons tous que l’entrée des collèges, est un lieu de trafic, un lieu où les élèves sont quelquefois rackettés » .
Nous informons M. Richefou que les adolescent·es ne sont pas des délinquant·es en puissance. En outre, est-il sain de grandir sous l’œil d’une caméra, dans un monde de suspicion généralisée ? Où va nous mener cette obsession de la surveillance sous couvert d’ordre et de sécurité ? Pour notre syndicat, ce dont la jeunesse a besoin c’est de présence humaine : professeur•es, A.E.S.H. , A.E.D. , etc. , afin que l’École réponde à sa mission émancipatrice.
M. Richefou souhaite investir dans la sécurité des élèves. C’est une bonne nouvelle. Qu’il n’hésite pas à mettre en place le désamiantage des collèges publics (en Mayenne). SUD éducation 53 luttera donc contre l’installation de caméras à l’entrée des collèges mayennais, avec toutes celles et tous ceux qui souhaiteront mener cette bataille » . ⬛
