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Une vue panoramique - à la manière d'une aquarelle - du site de Saint-Julien en plein centre-ville de Laval Fini la chapelle-entrepôt qui a permis jusque-là de stocker...1,7 hectare en centre-ville de Laval. Pas rien. Superficie du site de Saint-Julien vendu 2,6 million d’euros à Michel Lelièvre, promoteur immobilier sarthois choisi par l’équipe de François Zocchetto. Adopté en conseil municipal le lundi 25 septembre (l’opposition de gauche a voté contre). Pour l’heure, la priorité c’est la « mise hors d’eau » de la chapelle Saint-Julien, qui a été tour-à-tour salle de cours d’assises, salle d’expositions et entrepôt municipal.

Par Thomas H.

« Le site a été vendu, alors on enlève ce que la municipalité avait entreposé dans la chapelle » raconte cet employé. Le camion est garé juste devant le bâtiment religieux de la fin du XIXe siècle et de style romano-bysanthin. Fini donc la chapelle-entrepôt qui a permis de stocker jusque-là .

« Avec le nouvel Architecte des Bâtiments de France, classée, [si c’est le cas, NDLR] la chapelle pourrait ainsi recevoir des aides. Et les lavallois ne le savent pas trop, mais il y a des vitraux d’Auguste Alleaume à l’intérieur et une peinture-décor de Maurice Chabas qui représenterait Saint-Julien » fait remarquer Christophe de Quatrebarbes. « Maurice Chabas fut un élève de Puvis de Chavannes, ajoute-t-il, c’est lui qui a décoré l’hôtel de ville de Laval ».

Le local du projet

Christophe de Quatrebarbes est un militaire à la retraite. Il a été « sollicité par Benoit Gruau », l’autre partie du triumvirat réuni autour de Michel Lelièvre dans ce projet Saint-Julien. Général trois étoiles, il a derrière lui « trente ans de réorganisation dans la défense ; vous savez, j’ai conduit de nombreux projets dans ma vie professionnelle » et puis : « je suis l’équipe locale dans ce projet et ce que je fais, c’est bénévole... ».

La chappelle Saint-Julien avec son dôme principal où les pigeons s'agglutinentPour cet appel à projets lancé par la municipalité de François Zocchetto qui cherche depuis le début de son mandat à nourrir sa trésorerie en vendant une partie du patrimoine municipal, Michel Lelièvre a donc été retenu. Contacté à plusieurs reprises, par le biais de son secrétariat, Michel Lelièvre n’a pas donné suite à nos sollicitations.

Voilà comment l’Express, en 2010, présentait dans un numéro spécial Sarthe l’heureux bénéficiaire du projet de réhabilitation de Saint-Julien. Le magazine titrait Michel Lelièvre, le châtelain expert en patrimoine, en expliquant que, comme d’autres en Sarthe, il faisait prospérer l’entreprise de son père.

Prise d’otage

Justement, Henri « le père commença à investir dans l’immobilier dans les années 50. À la tête d’une holding de 100 millions d’euros de chiffre d’affaires, son fils Michel, (...) n’a pas chômé depuis 1970, date à laquelle il a rejoint le groupe patrimonial. En 1992, il forme le Groupe Cliniques du Maine. Entrepreneur de nature, ce propriétaire d’un château du XVIIIe siècle à Sillé-le-Philippe s’est diversifié dans la presse (Nouvel Ouest), la communication (agence Belouga), le Web (Téthis Interactive)... ». Voilà pour la brève description.

Depuis le fils de Michel, Xavier, est devenu DG, et le père reste à la présidence. Michel qui aux alentours des années 80 a permis la libération de son père Henri qui avait été pris en otage en 1979 par celui que les autorités avaient surnommé L’ennemi public n°1. Le 21 juin 1979 très précisément, Jacques Mesrine kidnappe Henri Lelièvre. Le milliardaire sarthois, banquier octogénaire sera libéré contre une rançon.

Le fait-divers avait défrayé la chronique et pour cause, Jacques Mesrine réclamera six millions de francs, soit l’équivalent d’un peu plus de 914 000 euros actuels. Fait marquant dans ce fait-divers, c’est Michel le fils qui avait apporté, en personne, la valise contenant l’argent...Les Lelièvre, une histoire de père en fils pour le pire comme le meilleur.

Pour revenir à Saint-Julien, le Groupe Procivis Immobilier (135 collaborateurs, 14 sites sur la région des Pays de la Loire, entre 40 et 50 M€ de chiffre d’affaires) piloté par le vice-président de Laval Agglo Yannick Borde en charge du développement économique, était aussi candidat pour cet appel à projets, mais il n’a pas eu les faveurs de François Zocchetto. Contacté par leglob-journal, Yannick Borde le maire de Saint Berthevin ne « fait pas de commentaire sur Saint-Julien » nous a-t-il fait savoir par Sms. Peut-être, ne pas mettre d’huile sur le feu, après son faux-départ de Laval Agglo.

