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Trois démissions en Mayenne au sein du parti de Nicolas Dupont-Aignan après l’annonce par ce dernier de soutenir Mme Lepen au prochain tour des élections présidentielles. Alain Guinoiseau, le n°1 de Debout la France dans le département, conseiller municipal à Laval, président de l’office du tourisme et vice président de Laval agglomération, « ne peut, dit-il, moralement et par conviction suivre cette démarche ». Même chose pour Philippe Vallin, « militant depuis 2010 » et élu municipal à Laval qui « ne peux cautionner ce soutien à l’extrême-droite ». Quant à Philippe Serre, le « contestataire », jusque-là secrétaire départemental de Debout La France pour la Mayenne, membre du Conseil national depuis 2008, il quitte lui aussi le parti fondé par Nicolas Dupont-Aignan. Philippe Serre est sur leglob-journal.

- Par Philippe Serre

Je milite depuis l’âge de 16 ans (en 1969 !) dans les rangs des mouvements gaullistes. Souvent dans la dissidence car je ne suis pas discipliné de nature, et que je pense qu’en matière de convictions, le chemin le plus court est bien la ligne droite…Il vaut mieux être le loup de la fable plutôt que le chien fidèle à son maître et porteur d’un collier. D’ailleurs, je l’ai souvent observé, « plus le maître est con, plus le chien est fidèle ».

Quand le RPR s’est auto-dissout dans l’UMP en 2002, faisant ainsi disparaître en son sein les dernières traces du gaullisme pour se diluer dans un ensemble libéral, j’ai cessé toute activité politique, ne me représentant pas au Conseil régional des Pays de la Loire, et évitant ainsi au passage la défaite avec M. Fillon (déjà !)…

En 2005, j’ai tout naturellement milité activement pour le NON au référendum sur le projet de Traité Constitutionnel Européen, comme je l’avais fait en 1992 contre le traité de Maastricht, créant en Mayenne un « Comité républicain pour le NON ». En 2008, Nicolas Dupont-Aignan m’a alors contacté pour que je devienne le secrétaire départemental en Mayenne, ce que j’ai accepté.

Je l’avais connu à l’époque où, aux côtés de Philippe Séguin, il assurait la responsabilité de secrétaire national aux fédérations du RPR, alors que je dirigeais le RPR en Mayenne. Je me rappelle qu’il m’avait un jour convoqué à Paris pour me rappeler à l’ordre car j’étais un peu contestataire.

Puis, contestataire, 10 ans après, Nicolas Dupont-Aignan l’est devenu à son tour en quittant l’UMP pour transformer son club « Debout la République », créé en 1999, en un véritable parti politique indépendant. Je pouvais donc ainsi le rejoindre dans ce mouvement, au sein duquel se regroupaient les «  républicains des deux rives  », c’est-à-dire des gaullistes et des amis de Jean-Pierre Chevènement.

La défense de l’indépendance nationale, celle du service public, le rôle primordial de l’État, la participation citoyenne, la construction d’une Europe des nations, tels étaient les grands thèmes qui justifiaient notre mouvement.

Un jour, lors d’un congrès en octobre 2014, le nom du parti a changé : je fus parmi les 13 % des participants qui voulaient garder l’appellation de « République ». Debout la République devenait Debout La France (DLF). Ce n’était pas une simple évolution sémantique. Et puis, notamment au sein du Conseil national, je vis parmi nous de moins en moins de gaullistes et d’amis de Jean Pierre Chevènement, et de plus en plus de gens venus de la droite dure.

Ce 28 avril 2017, j’ai participé à la réunion du Conseil national de Debout La France, à Paris, pour, officiellement, arrêter la position du 2e tour de l’élection présidentielle. Chacun à pu s’exprimer durant les cinq heures de la réunion.

Je fus le premier à m’opposer à la solution d’un soutien à l’extrême-droite. Dominique Jamet, vice-président de DLF, avec son talent et ses convictions fortes, et Éric Anceau, un universitaire auteur du projet, ont également rejeté toute alliance avec Mme Le Pen ; deux autres vice-présidents et le secrétaire général, Jean-Pierre Antoni, tout comme Alain Guinoiseau, avaient aussi fait connaître leur opposition. Au final, nous n’avons été guère que cinq présents à cette réunion à nous opposer à ce que Nicolas Dupont Aignan (NDA) allait annoncer le soir même à la télévision...

NDA, vers 15 heures 30, avait l’air pressé, bien qu’ils nous ait dit que sa position n’était pas arrêtée définitivement, qu’il pouvait repousser le choix à lundi, etc. En fait, nous l’apprendrons ensuite par la presse. Il avait rendez-vous à 17 heures avec Mme Le Pen, à 20 heures à la télé pour son annonce, le lendemain à 11h avec Mme Le Pen pour devenir, éventuellement, son premier ministre. Tout était donc fait d’avance.