« Il apporte sa matière grise »

Benoit Gruau a donc sollicité l’un des membres de cette « vieille famille mayennaise », que sont les de Quatrebarbes. Christophe est venu s’installer en 2009 à Laval. Un retour aux sources pour l’homme de la Défense nationale. Il a été dernièrement animateur sur la radio catholique à Laval où il a réalisé une série d’émissions sur les Mayennais à Verdun. Comment a-t-il connu le lavallois Benoit Gruau, avocat parisien ? Ce n’est pas dit. L’homme de loi, lui, a notamment défendu Nicolas, un manifestant de la Manif pour tous qui avait été interpellé par les forces de l’ordre et placé en garde à vue ; il est le frère du conseiller municipal lavallois d’Extrême-droite Jean-Christophe Gruau. Ce dernier recadre pour le compte de son frère qui n’a pas souhaité parler au glob-journal. « Benoit n’est pas investisseur dans ce projet  » commente l’élu lavallois, « Il fait partie de l’organisation, il est dedans certes, mais il apporte sa matière grise, et une aide juridique ».

Les conseillers municipaux d’opposition de gauche ont voté contre la vente au groupe Lelièvre mais sans franchement faire valoir publiquement leur droit à l’information sur le projet. Ils n’ont pas demander plus d’explication que cela au maire de Laval, au cours de la séance du conseil municipal où le groupe d’opposition a donné le sentiment qu’il cherchait ses marques, faute de réel leader après le départ de Jean-Christophe Boyer.

En revanche, Jean Christophe Gruau a salué le projet : « excellent pour la ville de Laval » en se réjouissant de son existence. À froid quand leglob-journal l’interroge sur sa prise de position en séance publique qui peut apparaitre comme source de conflit d’intérêt, il explique qu’il l’a fait « mais pas parce que mon frère est dedans le projet de Saint-Julien ». Simplement parce qu’il pense que « c’est bon pour la ville ». Voilà qui est dit...

Il y avait au total trois « offres extrêmement construites » pour Saint-Julien a fait remarquer ce soir- là sans plus de détails, le maire de Laval François Zocchetto. Quand Aurélien Guillot (PCF) l’interpelle pour savoir qui étaient les deux autres, on n’en saura pas plus. Pas de réponse claire. Parmi ces trois offres il y a : « un breton de Rennes et un mayennais : Yannick Borde, relate de façon énigmatique Christophe de Quatrebarbes qui ajoute Michel Lelièvre, c’est quelqu’un qui aime les vieilles pierres et c’est un professionnel ».

Pourquoi le choix de Lelièvre, pourquoi « l’esprit de service immobilier » comme le dit le slogan du Groupe et ses nombreuses filiales ? Ce qui a compté dans la négociation nous échappe bien évidemment, mais dans le cahier des charges de l’appel à projets de la municipalité, il y avait par ordre d’importance pour les « opérateurs », la « réhabilitation du patrimoine, la densification du quartier et une dynamisation de celui-ci  » détaille Christophe de Quatrebarbes.

La chapelle est donc le premier objectif de l’appel d’offres. Et les récipiendaires du projet ont du répondre favorablement aux critères de réhabilitation de l’ancien lieu de culte. Il y a urgence d’ailleurs, car ses piliers se fendillent méchamment et nécessitent une intervention importante. il faudra dépenser « entre 300 000 et 800 000 euros pour la mise hors d’eau » selon Christophe de Quatrebarbes. « C’est d’ailleurs une contrainte lourde dans ce projet qui se veut ajoute-t-il social et intergénérationnel ».

« Fonds de dotation et mécénat privé »

De fait, on trouvera sur le site cinq pôles qui sur le plan juridique seront en autonomie détaille le militaire. C’est sans doute là que Benoit Gruau semble intervenir.

« Association » pour ce qui qui est de l’internat de Notre Dame de Pontmain de la rue du Colonel Flatters qui accueillera 80 à 90 lits et l’accueil périscolaire d’enfants à partir de 7 ans. « SAS » (Société par actions simplifiées), ce sera le statut juridique pour la résidence service senior de 65 logements et le bar associatif. « SCM » (Société civile de Moyens) pour le centre médical qui doit accueillir une dizaine de praticiens, des libéraux.

Christophe de Quatrebarbes estime qu’ « un centre culturel, [comme le proposait la précédente municipalité de gauche, NDLR] c’eut été très bien mais c’était trop cher. Là, les premières estimations sans les bâtiments à construire, il faut compter 10 millions d’euros ».

L’architecte, Didier Zozio aura du pain su la planche. Marier patrimoine et modernité, avec les contraintes de la proximité du centre ville, ce n’est jamais simple. Selon Christophe de Quatrebarbes, la totalité du projet se fera « grâce à la loi de 2008 sur les fonds de dotation » avec recueil de mécénat privé d’entreprises détaille l’ancien général qui ajoute « Vous savez, c’est un projet entièrement privé, entièrement... ».

Il est question aussi de « construire trois immeubles neufs sur une superficie de 5500 m2 de plancher et un parking, mais on ne sait pas encore où et si il sera enterré... ». Quoiqu’il en soit, le Saint-Julien new-look devrait être « en activité dans les 3 à 5 ans à venir ».


1 commentaire
  • Dans le cadre de la vente de l’îlot Saint-Julien, la Ville de Laval a procédé à une enquête publique, qui concerne spécifiquement le parking situé rue Sainte-Anne, attenant au jardin Saint-Julien. La mairie se soumet ainsi à une obligation légale car il s’agit de déclasser un parking public, afin que le promoteur puisse se l’approprier et y construire un immeuble.

    Les parents d’élèves des écoles Alain et Michelet, situées juste en face du jardin Saint-Julien, ont décidé de contribuer à cette enquête en réalisant une consultation au plus près des établissements scolaires. Ils ont recueilli 95 commentaires écrits, ainsi que de nombreuses réflexions orales. Les résultats témoignent d’une absence complète de concertation avec les résidents et usagers, qui aboutit à des propositions manifestement inadaptées.

    Aucun des commentaires ne porte de jugement positif, ni sur le projet dans son ensemble, ni sur le déclassement du parking. Il apparaît que la transformation du parking en espace d’habitation et en maison de santé servirait strictement les intérêts des investisseurs, au détriment de l’intérêt général.

    En effet, si l’on se place à l’échelle du quartier, les conditions de circulation et de parking seraient significativement altérées, ce qui risquerait fortement d’entraîner des problèmes de sécurité ainsi que des tensions entre usagers aux abords de l’école. Cela desservirait également le commerce de proximité.

    L’installation d’un immeuble à la place du parking retirerait le parc à la vue des habitants du quartier. Elle dégraderait à la fois la physionomie de la rue Sainte-Anne et l’attrait du jardin, qui perdrait en même temps plusieurs arbres, une partie de sa surface et peut-être son espace de jeux. Sur le plan environnemental et sanitaire, elle se traduirait par une réduction dommageable de la surface en espaces verts de la ville. Enfin, même dans l’hypothèse avancée par la mairie, selon laquelle l’accès au parc resterait identique à aujourd’hui sur le plan du droit, la constitution d’un front de rue enclaverait le jardin au milieu des nouvelles habitations, de sorte que les habitants des immeubles alentour pourraient s’en trouver, de fait, exclus.

    La contrepartie avancée est la création d’une maison de santé. Toutefois, l’Ordre des Médecins rappelle qu’un tel projet doit être mûri de longue date ; la difficulté n’est pas de trouver des murs, mais des professionnels de santé motivés. Or l’Agence Régionale de Santé n’a connaissance d’aucun projet de cette nature concernant l’îlot Saint-Julien. Tout donne à croire que l’investisseur espère profiter d’un effet d’aubaine (la création de maisons de santé jouissant actuellement de nombreuses subventions) sans que cela améliore substantiellement l’offre de soins pour nos concitoyens.

    Au final, ce projet ne répond pas à l’objectif qu’il se fixe de « densification en centre-ville ». Certes, il est susceptible de paraître « attrayant » pour les futurs habitants de l’îlot Saint-Julien, qui disposeraient d’une vue plongeante sur le parc ; en revanche, il est de nature à décider les autres ménages du quartier, et particulièrement les familles, à rejoindre la périphérie pour y trouver davantage de confort en termes de voirie mais aussi, et surtout, d’accès à des espaces verts de qualité.

    Les auteurs invitent donc la Ville à renégocier le projet avec les investisseurs, afin que le parking reste dans l’espace public. Mais encore, ils invitent la Ville à racheter le jardin Saint-Julien, afin de valoriser celui-ci au maximum, en concertation avec les riverains, pour servir l’intérêt général.

    Geoffrey Begon, parent d’élève

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À Laval, au chevet de Saint-Julien, un triumvirat attentif...

Publié le: 17 octobre 2017
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