Alors, le soir même, je présentais ma démission de toutes responsabilités et quittait Debout La France, avec tristesse certes, mais avec détermination. Le gaullisme, près de 50 ans après la disparition du général, appartient à tous les français. Mais c’est une imposture et une trahison de s’associer à l’extrême droite en faisant référence au gaullisme.

Le gaullisme ne peut servir n’importe quelle propagande, car sa définition relève de l’Histoire, d’une philosophie de l’action et d’un comportement individuel exemplaire. Il est incompatible avec la haine, la division, la vénalité. Il est un humanisme.

Il faut toujours être indiscipliné lorsque l’essentiel est en jeu. D’ailleurs, le gaullisme est né d’un acte d’indiscipline. Il ne faut jamais nier les évidences, chercher à se rassurer en se masquant la réalité.

Un militant, un électeur, doit être très exigeant avec ceux qui briguent des responsabilités publiques. L’esprit de parti ne doit pas aveugler : pas d’excuse pour la grande faute morale qui consiste à s’associer avec l’extrême-droite ; pas d’excuse non plus pour ce candidat de la droite, éliminé, qui grappillait les avantages, les salaires, les costards, et qui osait, lui aussi, faire référence… au général de Gaulle !


3 commentaires
  • Bravo Philippe Serre. Qu’ils sont trop rares les hommes et les femmes qui choisissent d’être debout pour rester fidèles à leurs convictions ! C’est tellement plus facile d’aller à la soupe ! Comme vous dites, il faut toujours être indiscipliné lorsque l’essentiel est en jeu et le gaullisme est né d’un acte d’indiscipline.

    Notre pays n’ayant plus la maîtrise de sa monnaie, de son budget, de sa fiscalité et de son commerce extérieur, l’élection présidentielle ne sert plus à choisir le Président de la République, mais plutôt le Gouverneur Général de la France chargé de mettre en application dans notre pays, les recommandations de la Commission européenne non élue. L’extrême droite se nourrit de cette situation.

    La souveraineté est indissociable de la démocratie. Si nous ne voulons plus être condamnés à cette impasse de la mécanique infernale du vote utile qui contraint les gens à voter contre leur conviction pour éviter un mal que ceux qui poussent à cela ont contribué à faire grandir, n’est-il pas temps que tous ceux qui sont attachés aux valeurs de la République et au respect du vote des citoyens essaient d’unir leurs efforts afin de créer un acte d’indiscipline envers cette Europe-là imposée de force aux peuples ?

    C’est le sens de cet appel d’économistes et intellectuels eurocritiques au lendemain du Brexit : http://www.lefigaro.fr/vox/monde/20...

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  • et vous allez où et avec qui maintenant ?

    il y a 1 an j’ai quitté le FN (militant de base totalement inconnu !), j’ai indiqué qu’il fallait faire une ALLIANCE ELECTORALE, rien de plus ça laissait des mois pour réfléchir tout en maintenant des espaces.

    le coup monté à 8 jour du 2éme tour risque de foirer, mais le FN tel qu’il est ne gagnera jamais

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  • Bravo Philippe. Tu as oublié de dire qu’à 16 ans tu étais à l’UJP. C’est là que nous nous sommes rencontrés quand moi qui avait 14/15 ans j’ai demandé à être mis en contact avec l’UJP de la Sarthe ! Nos parcours ont été un peu différents. je n’ai pas fréquenté Chirac et son RPR... par fidélité à Chaban. Nous nous sommes retrouvés en 1992, en 2005 et en 2007 lors de la création de DLR ! Quel espoir. Ma déception est égale à la tienne. Le Gaullisme est né de la lutte contre le fascisme et l’extrême droite... Toi comme moi n’avons rien en commun avec ces gens là. NDA nous a donné tant d’espoir que la déception est terrible. J’ai envie de dire tout ça pour ça... Mais il y aura une justice. NDA ne sera pas Premier ministre et il sera battu lors des prochaines législatives. Quel gâchis. Mais souviens-toi... ma prudence après son "faut pas de mars 2012"... Tu as voulu me rassurer à l’époque... Le scotch du Cpt Haddock a été le plus tenace... Hélas. Aujourd’hui les gaullistes se retrouvent une fois encore orphelins. Mais plus grave ; NDA a ouvert une brêche, il rend Le Pen fréquentable aux yeux de nombreux français. La vanne est ouverte... Il n’est que de lire les commentaires sur FB. Toute la droite extrême, sur la page FB des amis de NDA déverse sa violence, sa haine, sa grossièreté et son inculture ! C’est terrifiant ! Tu as eu le courage qu’il fallait Philippe et je te reconnais bien là. Tu peux te regarder dans une glace. Très sincèrement et à bientôt. Jacky

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Philippe Serre : « Je quitte Debout la France » en restant debout

Publié le: 1er mai 2017
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